L'espace représenté dans la conscience
La théorie spatiale de Spencer comprend deux parties, l'une relative à l'espace représenté dans la conscience, l'autre relative à l'espace réel ou extramental.
Que dire de la première ?
A notre avis, la définition spencérienne présente un incontestable avantage sur la plupart des définitions que nous avons jusqu'ici rencontrées : elle met en relief un des éléments fondamentaux de l'espace, la relation ou le rapport de certaines coexistences.
En fciit, passons en revue les multiples applications du concept spatial, toujours nous y retrouvons l'idée de distance, d'intervalle, de relation entre deux ou plusieurs ternies définis. Supprimons cette notion primordicJe et irréductible, le concept s'évanouit faute d'objet intelligible.
Mais tout rapport suppose certains points d'appui, appelés d'ordinaire termes du rapport. Daits l'espèce, ces termes sont
(^) Spencer, ouv. cit., p. 137.
des coexistences placées à distance l'une de l'autre. Que sontelles pour le philosophe anglais ? Des corps étendus, conçus abstraitement ou revêtus par l'intelligence d'une forme idéale > Non, ce sont des positions coexistantes, irréelles ou vides de toute matière, des situations ou des places dont on a éliminé, au moins par la pensée, les réalités corporelles qui les occupent .
Or, cette conception de la nature des limites ou termes imposés à la relation paraît moins heureuse. Elle semble même supprimer d'avance l'objectivité du concept spatial. En effet, dès là que les termes du rapport sont simplement, comme le dit Spencer, des simulacres d'existence, des places inoccupées, non seulement le rapport et ses termes n'ont aucune réalité objective, mais il est même impossible qu'ils soient un jour réalisés dans le monde externe. La raison en est qu'une position comme telle, c'est-à-dire vide de tout être corporel, n'est rien et n'est susceptible d'acquérir un degré d'existence qu'à la condition de substantialiser l'espace imaginaire, ou de souscrire à l'hypothèse de l'espace absolu, hypothèses arbitraires et indéfendables.
Le seul moyen de sauvegarder l'objectivité réelle de ces rapports spatiaux, sans faire appel à l'espace absolu, c'est de leur donner pour termes, non point des situations irréalisables,, mais des corps étendus concrets ou idéalisés peir l'abstraction. Telle n'est pas, croyons-nous, la pensée de Spencer, Nulle part, le Icingage de l'auteur ne se prête à cette interprétation. Aussi, de ce point de vue, la définition spencer ienne manque de rigueur et ne serait désavouée par aucun idéaliste.