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Partisans de cette opinion

Si l'on fait abstraction de certaines nueinces d'importance très secondaire, on peut citer comme partisans de cette théo-

(1) Pesch, Institutiones philosophiœ naturaUs, vol. II, p. 145. Friburgi' Brisgoviœ, Herder, 1897.

(2) De Backer, Cosmologia, C. V. De spatio, pp. 206-215, Paris, Briguet» 1899. — Pesch, Institutiones philosophiœ naturalis, vol. Il, pp. 144-148,, Friburgi, Herder. 1897.

(^) Suarez, Disptdationes metaphysicœ, disp. 51, sect. I, n. 24.

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rie: Suarez ('), De Backer, Donat (^) , Remer (^) , Pesch, Lepidi {*) , Lahousse (^) , Sylvestre Maurus (*) , Lehmen C) .

(*) Suarez, Disputationes metaphysicœ, disp. 51, sect. 1. Il est à noter cependant que pour Suarez tout corps occupe une position dans l'espace qui correspond exactement à son volume en vertu d'un accident réel localisateur qu'on appelle a ubi intrinsecum ». a Illud in quo intrinsece consistit esse hic vcl alibi, non est sola illa denominatio extrinsece proveniens a corpore circumscribente... Relinquitur hune modum esse intrinsecum corpori alicubi existenti, id est in ipso existentem. » Loc. cit., n. 15.

(=•) DoNAT, Cosmologia, pp. 44-45. Oeniponte, Rauch (Pustet), 1913.

(3) Remer, Philosophia naturalis, pp. 99-102. Prati, Giachetti. 1900. — Bien que cet auteur souscrive aux idées essentielles de cette théorie sur l'espace absolu et l'espace réel, il distingue cependant l'espace du lieu extrinsèque, et émet au sujet de cet élément spatial une opinion identique à celle d'Aristote. Quant à l'espace réel, « si abstrahimus, dit-il, a dimensionibus prout afficiuntur his aut illis qualitatibus, et prout sunt hae individuae dimensiones ; easque sumimus ut sic, scilicet prout sunt simpliciter dimensiones mensurantes tantam latitudinem, longitudinem et profunditatem ; habemus conceptum spalii realis. Quare spatium reale, licet non sit idem ac extensum reale, sequitur tamen extensum reale ; et si non esset extensum reale, nec spatium reale esset, sicut si nullus esset motus, non esset tempus ullum reale », pp. 99-100. En réalité, nous ne voyons aucune différence entre cette opinion et celle des auteurs qui regardent comme espace réel la partie de l'espace absolu réellement occupée par un corps. Dans les deux opinions, l'espace n'a de réel que le nom.

(*) Lepidi, Elementa philosophiœ christianœ, pp. 104-110. Paris, Lethielleux, 1879. Quelle est exactement l'opinion de cet auteur? Cette question nous paraît bien difficile à résoudre. Elle paraît très claire si l'on s'en tient aux définitions du lieu et de l'espace. « Locus, dit-il, pars spatii est quae corpore ocupatur et impletur ; spatium vero totum magnitudinis intervallum nondum impletum: est expansio ex non interrupta coexistentium corporum série constituta, potens accipere corpora. Praeter spatium reale, etc.», p. 106. — Au contraire, dans sa réponse aux objections, l'auteur semble se rapprocher d'Aristote.

(^) Lahousse, Prœlectionœs métaphysiccB specialis, cosmologia, pp. 269- 270. Bien que sympathique à l'opinion de Suarez, cet auteur n'est pas exclusif. Il accorde même une égale probabilité à la théorie de ceux qui identifient l'espace réel avec les ubications, la relation de distance, etc.

(*) Sylvestre Maurus, QuœsUones philosophiccE, vol. Il, p. 282, Parisiis, Bloud, 1876. « Spatium reale est actualitas ubicationum habentium inter se essentialiter tantam distantiam vel propinquitatem. »

C) Lehmen, Kosmologie und Psychologie, S. 48-50. Freiburg im Breisgau,^

93, — Critique de cette théorie.

Avant d'aborder l'examen de cette opinion, il importe de bien délimiter le champ de la discussion en écartant d'emblée certaines conceptions spatiales que ces auteurs condeunnent comme nous, mais que l'on est naturellement tenté de leur attribuer.

D'abord, tous ces auteurs rejettent comme une erreur manifeste la doctrine qui fait de l'espace une pure création de l'intelligence ou une forme subjective du sujet penseint.

De même, aucun de ces philosophes ne prétend identifier l'espace avec l'étendue. Même quand il s'agit d'espace réel, ceux d'entre eux qui croient en trouver le fondement dans l'étendue ne considèrent jamais celle-ci dans sa réédité concrète, individuelle; ils la prennent, au contraire, sous un aspect spécial ou l'eiffectent de certaines relations qui sont le propre de l'intelligence.

Et maintenant, que penser de cette nouvelle opinion ? A-t-elle résolu le délicat problème dont M. Lechalas disait naguère avec une franchise toute fréinçaise : (( Le plan de notre travail exigerait un essai d'explication de la nature intime de l'espace, mais nous nous avouons impuissant à résoudre ce problème (') .

Herber, 1911. Lehmen définit l'espace réel: « Der gefullte Raum ist die als Fassungsvermôgen des Korpers gedachte Ausdehnung desselben ». L'espace plein est l'étendue du corps considérée comme douée de la capacité de contenir le corps. Ainsi conçu l'espace réel n'a point de réalité objective; il est une manière subjective d'envisager l'étendue, « ein subjektiver Behelf, eine subjektive Anschauungsweise, âhnlich der Art und des Weise, in der wir von einem Loche, von der Bindheit... reden. » Mais cet être de raison a son fondement dans les choses. « Der Raum ist somit kein reiner Gedankending ■wie z. B. die Négation. Das, was ich vorstelle, existiert in positiver Weise, wenn es auch in der Wirklichkeit nicht existiert, wie ich es mir vorstelle. » S. 44.

(') Lechalas, Etade sur l'espace et le temps, Paris, Alcan, 1910.

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Plus soucieuse que bien d'autres opinions des données expérimentales et des exigences de la métaphysique, elle évite avec soin toutes les formes du réalisme exagéré et leurs conséquences désastreuses. On peut se demander néanmoins si elle s'est suffisamment mise en garde contre cet idéalisme déguisé où vient, en fait, sombrer toute la réalité vraie de l'espace, ou du moins si elle a sauvegardé cette réalité autant que le commandent le langage, les sciences, le témoignage de la conscience ?

Sans doute, une capacité pure conçue comme le réceptacle universel des êtres matériels, une simple possibilité d'étendue, une privation revêtue par nous d'un aspect réel, n'ont et ne peuvent avoir d'existence concrète.

D'évidence, leur domaine exclusif est l'esprit qui se les représente. Sans doute, la nature peut nous fournir les matériaux dont l'intelligence a besoin pour construire ces entités idéales. Sans doute enfin, elle nous offre dans le réel un fondement qui nous autorise à distinguer ces entités ou êtres de raison, de nos fictions pures ou de nos créations fantaisistes.

Mais l'espace n'est-il donc que cela ? L'hypothèse d'une capacité vide, antérieure à la création des mondes, ou possible grâce à l'annihilation des mondes actuels, est-ce bien là le fait qu'il s'agit d'expliquer ? Nous ne le croyons pas. Pareille hypothèse est permise et le philosophe a le droit de scruter la nature de cet espace hypothétique. Mais nos conceptions spatiales courantes ou scientifiques sont avant tout relatives à notre univers réel, peuplé de corps étendus, et c'est sous cet angle qu'il faut les examiner.

L'espace absolu, nous dit-on, ne réside que dans le monde idéal, mais il y a des espaces réels; telles, par exemple, les situations spatiales réellement occupées par les corps.

D'abord, qu'y a-t-il de réel dans ces parties privilégiées de l'espace ? Dépourvues de toute réalité avant l'apparition de la matière, d'où leur viendrait leur être d'emprunt ? Du corps

lui-même qui les occupe, de son étendue ou de l'une ou l'autre de ses propriétés ? Non, les auteurs nous préviennent qu'elles ne se confondent avec aucune des réalités corporelles qu'elles abritent. Que sont-elles donc en dehors des intelligences ?

La difficulté d'ailleurs reste entière : d'après la théorie, c'est aux départements spatiaux dont les corps ont pris possession, ou plutôt aux parties de l'espace absolu qui leur correspondent qu'il faut attribuer les fonctions de l'espace. Or, nous ne parvenons pcis à comprendre qu'un être de raison remplisse une mission quelconque dans le monde, situe les êtres corporels, leur serve de réceptacle, se prête aux mesures et aux calculs du géomètre.

On ajoute, il est vrai, que dans cette question épineuse de l'espace, il importe de faire la part de l'imagination, de distinguer avec soin l'objet de l'intelligence des créations imaginaires qui souvent le voilent ou le dénaturent. Cette remarque, nous le reconnaissons volontiers, est pleine d' à-propos. Il n'en reste pas moins vrai que notre raison, même dégagée des entraves de nos facultés sensibles, ne cesse de protester contre l'identification de l'espace réel avec une entité d'ordre mental.

Veut-on avec d'autres auteurs, notamment Remer et Lepidi, regarder comme espace réel, non pets l'étendue concrète et individuelle d'un corps, mais les dimensions abstraites de ce corps ?

Ou bien préfère-t-on avec Lehmen réserver ce nom aux limites externes du corps étendu, enrichies par nous du pouvoir de contenir le corps dont elles circonscrivent la masse matérielle ?

Dans les deux cas, nous semble-t-il, l'espace qu'on prétend réaliser reste confiné dans sa sphère idéale. Il n'y a point de place dans le monde des existences individuelles pour l'étendue abstraite, à moins qu'il ne s'agisse d'une abstraction purement sensible qui, tout en laissant à l'étendue toutes ses notes individuelles et concrètes, la dégage cependant de toutes

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les autres qualités de la matière auxquelles elle se trouve toujours unie. Seulement, dcuis cette hypothèse, l'espace vient se confondre avec l'étendue réelle, opinion que condamnent ces auteurs.

Quant à l'aptitude à contenir dont on fait un élément essentiel de l'espace, c'est aussi une propriété que l'intelligence elle-même attribue spontanément aux limites extrêmes de l'étendue des corps. Mais de quel caractère objectif et concret peut-on douer pareille vue de l'esprit ?

Au surplus, l'auteur de cette opinion avoue lui-même qu'il ne faut voir dans cet élément spatial qu'une considération d'ordre menteJ (^) .

On nous dira peut-être encore : l'ubication, c'est-à-dire cet accident réel en vertu duquel chaque corps prend possession d'un espace déterminé, ne pourrait-elle pas constituer un espace réel ?

De nombreux scolastiques anciens et modernes admettent et avec raison, croyons-nous, l'existence et la nécessité de cet accident localisateur. Nous le prouverons d'ailleurs plus loin, Scms ce postulat le mouvement local est inintelligible et les relations de distance perdent leur réalité objective.

Néanmoins, quel que soit l'angle sous lequel on considère cette opinion, la difficulté ne semble pas résolue. Et en effet, admettons d'abord avec certains auteurs, tels Sylvestre Maurus, De Lugo, etc., que l'ubication constitue elle-même l'espace réel. Du même coup, on se voit forcé de lui attribuer des rôles incompatibles, exclusifs l'un de l'autre.

Constituer l'espace et situer en même temps les corps dans l'espace, voilà, semble-t-il, deux fonctions que ne saurait remplir simultanément la même réalité corporelle et qu'il faut cependant attribuer à l'accident localisateur.

(^) LehmEN, Lehrbuch der Philosophie, Kosmologie und Psychologie, p. 44. Herder, Freiburg im Breisgau, 1911.

De même, peut-on dire que les meisses m^atérielles sont réellement logées dans cet accident localisateur comme on les dit logées dans un espace réel, déterminé ?

Au surplus, on ne peut nier que si les ubications méritent le nom d'espace réel, les intervalles ou les distances interatomiques, intramoléculaires et intracorporelles, même vides de toute matière, constituent des grandeurs parfaitement déterminées et partant des espaces réels. Soutient-on, au contraire, que l'espace réel tient de l'ubication sa réalité, en ce sens que pcir l'ubication une partie de l'espace absolu devient \xn département délimité et réservé à un corps individuel ?

Dans ce cas, nous revenons à l'hypothèse mentionnée plus haut qui appelle réel l'espace absolu occupé par la matière.

Dans le but de conserver à l'espace sa double physionomie d'être idéal et concret, M. de Broglie a inventé une théorie, apparentée à celle des auteurs précités, douée cependant d'une certame originalité. Pour la bien comprendre il faut d'abord se faire une juste idée de l'espace idéal.

« Dès l'instant, dit-il, que l'on forme par la pensée l'idée d'une figure géométrique, on conçoit en même temps un espace idéal indéfini dans tous les sens, qui enveloppe cette figure, et dont les lieux idéaux distincts sont déterminés par leur relation avec cette figure. Cet espace est la région idéale contenant toutes les figures que l'on peut supposer liées géométriquement avec la première figure...

(( Au volume idéal que nous avons considéré, substituons un corps réel...

« Les possibilités indéfinies de volumes et de figures que l'on peut tracer déins la région idéale indéfinie qui entoure tout volume pensé se rangent maintenant autour d'un volume objectif et réel. Par là même, elles subissent une transformation. Tout en restant idéales et simplement possibles dans leur

essence, elles deviennent peurticulières et acquièrent une apparence objective par leurs relations avec les corps réels. La pensée ne les crée plus, elle les marque, elle les désigne. » Cet espace n'est ni substantiel, ni purement subjectif et idéal comme celui de la géométrie. « C'est un espace local, composé de lieux distincts, lieux déterminés et mesurés par leur relation avec des corps réels.

« L'espace est un immense réseau de possibilités, indéfini dans tous les sens, dont certaines mailles sont remplies pcir la réalité et qui tient par là au monde du dehors, bien qu'en tauit que possible son essence soit idéale et intelligible (^) . ))

Le correctif apporté par l'auteur framçais à la théorie idéaliste est certes de grande importance.

Ici, nous trouvons en effet, pour déterminer l'espace, une relation réelle, beisée sur un corps existeint, ce qui nous treoisporte d'emblée en dehors du monde idéal. Mais combien il est regrettable que l'auteur se soit arrêté en si bon chemin !

En fait, la relation qu'il conçoit n'est réelle que d'un côté et purement logique de l'autre. Elle repose bien d'une part sur un corps concret, mais elle a pour second terme ou point d'appui de pures possibilités d'étendue. Ces possibilités, constitutives de l'espace local, n'ont donc aucune détermination objective en dehors de l'esprit qui se les figure ; elles sont, si l'on veut, déterminables , mais non déterminées. Or pour communiquer à ces relations un aspect objectif, il eût simplement fallu accorder à chacune d'elles un second terme réel, une seconde limite concrète, étendue. Alors, toutes les figures idéales, toutes les possibilités d'étendue, limitées pcU" ces termes, formaient du même coup, et indépendamment de nous, des lieux objectivement distincts, des réceptacles de la matière, en un mot des espaces réels.

(') De Broclie, La notion du vide (Annales de philosophie chrétienne, décembre 1888. pp. 295 et 2%. )

Article II.

L'Elspace réel se confond avec l'étendue réelle

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