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Théorie de Descartes et de Balmès

Quelle que soit la nature de l'espace, il est au moins, semblet-il, un élément dont on ne peut le dépouiller sans le détruire, c'est l'étendue. En fait, malgré leur divergence profonde, toutes les opinions jusqu'ici parcourues lui ont accordé, à des titres divers, une place prépondéreinte, un rôle essentiel deuîs la constitution de l'idée spatiale.

D'ailleurs il nous suffit d'analyser le contenu de notre conscience pour nous conveiincre que l'étendue envahit complètement le champ de la sensibilité, qu'elle se trouve mêlée à toutes nos perceptions.

De même, s'agit-il de localiser les objets perçus — et c'est là un besoin de notre nature — aussitôt l'étendue se présente à nous soit pour fixer ou délimiter leur voisinage, soit pour en mcirquer leur emplacement.

Frappés de cette étroite parenté qui rattache l'espace à l'étendue, de nombreux philosophes en sont venus à identifier ces deux idées.

Le représentant le plus autorisé de cette théorie, le philosophe qui lui a communiqué le renouveau de vitalité dont elle a joui dans les temps modernes, est, sans contredit. Descartes.

La cosmologie cartésienne est fondée tout entière sur le concept d'étendue. Rien d'étonnant qu'après avoir identifié la matière et l'étendue. Descartes ait aussi tenté de découvrir dsuis cette propriété l'essence de l'espace.

Entre l'espace ou lieu interne, dit-il, et la substance corporelle qui s'y trouve contenue, il n'y a de place que pour une distinction de raison. En réalité, l'étendue en longueur.

largeur et profondeur qui constitue l'espace, constitue au même titre le corps. Une seule différence à noter qui est d'ordre mental : L'étendue d'un corps, nous la considérons comme une réalité isolée, individuelle et nous croyons eJors qu'elle subit tous les déplacements, toutes les modifications auxquelles les corps sont soumis. L'étendue spatiale, au contrsure, nous la dotons d'une unité générique, en sorte qu'elle reste identique à elle-même au sein des changements corporels, pourvu toutefois qu'on lui conserve la même grandeur, la même configuration, les mêmes relations avec les autres parties de l'univers (^) .

L'espace réel est donc identique à l'étendue réelle. L'espace représenté dans nos intelligences est l'étendue abstrciite.

Le vide, ajoute le philosophe français, est mcuiifestement impossible, car il comprend une certaine étendue, et l'étendue se confond avec la substance même du corps (^) .

Balmès, qui avait si vigoureusement combattu le principe fondamental de la physique cartésienne, ne sut cependant se soustraire complètement à ses influences. A part le dogme cartésien de la réduction de la matière à l'étendue, sa théorie n'est qu'un décalque de la théorie de Descartes.

Pour lui aussi, l'espace et l'étendue sont deux idées identiques.

L'espace idéal est l'étendue abstraite, universalisée, conçue sans le substrat matériel où elle réside, sans les notes individuelles qui signalent son état concret.

L'espace réel, existant en dehors de nous, est l'étendue réelle des corps. Les parties de l'espace sont des étendues particulières auxquelles on laisse leurs limites.

L'idée d'espace infini revient à l'idée d'étendue comprise dans toute sa généralité, c'est-à-dire abstraction faite de la limite .

(*) Descartes, Principiorum philosophiœ. p. li. n. 10 et 12. (*) Descartes, oui;, cit.. P. II. n. 15-20.

Balmès avait aussi prévu les étranges conséquences de sa théorie. Il prend même soin de les énumérer, non pas pour les combattre ou en atténuer l'importance, mais pour y souscrire.

Là où il n'y a point de corps, dit-il, il n'y a point d'espace.

La distance est l'interposition d'un corps, rien de plus. Si tout corps intermédiaire vient à disparaître, la distance s'évanouit; dès lors, contiguïté, contact absolu (^) .

Deux corps uniques dans l'univers ne seraient point distsuits l'un de l'autre; du moins nous ne pouvons pas le concevoir métaphysiquement .

Enfin, le vide, grand ou petit, qu'on l'amoncelle ou qu'on le dissémine, est impossible d'une manière absolue {") .

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