‹ La notion d'EspaceChapitre 68 sur 143 · Opinion de Palmieri · texte numérisé non relu

Opinion de Palmieri

Cet auteur s'est manifestement inspiré des idées de Balmès. Il eut cependant le mérite d'en saisir les points faibles et de prévenir plusieurs des critiques auxquelles cette opinion prête le flanc.

Avec le philosophe espagnol, il admet que l'espace idéal est la possibilité de l'étendue. Considéré dans ses notes essentielles, dit-il, l'espace est indestructible comme la possibilité métaphysique de tout être; il est éternel, indéfini, perméable à la matière, constitué enfin de parties inséparables et immobiles. On l'appelle souvent une capacité, ou même le récipient des êtres corporels ; dénomination bien légitime, à condition toutefois de ne point circonscrire cet espace dans des limites

déterminées, car les limites présupposent la possibilité de l'étendue, et par conséquent l'espace.

A l'état concret, il s'identifie avec l'étendue réelle.

Entre les propriétés de l'espace réel ou de l'étendue concrète et celles de l'espace idéal, il existe une opposition radicale. L'extension réelle est divisible, mobile comme le corps qu'elle affecte, douée de résistance et d'impénétrabilité. L'espace idéal, au contraire, n'est susceptible d'aucune de ces propriétés. Cette opposition n'est pas pour nous étonner; elle provient simplement des aspects sous lesquels l'espace s'offre à nos considérations.

Enfin, gardons-nous, ajoute-t-il, de refuser à l'idée d'étendue possible une véritable objectivité : encore qu'elle soit le produit d'une élaboration mentale, elle tire néanmoins son origine des données sensibles qui sont pour nous comme autant de reflets de la matière réelle (^) .

Voulant rajeunir la théorie balmésienne et l'asseoir sur une base plus solide, Palmieri s'est donc plu à accentuer l'opposition qui sépcire les deux états de l'étendue, l'état idéal et l'état concret. 11 espérait ainsi pouvoir rejeter sur l'espace idéal toutes les propriétés spatiales incompatibles avec l'étendue réelle. Mais cette opposition radicale imaginée sous l'empire des besoins de la cause entraîne la ruine de la théorie.

A bon droit, ses adversaires lui opposent le dilemme suivant : ou bien l'étendue jouit des attributs spatiaux à raison de son état d'abstraction, ou bien elle en est le sujet à raison de sa nature intime.

Dans le premier cas, l'espace doit être relégué dsuis le domaine purement idéal, car l'universel comme tel est essentiellement d'ordre mental, et toutes les expressions relatives à l'espace concret ne sont plus que des fictions ou des métaphores.

(*) Palmieri. Institutiones philosophiai, t. H, a. 2, thesis 6. Rorr.a, 1875.

Dans le second cas, l'hypothèse est une simple réédition de la théorie balmésienne et encourt tous les reproches dont celle-ci fut l'objet.

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