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Opinion de Vacherot

Bien que partisan convaincu de la réductibilité de 1 espace à l'étendue, Vacherot s'écarte du système de Descartes en un point important qui veut être mentionné.

L'étendue, pour lui, « n'est pas une réalité, une propriété substantielle comme les qualités physiques et chimiques de la matière; c'est un simple mode de représentation, un produit de la synthèse de l'esprit et qui ne répond à aucune propriété véritable des corps (^) . »

On serait donc tenté de croire que l'étendue doit être bannie du monde réel, qu'il n'y a de place pour elle que dans le domaine de nos créations intellectuelles. Le philosophe français s'inscrit en faux contre pareille opinion. L'un des greinds défauts, dit-il, du système kantien fut de réduire l'étendue géométrique à une loi purement subjective, à une simple forme de la sensibilité, car l'élément empirique a une part d'intervention considérable dans l'élaboration de ce concept. En d'autres termes, l'étendue appartient exclusivement à la représentation, mais l'ordre et la disposition des parties que nous nous représentons sous les conditions de l'étendue sont fournis pai l'expérience.

Par cette conception tout originale de l'étendue, la théorie de Vacherot, d'ailleurs intimement apparentée à celle de Balmès, se rapproche cependant davantage du système de Leibniz. Comme ce dernier philosophe, Vacherot n'accorde à l'étendue comme telle qu'une réalité phénoménale, quitte à emprunter axi monde extérieur, pour la construire, deux élé-

(*) Vacherot, La métaphysique et la science, t. II. p. 121. Paris, Alcan.

ments subsidiaires de l'extension, l'ordre et la disposition des parties. 11 y a là, il faut bien en convenir, une infiltration msuiifeste des idées leibniziennes .

A rencontre de Leibniz qui idéalise complètement l'espace, Vacherot tente d'y introduire certains éléments d'ordre expérimental. Mais l'explication génétique qu'il nous donne de l'étendue rend cet essai infructueux.

L'ordre, dit-il, la disposition des parties nous sont donnés par l'expérience. Qu'est-ce donc que cet ordre ? C'est im ensemble de relations qui tiennent toute leur réaJité de leurs termes ou points d'appui. 11 serait puéril, en effet, de regarder la distance qui sépsire deux corps comme une petite entité sui generis chargée de les relier l'un à l'autre. Si donc ces termes ne jouissent peis d'ime étendue réelle, mais d'une étendue d'emprunt ou phénoménale, les rapports eux-mêmes privés de leurs points d'appui ou de leur fondement cessent du même coup d'appartenir au monde réel. Toutes les relations concrètes de l'espace disparaissent dès qu'on se représente la matière sous forme d'un système de points simples et inétendus. On peut bien concevoir entre des points mathématiques des relations linéaires, mais il est clair que pcU"eil système de relations ne répond en rien à la représentation que nous avons tous de l'espace concret.

D'ailleurs, le concept d'étendue implique essentiellement une pluralité potentielle de parties enchaînées et ordonnées.

Attribuer une origine empirique à l'ordre et à la disposition de ses parties, et une origine psychologique au reste de l'étendue, c'est introduire dans l'idée étendue une dualité d'éléments constitutifs qui la détruit, ou la rend inintelligible. En d'autres termes, l'étendue ne résulte point d'une fusion de deux éléments distincts dont l'un lui donne l'unité, et l'autre la multiplicité et l'ordre. La même réalité ontologique qui la constitue est tout à la fois une et multiple en puissance. Dès lors, un choix s'impose; il faut la déclarer tout entière

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empirique, ou en faire une simple forme de la sensibilité.

Outre les difficultés déjà si nombreuses que soulève l'identification de l'espace et de l'étendue, Vacherot, par sa conception de l'étendue, a donc enrichi la théorie d'une hypothèse aussi peu conforme à l'expérience qu'aux données certaines de la métaphysique.

Article III.

L'Espace réel est un ensemble de forces reliées entre elles par des interactions mutuelles.

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