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Coup d'œil d'ensemble sur les théories précédentes

Quand on jette un regard sur les nombreuses théories que nous avons analysées, on constate, non sans un réel étonnement, que la notion d'espace a revêtu, au cours des siècles, toutes les formes dont elle est susceptible.

Substantialisée par les anciens atomistes et les nombreux pcirtisans de l'espace absolu, identifiée par Spinosa avec l'être divin, et par Clarke, Newton, Fénelon avec l'immensité divine, regardée comme principe originel des mondes par un bon nombre de péinthéistes, reléguée dans le domaine des faits conscients par les idéalistes anglais Hume et Spencer, confondue avec l'étendue ou avec ses formes diverses par Descartes, Balmès et la pléiade des philosophes qui se sont inspirés de ses idées, nous l'avons enfin retrouvée chez Kant et ses disciples à l'état de forme à priori, vide de toute réalité.

Toujours au premier plan des préoccupations philosophiques, elle a donc parcouru tous les degrés possibles de l'objectivité, tous les intermédiaires imaginables entre le réalisme le plus absolu et le subjectivisme le plus radical.

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Cependant, aucune de ces théories n'a satisfait complètement les légitimes aspirations de nos intelligences.

Ce problème serait-il donc insoluble ?

En somme, malgré leurs divergences et parfois même mzJgré leur opposition, presque tous les systèmes contiennent une part de vérité plus ou moins voilée par des exagérations dont les unes dépriment à l'excès l'être spatial, dont les autres l'exaltent au delà des données expérimentales. Rechercher dans les diverses théories ces vues partielles qui vraisemblablement nous découvrent un aspect de la vérité puisqu'elles ont échappé aux critiques des contradicteurs, les relier les unes aux autres, les réunir en une synthèse logiquement agencée, ne serait-ce pas préparer les éléments d'une solution acceptable ?

A ne considérer même que les grands courants d'idées auxquels viennent finalement aboutir les nombreuses théories spatiales, ne pourrait-on pas souligner déjà certaines conclusions importantes qui aiguilleraient la pensée sur la voie qui conduit à la vérité ?

En fait, nos discussions sur Vespace absolu nous ont montré que l'espace, sans les corps, n'est qu'un produit imaginaire ou plutôt une création de nos intelligences à laquelle notre imagination a conféré une apparence de réalité.

Au pôle opposé, les théories subjectivistes ou idéalistes se sont heurtées aux données immédiates de la conscience, au langage du peuple, comme aussi à la terminologie universelleraient réaliste des sciences. Si donc l'espace, vide de matière, n'est rien, l'excunen de ces opinions idéalistes nous a forcé de conclure que dans notre univers peuplé de corps l'espace n'est plus un mythe, mais une réalité objective, inhérente à la matière, ou du moins essentiellement dépendante de la présence de la matière.

S'inspirant de cette conclusion, de nombreux partisans des théories réalistes modérées se sont demandé si l'étendue ne

jouit pas en fait de toutes les propriétés que nous attribuons à l'espace réel, s'il n'y a pas lieu d'établir entre ces deux notions un rapport de réelle identité. A la réflexion, nous y avons découvert des relations multiples, mais aussi des différences irréductibles, des incompatibilités incontestables. Dans cette hypothèse, en effet, l'espace se voit nécessairement dépouillé de plusieurs de ses caractères essentiels, notamment de son immobilité relative, de sa perméabilité à l'égcird de la matière; il cesse d'être le réceptacle des êtres corporels et le théâtre de leurs mouvements.

Dès lors, que reste-t-il en dehors de nous qui puisse encore concréter notre conception spatiale ? Une seule chose, semblet-il : la distance réelle, l'intervalle à triple dimension qui sépare les unes des autres les masses matérielles, la capacité que délimite une enceinte corporelle, capacité remplie ou susceptible de l'être psu: les corps. A raison de l'existence de leurs termes, ces relations spatiales sont, d'évidence, réelles, et de plus, elles paraissent répondre fidèlement au signalement que les sciences et le langage nous fournissent de l'espace réel.

Telle est, croyons-nous, la conclusion qui se dégage naturellement de cette étude synthétique.

Nous sommes loin de condamner pareil procédé de démonstration.

La méthode par élimination que nous avons employée jusqu'ici a eu le très réel avantage de déblayer le terrain, de prévenir maintes difficultés que suggère presque nécessairement un problème aussi complexe, de nous donner à l'avance ime contre-épreuve de la théorie expérimentale.

Cependcint, un appel direct à l'expérience interne et externe nous semble une méthode plus philosophique, plus naturelle. Si le premier procédé nous fournit des matériaux utiles pour l'élaboration de la théorie spatiale, le second nous permettra

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de les découvrir et d'en contrôler la valeur par une voie plus facile et plus sûre.

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