Lieu propre et lieu commun
A première vue, la définition aristotélicienne paraît étroite, ou même réservée d'une manière exclusive à ces enceintes corporelles qui circonscrivent complètement le corps logé et s'y adaptent si bien qu'elles n'y laissent plus aucun intervalle. Or, bien plus leirge est l'acception courante de ce terme « lieu externe ». Notre cabinet de travail, la ville oii nous résidons, le pays même où nous retiennent nos sympathies et nos intérêts, ne sont-ils pas appelés lieux d'habitation ou de résidence ? L'immense capacité limitée par la voûte des cieux n'est-elle pas, elle aussi, le lieu où se trouvent logés tous les corps terrestres ?
Sans doute, toutes ces acceptions sont irréprochables et Aristote lui-même leur a donné droit de cité dans la science philosophique.
Rien n'empêche d'attribuer à un ensemble de corps sans contact immédiat avec le corps localisé le nom d'enceinte localisatrice ou de lieu externe. Mais il est clair cependant que les cas de ce genre ne réalisent pas la forme typique du lieu. Le stagirite, dont le génie subtil discernait si bien les nuances de la pensée, avait aussi pour les exprimer des termes appropriés.
t. II. Philosophia nataralis. Lib. IV, De loco, vacuo et tempore, pp. 289 et seq., Paris, Vives, 1883. — Farges, L'idée du continu dans l'espace et le temps, 3^ édit., p. 216. Paris, Roger. — De San, Cosmologia, De Spatio. p. 458. Louvain. Fonteyri, 1881. — RemER, Summa praelectionum philosophias scolasticœ, vol. II, De loco et spatio, p. 98. Prati, Giachetti, 1900. — Gredt, Philosophia naturalis, p. 269 et seq. Friburgi Brisgoviae, Herder, 1909. — Pesch, Institutiones philosophiœ nataralis, vol. II, p. 115. Friburgi Brisgoviae, Herder, 1897. — ScHNfEID, Die philosophische Lehre von Zeit und Raum, pp. 63-57. Mainz, KirchKeim, 1886. — LahOUSSE, Cosmologia, p. 275. Lovanii, Peeters. 1896. — LiBERATORE, Insiitutiones philosophicœ , cosmologia, p. 82. Prati. Giachetti. 1883. — HuGON, Philosophia naturalis, cosmologia, pp. 193. Paris, Lethielleux, 1903.
Il appelait lieu propre d'un corps l'enceinte matérielle qui entoure immédiatement son contenu et ne renferme que lui seul : nulle part l'acception primordiale ne se vérifie avec plus de rigueur (^) .
Quant à la voûte des cieux et aux lieux occupés par plusieurs corps à la fois, il les appeleiit lieux communs . Dénomination correcte, mais empruntée aux lieux propres dont chaque corps était doué. D'après l'ancienne physique, l'univers formait un tout continu où le vide n'avait point de place ; tout être corporel possédait donc un entourage immédiat qui lui était propre. Et l'on comprend dès lors que si une enceinte matérielle commune à plusieurs corps portait le nom de lieu, celle-ci n'ayant qu'un sens dérivé ne pouvait entrer dans une définition originelle et rigoureuse.
La terminologie aristotélicienne a vieilli. De nos jours, l'ancienne distinction entre lieux propres et lieux communs a presque complètement disparu du langage au profit du sens élairgi du mot. En d'autres termes, le sens dérivé prime, en général, le sens primitif. Néanmoins, sous cette formule plus large, la traditionnelle conception du lieu persiste dans ses éléments essentiels, remarquable de justesse et d'actualité (") .