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Deuxième preuve, tirée des relations spatiales

Plusieurs philosophes, peu familiarisés avec cette doctrine, l'accepteront peut-être avec une certaine défiance. Il ne sera donc pas inutile de la consolider ou de l'appuyer à de nouvelles données expérimentales .

La géométrie, appelée, à juste titre, la science de l'espace, est la physique mathématique des distances. On ne trouve en elle, dit Mansion, qu'une seule notion fondamentale, irréductible, c'est la distance entre deux points donnés (^) .

Lorsque la notion spatiale a atteint dans nos intelligences son complet développement, elle ne nous représente plus l'espace réel que sous la forme d'un vsiste système de relations rattacheuit les uns aux autres les êtres corporels de l'univers.

Que ces rapports de distance établis entre les corps soient vraiment objectifs, qui oserait en douter ? Le géomètre les compare, les mesure, et lorsqu'il en apprécie la grandeur, il se garde bien de n'attribuer à son jugement qu'une valeur pure-

{') Mansion. Les premiers principes de la métagéométrie . (Revue Néoscolastique, août 18%).

ment subjective. Assurément, il y voit l'expression mathématique d'un fait réel.

Mais le changement continu de ces rapports est une des caractéristiques de notre monde matériel. Tantôt les corps se rapprochent, tantôt ils s'éloignent l'un de l'autre, afin de réaliser par ces variations sans relâche de leurs distances mutuelles de nouvelles conditions d'activité.

Ces changements, indispensables au maintien du cours de la nature, sont-ils réels ou fictifs ?

^ Poser la question, c'est la résoudre, puisque nos sens, à l'unanimité, affirment l'existence de ces changements.

Voilà donc le fait. A l'intelligence maintenant de nous en donner la raison explicative, ou plutôt de nous dire dans quel genre de réalité s'est produit le changement.

Toute relation réelle suppose nécessairement deux termes, et dans chacun d'eux, si le rapport est mutuel, une réalité objective qui légitime et fonde ce rapport. Il en résulte qu'une nouvelle relation de distance ne peut s'établir entre deux corps sans qu'un changement réel intervienne dans les assises mêmes de la relation. Sinon, de quel droit dirait-on que les corps se sont réellement rapprochés ou éloignés l'un de l'autre ?

Or, ces phénomènes de déplacement n'altèrent en aucune manière les caractères individuels des êtres corporels. Et à supposer même que certaines propriétés éprouvent le contrecoup du mouvement, ces modifications seraient encore par elles-mêmes impuissantes à fonder de nouveaux rapports spatiaux ; une altération de la couleur, par exemple, n'entraîne pas avec elle un changement de place.

Une chose a changé et une seule, c'est le lieu interne : les corps dont il s'agit ont abandonné leurs situations respectives pour en occuper d'autres. Tel est le fait unique qui a donné naissance à une relation nouvelle d'une grandeur déterminée.

Ces places, objectera-t-on peut-être, ne sont pas autre chose que deux parties de l'espace !

Soit, mais l'espace a-t-il une réalité propre, indépendeuite des corps qui l'occupent ? Placer en lui toute la réalité du changement, ou le fondement objectif de la distcince augmentée ou diminuée, n'est-ce peis affirmer du même coup que le changement est illusoire ? N'est-ce pais faire appel au néant pour en rendre compte, puisque l'espace, seoîs les corps, n'est rien ?

Au lieu de considérer ces pairties spatiales isolément et ssuis leur contenu, veut-on se les représenter comme étant occupées peir les masses corporelles ? Veut-on regarder les deux corps qui circonscrivent par leur volume deux places déterminées comme les causes réelles de la relation nouvelle ? La difficulté demeure entière. Et en effet : en prenetnt possession d'une place, le corps, dites-vous, ne s'enrichit d'aucune réalité; il reste incheingé quelle que soit la position qu'il reçoit. D'autre péirt, vous en convenez, le lieu occupé comme tel n'est rien. En quoi consiste donc le cheuigement qui s'impose aux sens aussi bien qu'à l'intelligence ? Si, en dehors de nous, rien n'est changé, peut-il être question de changement réel ?

Admettons, au contraire, que la locsJisation relève d'une modalité dont le rôle essentiel est d'ajuster le corps à une place choisie de l'espace, la difficulté, en apparence insoluble, s'évemouit aussitôt. Le déplacement d'un corps dans l'espace cesse d'être une vue purement imaginaire, pour devenir la réalisation d'une série ininterrompue d'accidents localisateurs réels, mais fugitifs. Et les relations de distance qui en résultent présentent un aspect et une valeur réellement nouveaux, vu qu* elles reposent sur deux points d'appui nouveaux, à savoir, les deux accidents localisateurs que les corps ont reçus au terme de leur mouvement.

Entité bien subtile, direz-vous ! Oui, sems doute. Meus qui de nous a jamais pris contact avec l'éther ? Auquel de nos sens

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s'est-il jamais manifesté? Nous y croyons cependant; parce qu'il est un facteur indispensable à l'explication de certains phénomènes physiques, notamment de l'électricité, de la lumière, de la chaleur rayonnante. Pourquoi cette méthode d'induction n'aurait-elle pas droit de cité dans le domaine philosophique qui est, par essence, le domaine des causes profondes et cachées ?

D'ailleurs, il ne s'agit à ce moment que d'établir le caractère réel du lieu interne, l'existence ou la nécessité d'une détermination localisatrice. La question de savoir quelle est la nature de cette mystérieuse réalité sera discutée plus tard.

i 1 7. — Troisième preuve tirée de l'inertie de la matière.

La théorie réaliste du lieu interne peut encore se récleimer d'un autre fait dont la physique et la mécanique ont reconnu depuis longtemps la haute importance; nous voulons parler de l'inertie de la matière.

Dans le monde purement matériel, les corps ne prennent jamais l'initiative de leur propre mouvement. Ainsi que l'affirme la loi de l'inertie, un corps resterait éternellement dans l'état de repos si une cause extérieure ne venait l'en tirer. De même, un corps en mouvement ne peut changer la direction de sa course ou l'intensité de son mouvement que sous 1 empire d'une influence étrangère. Il suit de là qu'un mouvement nouveau réclame nécessairement une cause en activité. Ce fait présente un tel caractère d'évidence qu'il a suggéré à la mécanique moderne la définition de la force : on entend par force toute cause capable d'engendrer ou de modifier le mouvement (^) .

i*) Pour mesurer ou représenter une force, les mathématiciens emploient la formule m; = P, où m désigne la masse, ; l'accélération. P la force. Lorsque le mouvement est rectiligne et uniforme, l'accélération est nulle et la formule m; = P devient mo = o, c'est-à-dire qu'il n'intervient point de

Or, une cause efficiente n'exerce jeûnais son activité sans donner naissance à un phénomène réel. A pzirler rigoureusement, n'est-ce péts l'appaurition de l'effet qui nous autorise à conclure à l'existence d'une causalité efficiente correspondante ? Puis donc que l'agent moteur exerce, en engendreuat le mouvement, une efficience réelle, il faut, de toute nécessité, que le terme de cette activité, c'est-à-dire le déplacement local, possède lui aussi ime réalité propre.

Or, un corps est soumis au mouvement dems la mesure où il change de position dsois l'espace. L'effet de la cause mécanique ou le mouvement sera donc réel si chacune des positions qu'il occupe successivement est réelle. Mais comme l'espace isolé des corps n'est rien, il reste à admettre que le mobile, en perdemt sa position initiale, a réellement perdu cette détermination spatiale qui le fixait au point de départ, comme aussi, en s appropriant ses situations nouvelles, il a acquis des déterminations réelles, mais fugitives, d'où résultent ses positions instables.

De nouveau, supprimez l'accident localisateur, dépouillez

force nouvelle. On en conclut que ce n'est pas une force qui maintient la grandeur et la direction du mouvement.

Cette manière de considérer la force, irréprochable peut-être en mathématiques, est cependant inadmissible en métaphysique et même en physique. Bien que, selon toute évidence, une force soit nécessaire pour produire un changement soit dans la grandeur, soit dans la direction de la vitesse, il ne suit nullement que la continuation du changement une fois produite ne requiert plus de force. Et en effet, aussi longtemps qu'il dure, le mouvement, même uniforme et rectiligne, est toujours, et à chaque instant, un changement réel. Or, tout changement réel demande une cause en activité. Dans Ths^pothèse où il n'y a pas d'accélération, le mouvement reste identique à lui-même comme aussi la force qui le produit, mais l'absence d accélération ne supprime nullement la réalité et la nature du mouvement uniforme et rectiligne.

On trouvera une belle étude sur l'inertie dans un article de A. Rey, Les idées directrices de la physique mécaniste (Revue philosophique 1912, pp. 339-347.)

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le lieu interne de la réalité qu'il lui confère, que vous resterat-il qui puisse encore justifier l'intervention de la cause mécanique ?

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