Objection tirée de l'hypothèse de /*« impetus
La mise en mouvement d'un corps requiert assurément l'intervention d'un agent externe. Mais le mouvement même est-il bien l'effet direct, immédiat, produit par cet agent dans le mobile ?
Au moyen âge comme de nos jours, des physiciens de marque en ont douté. A leur avis, lorsqu'un moteur exerce son activité, le premier effet qu'il réalise dans le mobile est une impulsion mécanique « impetus » ou, pour employer le langage philosophique, une qualité motrice, une énergie d'emprunt dont le mouvement ne serait qu'une simple résultante.
Il y aurait donc un intermédiaire entre la cause externe et le mouvement local.
Eh bien ! cet intermédiaire n'est point pour nous déplaire. Nous croyons même que l'étude attentive des faits en démontre péremptoirement l'existence; d'ailleurs à défaut de cette énergie communiquée, la continuation du mouvement d'un mobile soustrait à l'action immédiate de son moteur devient une énigme. Mais il n'y a rien en cela qui infirme nos conclusions. L'impulsion mécanique reçue par un corps n'est-elle pas une force au même titre que la cause extérieure dont elle relève ? N'est-ce pas tout juste pour rendre compte du mouvement qui se perpétue en l'absence du moteur que l'on croit sa présence nécessaire ?
Dès lors, que l'on attribue le déplacement local à l'énergie motrice communiquée au mobile et réellement possédée peu: lui, ou qu'on la rapporte à l'agent externe lui-même, dans les deux cas le mouvement demeure l'effet réel d'une cause réellement efficiente. En sorte que nier l'existence de la réalité
constitutive du lieu interne revient toujours à refuser toute vraie causalité à la cause génératrice du mouvement.
119. — Objection tirée de la conception relaticiste du mouvement.
A rencontre des preuves jusqu'ici invoquées en faveur de la réalité du lieu interne, se présente une difficulté d'autant plus importante à signaler qu'elle a son origine deois une théorie fcimilière aux physiciens modernes. On donne d'ordinaire à cette conception le nom de théorie relativiste du mouvement. C est en son nom qu'on prétend pouvoir accorder im aspect objectif au mouvement tout en niant la réalité du lieu interne, ou plus explicitement de cet accident que nous avons appelé, faute de mieux, accident localisateur.
A bon droit, dit-on, les sciences et l'expérience raisonnée se refusent à voir autre chose deins le mouvement local qu'im changement de relation. Jetez vos regards autour de vous. Dans quel cas pouvez-vous affirmer d'un corps qu'il s'est déplacé dans l'espace, qu'il a été soumis au mouvement ? Lorsque vous constatez entre ce corps et ceux qui l'entourent de nouvelles relations de disteuice : tels corps se sont rapprochés l'im de l'autre, tels autres se sont éloignés; donc, dit-on, un mouvement a dû se produire. Le changement de relation, voilà bien l'expression adéquate, l'essence même du mouvement local.
Cependant, ajoute-t-on, qu'on se garde de reléguer d'emblée le mouvement dans le monde imaginaire. Le changement qui le constitue est réel, objectif, mais comme ce sont uniquement les relations spatieJes qui en font les frais, il est absolument inutile d'imaginer, sous prétexte de le concrétiser, d'autres chaoïgements réels dans les corps mêmes qui sont les termes ou les points d'appui de ces relations.
THÉORIES RÉAUSTES MODÉRÉES 241
Réaliser deuis la nature de nouveaux rapports, faciliter ainsi J'échsuige des activités corporelles, telle est la destination primordiale du mouvement et son unique raison d'être. De là aussi son caractère essentiellement relatif.