Instance
D'aucuns répliqueront peut-être : cette réalité n'est autre que la distance. Au lieu d'analyser successivement le terme immobile et le terme déplacé, fixez vos regards sur les deux à la fois et vous verrez, qu'en fait, la distemce qui les séparait a subi une diminution réelle, incontestable. Considérée sous cet angle, la relation ne réclame plus de fondement absolu, inhérent à l'un des termes. Elle ne surgit, au contraire, et ne peut naître que d'une vue synthétique, c'est-à-dire de leur mutuelle comparaison.
En d'autres termes, la vraie raison qui nous permet d'affirmer l'existence du mouvement d'un corps est la différence constatée entre ses relations eoitérieures et ses relations actuelles .
Cette instance possède sans doute une certaine force suggestive. Aussi l'on comprend aisément que de nombreux physiciens, confiants dans les apparences, mais trop peu soucieux des exigences de la métaphysique, aient souscrit à cet essai d'explication comme à une preuve décisive de la relativité pure du mouvement loceJ. Essayons de dissiper l'équivoque qui a fait la fortune de ce subterfuge.
Le concept de relation requiert la perception simultanée et la comparaison des deux termes. Mais, redisons-le, la question qui nous occupe n'est pas de savoir quelle est l'origine psychologique de la relation, mais bien de déterminer les éléments ontologiques de sa constitution.
Or, dans l'exemple donné tantôt, où l'un des deux termes n'a subi aucune modification réelle, on se demande avec
raison où s'est produit le changement réel de relation. A moins de se payer de mots, il faut bien faire appel au second terme, la seule réalité qui puisse en être le sujet ; car à supposer qu'une autre relation soit cause de ce cheoigement, on inaugure un processus à l'infini dont la raison ne peut s'accommoder. Il nous reste donc à poser dans le corps déplacé le fondement absolu du rapport. Mais dans l'espoir de bannir des corps en mouvement jusqu'aux apparences d'une modification réelle, on se contente de ne considérer que l'existence même de la relation, c'est-à-dire la possibilité physique d'intercaler entre ses termes une étendue moindre ou plus grande que l'étendue antérieure.
Or, cette distance à laquelle on attache un si grand prix, qu'est-elle ?
Elle n'est rien, mais absolument rien indépendamment des points d'appui de la relation. Il serait aussi antiphilosophique qu'antiscientifique de se la représenter sous forme d'une entité mystérieuse suspendue entre les corps distants. Qu'une place soit complètement remplie ou vide de toute réalité matérielle, la distance qui sépare ses murs reste inchangée. En elle-même, la distcince n'a donc aucune réalité propre.
Et cependant, à en croire les partisans de la relativité pure du mouvement, c'est cette distance nouvelle qui est l'effet global, adéquat du mouvement, ou plutôt c'est le changement continu de cette distance qui est l'être intégral du mouvement local ! Est-ce intelligible ? Comment donc peut-on appeler réel, objectif, un mouvement qui n'introduit aucun cheuigement dans les réalités de ce monde ?