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Nouvelle instance

Nous admettons volontiers, nous objectera-t-on peut-être encore, que la distance, comme telle, ne constitue pas une réalité corporelle accessible aux sens, mais de ce qu'elle ne rentre pas dans cette catégorie d'êtres, suit-il que l'intelligence

doive leur refuser toute objectivité réelle et la confondre avec le néant ?

En fait, elle comporte essentiellement une possibilité physique d'y intercgJer des corps, et de plus, cette possibilité même est en tous points déterminée en dehors de nous et indépendamment de toute considération intellectuelle. Entre deux corps placés dans l'espace, il y a une grandeur que nos mesures présupposent, mais qu'elles ne peuvent ni augmenter ni diminuer. Or, pareils caractères ne sauraient appartenir au néant. Ils révèlent, au contraire, l'existence d'une réalité vraie, subtile, presque impalpable peut-être, suffisante cependant pour cissurer au mouvement local, qui en opère le changement, un être objectif.

Exsiminons ce nouveau plaidoyer où se trouvent consignées les raisons les plus profondes, les plus métaphysiques qu'invoquent les relativistes en faveur de leur doctrine.

D'après cette conception, deux caractères signaJent donc la distance spatiale : d'abord la possibilité physique de la combler avec des êtres corporels ; en second lieu, l'état concret et objectivement déterminé qu'elle possède comme grandeur quantitative.

Quant au premier de ces deux caractères, si nous faisons abstraction des corps qui limitent la disteuice — nos adversaires d'ailleurs emploient le même procédé, — la possibilité physique dont il s'agit se retrouve au même titre dans l'espace purement imagineiire. Avant la création des mondes, l'espace n'était rien (^) , mais notre imagination se plaît à leur créer un immense réceptacle destiné à les recevoir et voit dans ce réceptacle fictif une possibilité physique de les y loger, puis-

(1) S. Thomas, Summa theologica, P. la, Q. 46, a. 1. ad. 4um. « Nos autem dicimus non fuisse locum aut spatium aut mundum. » Item ad 3um. « Supra cœlum nihil est, ly supra désignât locum imaginarium tantum, secundum quod possibile est imaginari, dimensionibus coelestis corporis dimensiones alias superaddi. t>

qu'en fait ils y sont localisés. En elle-même la possibilité physique est absolument la même dems les deux cas, et comme elle ne peut revendiquer aucune réalité actuelle dans l'espace imaginaire, comme elle se réduit à une simple absence de corps doublée par nous d'une relation avec des corps réalisables, ainsi la distemce comme telle, dans l'univers que nous habitons, ne jouit d'aucime réalité propre. Mais il y a le second caractère.

De ce point de vue, la distance semble revêtir un aspect plus réel. A la possibilité physique de la combler avec des corps, s'ajoute la notion de limites réelles entre lesquelles ces corps peuvent et doivent être situés.

Mais d'où vient à la distance cette détermination, ou plutôt en quoi consiste-t-elle exactement ?

Confère-t-elle à l'espace qui sépare les deux corps distants une réalité qu'il n'avait pas ) Assurément non ! Même limité par ses deux termes réels cet espace, considéré en lui-même, ne possède aucun être concret qui le différencie du vide absolu avec lequel d'ailleurs il peut coexister. Même dems cet état de détermination apparente, il n'offre donc rien qui puisse, en dehors des corps limitatifs, devenir le sujet d'un chamgement réel ou du mouvement local.

La détermination nouvelle lui vient donc tout entière des limites réelles et ne réside qu'en elles. Or, quelle est dans ces limites la cause vraie qui fixe la grandeur quantitative de la distance ?

Sont-ce les corps-limites avec leur étendue ? Non, puisque, séparés de vingt mètres, de cent ou de mille mètres, ces corps et ces étendues restent identiques à eux-mêmes.

Sont-ce les parties d'espaces occupées par les corpslimites ?

Les relativistes eux-mêmes en conviennent, ces parties n ont aucune réalité propre.

Ni dans l'intervalle qui sépare les corps l'un de l'autre, ni

dans les corps-limites de la disteince, ni deois les départements spatiaux occupés par ces corps n'apparaît donc cette entité mystérieuse que la théorie relativiste prétend attribuer à la distance et regarde même comme l'unique sujet du mouvement local.

La conclusion qui se dégaige de cette étude métaphysique, conclusion pour nous évidente, est que la peur de l'accident localisateur conduit logiquement les peirtisans du relativisme rigoureux à reléguer le mouvement local et le changement des relations spatiales dans le domaine des illusions.

123. — Quatrième preuve, tirée de la possibilité et de l'existence du mouvement absolu.

Si l'on y regarde de près, l'on s'apercevra sans peine que toutes les preuves dont se réclame notre théorie aboutissent directement ou indirectement à l'hypothèse de la possibilité du mouvement absolu. Pour confirmer ces essais de démonstration, nous examinerons donc ex-professo cette question importante dont nous n'avons parlé plus haut (^) qu'occasionnellement.

D'ailleurs, ce problème jouit toujours d'une greinde actualité, comme le prouvent les récentes et vives polémiques auxquelles il a donné lieu dans le monde savant.

Le mouvement absolu peut s'entendre en deux sens différents.

Dans le sens le plus strict du mot, on appelle absolu le mouvement d'un corps isolé, par la pensée ou en réalité, de tout autre corps. Tel serait le mouvement d'im être matériel, seul de son espèce dans l'espace imaginaire.

Au sens plus large, et c'est d'ordinaire en ce sens que l'entendent les physiciens, on dit encore absolu le mouvement

(n Cf. p. 33.

THÉORIES RÉALISTES NJODÉRÉES 253

d'un corps relativement à un point de repère immobile ou censé immobile. (( Le caractère, l'essence propre du mouvement absolu, dit Neumann, consiste — personne n'oserait le contester — en ceci : tous les changements de position doivent être rapportés à un seul et même objet ; cet objet est un objet doué d'étendue et invariable (^) . » Pour cet auteur, ce corps immobile qu'il appelle Alpha n'a même qu'une existence idéale; c'est un concept géométrique.

En réalité, ces deux conceptions du mouvement absolu ne diffèrent pas essentiellement l'une de l'autre, cEir si l'un des termes reste immobile, le changement réel que comporte nécesscùrement le mouvement réside tout entier dans l'autre terme qui est dit se mouvoir. Le point de repère n'intervient plus dans la constitution du mouvement, mais il peut être utile, nécessaire même, pour la constatation et la mesure du mouvement.

Le sens des mots fixé, passons à la preuve directe de la théorie absolutiste.

Supposez que dans le monde actuel, l'auteur de la nature imprime à une masse matérielle une impulsion mécanique. Aussitôt les multiples relations qui rattachent ce corps à ses congénères subissent des modifications plus ou moins considérables.

Où se trouve la cause originelle de ces changements ?

Dans l'impulsion communiquée à un corps détermine.

Même dans l'hypothèse du mouvement relatif, l'existence de cette cause n'est pas mise en doute. Au surplus, le fait n'est-il pas indéniable ? Un changement réel s'est produit, donc une cause a exercé son activité. Sur quel corps a-t-elle agi ? Sur un seul . En lui seul donc réside le principe du changement.

(») Carl Neumann. Ueber die Prindpien der G alilei-N eWton' schen Théorie. Leipzig, 1870.

Ce fait admis, supposez maintenant que le Créateur anéantisse en un insteoit l'univers entier, séms modifier d'aucune façon l'unique corps qui a été soumis à son influence motrice. Direz-vous que ce mobile solitaire va cesser de se mouvoir dans l'immensité de l'espace vide ? Quelle raison auriez-vous de le prétendre ? Par hypothèse, la vraie cause du déplacement, c'est-à-dire l'impulsion communiquée, est demeurée inchangée au sein du cataclysme universel.

D'autre part, aucun obstacle ne peut contrarier les évolutions de ce mobile, puisqu'il n'existe plus rien en dehors de lui . Pourquoi cesserait-il le mouvement dont il était animé ?

Le mouvement local, répliquerez- vous, ne peut se perpétuer, parce qu'un élément essentiel à la constitution du mouvement fait défaut, à savoir la présence d'un autre corps ou d'im point de repère, présence Scins laquelle les relations objectives ne sont plus même concevables.

Mais quelle était donc l'influence de ces points de repère sur le mobile au point de vue du mouvement ?

Aucune. Avant l'anéantissement de l'univers, tous les corps qui formaient le voisinage du mobile sont restés complètement étrcingers à l'impulsion mécanique qu'il a reçue. Bien plus, ils n'étaient même pas une condition nécessaire à l'exercice de cette impulsion mécanique, vu que celle-ci a pour siège unique le corps mû. Si donc l'impulsion mécanique n'est pas une fiction poétique, qu'il existe ou non im voisinaige réel, le corps doit persévérer dans l'état de mouvement où il se trouvait avant la disparition de ses congénères ; sinon on aboutit à cette conséquence évidemment fausse qu'une cause peut agir sans rien produire.

Ainsi que nous l'avons dit déjà, les relativistes semblent avoir confondu deux questions essentiellement distinctes : la constatation du mouvement et son existence.

Le mouvement d'un corps solitaire est possible parce qu'il

consiste deins le changement d'une réalité inhérente et propre au mobile.

La constatation de ce mouvement, au contraire, n'est pas en notre pouvoir, car sans point de repère, nous ne pouvons en saisir ni le point de dépeirt ni le point d'arrivée- Ce n'est pcis que l'être même de pareil mouvement soit en soi inaccessible à l'intelligence. Si l'homme meinque de la pénétration suffisante pour y atteindre, le Créateur ou même les intelligences moins rivées à la matière que nous, peuvent sans aucun doute percevoir directement les déterminations spatiales du mobile, et, du même coup, la réalité ontologique du mouvement, le terme finôJ et le terme initial, comme aussi chacune des positions successivement occupées.

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