Adversaires du mouvement absolu
C'est à pgirtir de Descartes surtout que la conception relativiste du mouvement revêtit cette forme outrée à laquelle vont encore les préférences de nombreux savants modernes, notamment chez les physiciens et les mathématiciens. Pour Des- Ccirtes, on le sait, « le mouvement est essentiellement relatif. Tout ce qui est positif et réel dans les corps qui se meuvent et qui nous les fait dire en mouvement se trouve aussi bien dans les autres corps contigus qui sont censés rester immobiles ('). »
Pour lui, le mouvement d'im corps unique ou solitaire était donc impossible, même d'une impossibilité métaphysique.
L'influence du philosophe français fut considérable, non seulement sur les hommes de son temps, mais sur la lignée de savants qui s'étend jusqu'à la fin du siècle dernier.
(1) Descartes. Principiorum Philosophiœ, p. II. n° 30. Amstelodami, Elzeverius 1664.
Aussi l'on peut affirmer que Balmès reste l'écho fidèle de toute cette tradition cartésienne, lorsqu'il écrit : «. Chemger de lieu est pour les corps un changement dans leur position respective. Donc un corps unique ne peut se mouvoir. Le mouvement suppose une disteince parcovurue ; point de distance là où il n'existe qu'un seul corps. Le mouvement se dérobe à toute appréciation si nous ne pouvons le rapporter à la position des corps entre eux. Nous sommes dans la cabine d'une barque qui descend un fleuve ; à chaque flot nous changeons de place, mais Scins nous en apercevoir; seuls les chcingements qui s'opèrent dcins les objets extérieurs nous en avertissent; et même le mouvement semble appartenir à ces objets plutôt qu'à notre barque. Ainsi le phénomène serait le même, absolument le même si les objets extérieurs étaient en mouvement, la barque demeuréint immobile.
(( Donc, le mouvement, dans la supposition d'un corps unique, est une pure illusion (^) . »
(( Pour nous, écrit M. Duhamel, le repos absolu comme le mouvement absolu est non pas une chose impossible à reconnaître, mais tout simplement un non-sens (^) . »
D'après MM. Appell et Chapuis a l'idée du mouvement est essentiellement relative ; quand on dit qu'un corps est en repos ou en mouvement, cette proposition n'a aucun sens si l'on n'indique pas quels sont les autres corps par rapport auxquels on définit le repos ou le mouvement (^) . »
Telle est aussi, pour ne citer que quelques noms illustres.
(^) Balmès, Philosophie jondamentale, liv. UI, c. 13, pp. 56 et 57. Liège, Lardinois, 1852.
(2) Duhamel. Des méthodes dans les sciences de raisonnement, pp. XVII- XIX. Paris. Gauthier- ViUars, 1870.
C) Appell et Chapuis, Leçons de mécanique élémentaire à l'usage des classes de première, n'^^ 30. 32 et 33. Paris, Gauthier- Villars, 1903.
l'opinion de Mach(') , Petzoldt(') , H. Poincaré(') , Kant {') , etc., etc.
D'ailleurs, tous les physiciens qui définissent le mouvement <( une variation de distance entre les corps » , « un changement de relation de distance » , doivent logiquement nier la possibilité du mouvement absolu au sens strict du mot, car toute relation comme toute distance déterminée supposent au moins deux termes ('') .