Objection
D'après notre théorie, la notion d'espace réel ne se vérifie que pour les intervaJles ou distances limitées par des lieux internes réels. Il semble, au contraire, que cette notion est elle-même dérivée, qu'elle s'applique aveint tout à chacun des lieux internes occupés par les corps. En effet, toute substcuice corporelle s'approprie une pêutie de l'espace correspondant à son volume, mesurable suiveuit une triple dimension. D'autre part, cette capacité n'est nullement indéterminée, puisqu'elle est totalement circonscrite par la surface externe du corps. Ne retrouve-t-on pas, même dans la situation d'un corps solitaire, tous les éléments constitutifs de la notion spa-
(^) BalMÈ.'S, Philosophie fondamentale, tome 11. liv. HI. c. 7. Liège, Lardinois, 1832.
tiale ? Conformément, d'ailleurs, au langage usuel qui attribue à chaque être corporel un espace interne, il paraît donc rationnel de considérer cette sorte d'espace comme antérieure à tout espace externe, d'y voir même la réeilisation la plus adéquate de la notion générique.
Loin de nous la pensée de condamner l'emploi de ce terme, « espace interne », à condition toutefois de ne lui accorder ni la priorité, ni la primauté sur l'espace externe.
Au sens propre et rigoureux du mot, la notion spatiale est réservée aux relations de distance, aux interveJles situés entre des corps distincts. Quelle est, en effet, la propriété essentielle de l'espace concret ? C'est de pouvoir contenir dans son sein des êtres matériels, étendus. Aussi nous disons qu'un corps €st fixé dans tel ou tel espace lorsqu'en dehors de lui existent d'autres corps qui, par leur enchaînement plus ou moins continu, lui forment une sorte d'enceinte. S'il n'existait qu'une seule substance corporelle, cette substance aurait son lieu propre, sa position individuelle, mais il n'y aurait point d'espace réel pour la contenir; le vide absolu, n'étant rien, ne peut circonscrire.
Point d'espace donc sans distinction réelle entre le corps localisé et les corps locedisateurs . Or, cette distinction fondamentale, nous la cherchons en vain dans le lieu interne. Notre intelligence nous donne ici le change. Grâce à un procédé d'abstraction, elle établit une distinction subtile entre la surface et la substance même du corps. Après avoir prêté à la surface une sorte d'existence indépendemte, elle la considère comme un récipient capable de contenir la substance dont elle n'est cependant qu'une simple détermination accidentelle. De la sorte, la masse corporelle nous apparaît comme un contenu réellement pourvu d'une enceinte localisatrice et situé partant dans un espace réel.
Ce travail d'abstraction est assurément légitime, au moins
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déuîs une certaine mesure. On en fausserait la portée et le sens si l'on prétendait découvrir dans cette dissection mentale deux êtres distincts et indépendants du monde des existences : en fait, elle ne nous représente qu'un seul et même être sous deux aspects objectivement distincts, puisque, nous l'avons dit plus haut, l'étendue est une simple modéilité de la substance corporelle.
Puis donc que le contenu ne peut s'identifier avec le contenant et que l'un et l'autre revendiquent une existence propre, il reste à conclure que la notion spatiale ne s'applique au lieu interne que déms un sens einalogique et dérivé.
Conclusion d'ailleurs que confirme en tous points la genèse de l'idée d'espace. A l'aurore de notre vie intellectuelle, c'est incontestablement sous la forme d'intervalle ou de disteince interjetée entre des êtres corporels ou des psirties matérielles distinctes que pénètre en nous la représentation de l'espace. Les volumes des corps qui limitent ces distances ont un rôle tellement effacé que nous remau-quons à peine leur grandeiuou leurs dimensions ; grands ou petits, qu'importe, pourvu qu'ils limitent les intervalles spatiaux. Plus teu-d, lorsque l'intelligence a atteint un certaun degré de développement et peut soumettre à la réflexion ses connaissances acquises, elle analyse les termes eux-mêmes des intervalles spatiaux; elle distingue en chacun d'eux une surface externe, et entre les points opposés de cette surface une capacité actuellement remplie par la meisse corporelle. Ces deux éléments, analogues aux éléments constitutifs du concept spatial originel, prennent de plus en plus de relief et finissent par éveiller l'idée d'espace interne.
Tels sont, à notre avis, le rapport de filiation et en même temps les différences à signaler entre ces deux acceptions de la notion spatiale.
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§ III. — yue synthétique de cette théorie spatiale .-
Tout espace concret est un être mixte doué
tout à la fois d'éléments réels et idéaux.