En quoi consiste la réalité de l'espace
La théorie que nous venons d'esquisser revêt le caractère d'un réalisme modéré.
Elle évite d'une part les exagérations du transcendantalismc et de l'idéalisme qui relèguent l'espace dans le monde purement idéal en lui refusant toute réalité extramentale, ou n'y voient même qu'une création inconsciente et fatale du sujet connaissant.
Elle échappe, d'autre part, aux graves conséquences du réalisme exagéré qui le divinise, le substantialise ou lui attribue un être propre indépendant du monde de la matière.
En un mot, pour les tenants de cette conception, l'espace est un être mixte où se fusionnent dans une union indissoluble le réel et le possible, ou si l'on veut, le réel et l'idéal.
Dans l'ordre des existences se rencontrent, en effet, les termes concrets des relations spatiales et la raison ontologique
de leur grandeur quantitative. Mais, la distcuice, l'intervalle comme tel n'est rien, car ni le vide ni le plein ne peuvent en changer la nature. Cependant, elle n'est pas totalement étrangère au monde des réalités ; elle y confine en ce sens qu'à raison de ses termes, elle s'identifie avec la possibilité physique de telle ou telle étendue déterminée, car entre deux positions respectives fixes l'étendue réalisable a déjà son cadre entièrement délimité, ce qui ne peut convenir au pur néant.
Pour se représenter l'espace, notre intelligence trouve donc, dans les données de l'expérience même, tous les éléments de son concept ; elle n'ajoute à ce contenu aucun élément de sa création, sauf qu'elle le conçoit d'une manière abstraite et qu'elle peut exprimer sous forme de possibilité cette graindeur spatiale, irréelle, mais d'avance déterminée dans ses termes, que nous nommons distance.
Enfin, notons encore que parmi les constitutifs de l'espace, il n'en est aucun qui n'appartienne à la catégorie des réalités accidentelles. Soit qu'on le considère sous sa formalité de relation de distance, soit qu'on l'envisage dans ses points d'appui qui sont des accidents localisateiu-s, l'espace réel s'appelle donc, à juste titre, une modalité de la matière, une manière d'être caractéristique de l'existence des corps.