Examen critique de cette théorie
Parmi les tensints de l'espace absolu, il en est qui ont donné à leurs systèmes une physionomie tellement spéciale que, pour bien la comprendre, ou du moins pour soumettre à une critique plus appropriée les arguments dont ils se réclament, il est indispensable d'en faire un exposé plus large, ou même
(') Ch. Schneid, Die philosophische Lehre von Zeii und Raum, S. 56. Mainz, Kirchheim, 1886.
(*) MULLER, Daa Problem des abtolutea Raumes, Braunschweig, Vieweg, 1911. — Zut Analysia des Raumes (Philosophisches Jahrbuch, 1903. s. 50).
LES SYSTÈMES ULTRARÉALISTES
de les rattacher à la conception cosmologique dont ils sont une partie intégrante. Telles sont les théories de Newton, Fénelon et Spinosa, qui font confiner l'espace aux propriétés de l'être divin. Pour ce motif, nous les classerons, sous une rubrique particulière, parmi les systèmes à physionomie propre.
Quant aux autres systèmes, où se retrouve, à côté de certaines divergences secondaires, la même conception fondamentale de l'espace absolu, nous tâcherons d'en découvrir d'abord l'origine psychologique, puis nous exeuninerons les principaux faits invoqués en leur faveur, comme aussi les correctifs que certains philosophes modernes ont apportés aux vues anciennes trop manifestement inadmissibles.
9. — Origine psychologique de l'espace absolu entendu au sens ordinaire du mot.
Lorsque l'on soumet à l'einalyse philosophique le contenu de cette représentation spatiale, il est aisé de saisir sur le vif, et le caractère chimérique du système auquel elle a donné lieu, et la raison de l'exceptionnel crédit que lui accordent encore de nos jours tant d'hommes de science.
En fait, l'espace absolu est un produit hybride dû à la collaboration simultanée de l'intelligence et de l'imagination.
Nos sens nous mettent constamment en relation avec des espaces concrets et individuels, des étendues et des distances déterminées. Notre intelligence dont la spécialité est d'abstraire et d'universaliser, élimine du champ de sa perception tout ce qui peut différencier ces espaces individuels pour n'en retenir qu'une seule note essentielle, commune à tous, la note d'étendue ou de distance. Ainsi vidé de toutes les propriétés qui caractérisent son état concret, ce type abstrait et idéalisé est apte à nous représenter, dans leur note fondamentale, tous les espaces, toutes les distances, quelles que soient
leurs dimensions ou leurs grandeurs. Grâce à ce travail éliminatoire, il se forme donc en nous une représentation idéale où l'espace jouit d'une véritable unité, où il se montre indéfiniment extensible dans toutes les directions, et indépendant de la matière.
Il est clair que cet espace idéal, fruit ou résultat d'une abstraction intellectuelle, ne peut avoir d'existence que dans l'esprit qui le conçoit. Aussi, si cette idée sèche, décolorée, dépouillée de toutes les nuances que lui confère l'existence concrète, devait persister en nous à l'état d'isolement, nul ne songerait à la transformer en un être réel, entièrement extérieur à nous, présidant aux évolutions de la matière. Mais l'homme ne pense jamais sans image, nous dit la psychologie. T2indis que s'élabore en notre esprit le concept d'espace idéal, l'imagination qui, elle, ne peut s'alimenter que de concret et d'individuel, tend, sous cette idée neiissante, une image d'étendue individualisée, présentsoit toutes les appsirences du réel. En même temps, poussée peu- une tendémce naturelle à suivre l'intelligence dans son travail d'idéadisation, notre imagination refoule à des distémces de plus en plus considérables les limites de cette image afin de les rapprocher des horizons toujours fugitifs de l'étendue abstraite indéfiniment extensible.
Ainsi se réalise, peu à peu, une compénétration très intime de l'espace idéal et d'une étendue concrète, compénétration dont le résultat indivis nous offre tout à la fois, d'une part, les propriétés caractéristiques de l'espace idésJisé, savoir, l'imité, l'infinité, l'indépendance à l'égard de la matière, et d'autre part, l'aspect objectif que semble lui conférer l'étendue concrète.
De là l'illusion de l'espace absolu, illusion d'autant plus naturelle et tenace, qu'on ne peut la dissiper qu'en dissociamt deux représentations presque nécessairement associées, l'une d'ordre mental, l'autre d'ordre imaginaire.
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