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Sens divers du terme a relatif

La relativité de l'espace a été entendue en des sens si divers qu'il est devenu indispensable, si l'on ne veut s'égeirer en de perpétuelles équivoques, d'exposer d'abord ces significations multiples, et de les soumettre ensuite isolément à un examen critique.

Un des mathématiciens les plus distingués de notre époque, H. Poincaré, compte assurément parmi les peutisans les plus décidés de la relativité de l'espace. Aussi, dans ses ouvrages, il y revient souvent, comme à un thème favori. Pour ce savant, l'espace est relatif, d'une relativité psychologique, à un triple point de vue :

P Nous pourrions être transportés, dit-il, dans une autre région de l'espace Scins nous en apercevoir, et c'est effectivement ce qui arrive, puisque nous ne nous apercevons pas de la translation de la terre ;

2° Si toutes les dimensions des objets se trouvaient subitement augmentées dans une même proportion, il nous serait impossible de le savoir, pourvu que nos instruments de mesure participaissent à cet agrandissement. Dans cette hypothèse, le monde resterait semblable à lui-même : les cubes seraient encore des cubes, mais agrandis ; les rectangles conserveraient leur forme rectangulaire ;

3° L'espace pourrait même subir une déformation quelconque, beaucoup plus compliquée, suivant une loi arbitraire. Nul ne remarquerait le changement survenu, pourvu toutefois que nos instruments de mesure fussent déformés d'après la

même loi, et d'une manière continue, et que la loi de la propagation de la lumière fût modifiée. Il en résulte, écrit H. Poincaré, que l'espace, considéré indépendamment de nos instruments de mesure, n'a ni propriété métrique, ni propriété projective (^) .

Mais la relativité de l'espace se prend encore sous des acceptions différentes :

4^ Suivant de nombreux psychologues, l'éveduation des dimensions spatiales, des étendues et des distances perçues, varie avec l'âge, la taille et les dispositions de celui qui les perçoit (^) , comme aussi avec le degré de l'échelle adopté comme unité (^) . Des édifices, par exemple, qu'on trouvait durant l'enfance imposêmts par leur hauteur et leur masse paraissent plus tard insignifiants ; les distances qui semblent grandes à un enfant, sont médiocres pour un homme. (( De Quincey, décriveint ses songes causés par l'opium, dit que les monuments et les paysages se montraient à lui avec des proportions si vastes que « l'œil du corps ne pourrait les recevoir » ; l'espace s'enflait, s'étendait à l'infini d'une façon inexprimable (^) ;

5° Pour Kant et ses disciples, l'espace est relatif en ce sens qu'il dépend essentiellement d'une forme à priori inhérente aux sens externes. Intuition pure du sujet connaissant, l'espace

(') H. PoiNCARÉ. Pourquoi l'espace a trois dimensions? (Revue de Métaphysique et de Morale, 1912, pp. 485 et suiv.). — Science et méthode, pp. 95- 122, Pans, Flammarion, 1909. — La science et l'hypothèse, pp. 60-91. Paris, Flammaiion, 1903. — Dernières pensées, pp. 42-43. Paris, Flammarion, 1920.

(^) RiBOT. L'évolution des principaux concepts, pp. 170-171. Paris, Alcan,

(^) WarrAIN. L'espace, p. 490. Paris, Fischbacher, 1907. — Pour cet auteur, l'étendue de l'espace est relative, « non seulement de la simple relativité inhérente à toute grandeur dont l'évaluation dépend du degré de son échelle adopté comme unité, mais d'une relativité qui transporte l'échelle entière des quantités d'un domaine à l'autre, suivant une hiérarchie qualitative. »

(*) RiBOT. L'évolution des principaux concepts, p. 171. Paris, Alcan, 1909.

peut même changer de forme avec une autre orgeinisation. Bien que nous ne lui accordions que trois dimensions, rien n'empêche que d'autres êtres, organisés autrement que nous, lui en accordent quatre ou un plus grand nombre ;

6° Certains physiciens, notamment M. Mach(^) , ne le disent relatif que deins la mesure où ils l'opposent à l'espace absolu. En d'autres termes, ils refusent simplement à l'espace cette existence propre et indépendeinte de la matière que lui attribue la théorie substantialiste. La relativité n'est donc point pour eux synonyme de subjectivité ;

7° Enfin, notons encore que de nombreux savants et philosophes font consister l'espace en un système de relations ou de rapports établis, soit entre des étendues corporelles (^) , soit entre des points regardés comme fixes (^) , soit entre des coexistences {*) . Et de ce point de vue, ils l'appellent aussi relatif.

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