Que jaut-il en penser du point de vue métaphysique
La théorie de la relativité soulève plusieurs problèmes importeints dont l'étude appartient à la cosmologie : il y a, par exemple, la variabilité de la metsse et les distinctions qu'on y a introduites entre meisse transversede et masse longitudinale, masse inerte et masse peseuite ; il y a ensuite le grave problème de la réduction de la matière à l'énergie et toutes les conséquences qu'en a tirées Einstein ; enfin il y a la question de la relativité du temps et de la déformation de l'espace.
On comprendra que dans une monographie uniquement réservée à l'espace, nous ne puissions entreprendre la discussion détaillée de chacun de ces problèmes. Le lecteur voudra donc, s'il désire connaître notre pensée à ce sujet, consulter nos ouvrages philosophiques sur la constitution du monde inorg£inique et sur le temps (^) ,
(1) NORDMANN. Einstein et l'univers, pp. 209 et 216. Lib. Hachette, 1921.
(^) Richard. Sur la théorie d'Einstein et le mouvement du périhélie de Mercure. (Revue générale des Sciences, 30 décembre 1921, p. 727).
(•') D. Nys. Cosmologie ou étude philosophique du monde inorganique, 3' édition comprenant quatre tomes: Tome I. Le Mécanisme, le Néo-méca-
Dans le présent travail, nous nous contenterons d'émettre quelques réflexions d'ordre général.
Et d'abord, considérée dans son ensemble, la théorie de la relativité, telle que l'a formulée le physicien allemand, nous paraît être une conception purement mathématique, une synthèse abstraite, constituée d'éléments logiquement enchaînés par les artifices du calcul, mais qu'il serait au moins téméraire de regarder comme un décalque de la réalité. Les corrections qu'introduit dans les prévisions la théorie de la relativité sont absolument négligeables pour toute la physique courante. Elles n'arrivent à une valeur sensible que si l'un des systèmes eri mouvement a une vitesse voisine de celle de la lumière. C'est le cas pour l'électron.
Au fond, la théorie de la relativité n'est-elle pas un essai de synthèse de l'ancienne mécanique et des lois encore bien problématiques de la dynamique des électrons ?
En fait, la théorie de la relativité se ramène à un choix d'équations où peuvent intervenir, outre le temps qui est regardé comme une quatrième coordonnée variable, soit les trois coordonnées rectangulaires de l'espace géométrique, soit des coordonnées curvilignes, équations « invariantes » pour tout changement de systèmes de référence et qui. partant, synthétisent toutes les lois physiques, y compris celles des forces centrifuges et des mouvements planétaires.
Or, on se demande dans quelle mesure pareil procédé pourrait présenter les caractères d'une explication réelle du monde de la matière.
« En face de ces données, écrit M. Delage, deux attitudes d'esprit sont possibles. On peut prendre au pied de la lettre
nisme. le Mécanisme dynamique, le Dynamisme et l'Energétisme. Tome II. La théorie scolastique. Tome lll. La notion de temps. Tome IV. La notion d'espace.
les conclusions obtenues... Mais il est une autre attitude d'esprit, pour laquelle nous avouerons notre préférence. On peut ne voir dans tout ce qui précède qu'une synthèse mathématique et c'est bien ainsi que l'envisagent de nombreux physiciens, même quand ils parlent de temps local ou de contraction de Lorentz. Demaindez à un de ces physiciens ce qu'il entend par temps local, il vous répondra que c'est une fonction du temps absolu et de la vitesse du mobile. Demandez-lui ce qu'est ime loi physique, il vous répondra : c'est une équation que vérifient constamment les éléments d'un phénomène ou les coordonnées d'un point. La physique, on le voit, cesse d'être imaginative pour devenir abstraite (^) . »
H. Poincaré s'est aussi posé la même question et voici en quels termes il exprime son opinion :
« Quelle va être, dit-il, notre position à l'égard de ces nouvelles conceptions ? Allons-nous être forcés de modifier nos conclusions ? Non certes : nous avions adopté une convention parce qu'elle nous semblait commode, et nous disions que rien ne pourrait nous contraindre à l'abandonner. Aujourd'hui, certains physiciens veulent adopter une convention nouvelle. Ce n'est pas qu'ils y soient contraints ; ils jugent cette convention nouvelle plus commode, voilà tout; et ceux qui ne sont pas de cet avis peuvent légitimement conserver l'ancienne pour ne pcis troubler leurs vieilles habitudes. Je crois, entre nous, que c'est ce qu'ils feront encore longtemps (") . »
D'autres physiciens restent hésiteoits. Après avoir énuméré les avantages dont se réclame la théorie, M. Fabre relève aussi les multiples raisons qui laissent l'esprit humain dans la perplexité, et, même, l'entraînent vers des théories moins har-
{') E. Delage. Le principe de relativité. (Revue des Questions scientifiques, 20 janvier 1921, pp. 68-69).
(*) H. Poincaré. Dernières pensées, p. 54. Paris, Flammarion, 1920.
dies. « Il nous manque, ajoute-t-il, au point où nous en sommes, les lumières d'un génie critique tel que le fut Henri Poincaré. Mais, il est vain d'emprunter aux théories d'Einstein des armes contre la métaphysique du temps et de l'espace. 11 ne s'agit pas des mêmes choses. »
Tel est notre avis. L'hypothèse de Lorentz sur la contraction longitudinale n'est encore qu'une hypothèse ; cette contraction est-elle fictive ou réelle ? Jusqu'ici, il fut impossible de le savoir. Mais admettons même son existence; faudrait-il en conclure, comme on le fait d'ordinaire, que l'espace est essentiellement relatif ? Nullement. L'affirmer serait confondre deux choses essentiellement distinctes, à savoir la mesure et la chose à mesurer. Qu'importe-t-il, en effet, que les observateurs immobiles et ceux que le mouvement de la terre entraîne avec elle, emploient deux mesures différentes, la contraction ou le raccourcissement des grandeurs parallèles au mouvement ne sera-t-il pas réel, objectif, absolument indépendant de ces mesures ? Même dans cette hypothèse^ l'espace n'a donc rien de relatif.
La mesure, dira-t-on peut-être, n'est cependant pas la même pour les deux catégories d'observateurs.
D'accord, mais redisons-le, la mesure n'est pas l'espace qu'on mesure. Et puis, si tous les objets soumis au mouvement de translation subissent la même déformation proportionnelle ^ une grcuideur en mouvement pourra comprendre encore deins son état nouveau le même nombre de fois l'étalon qu'on avait choisi pour la mesurer. De ce chef, il n'y aura donc ni erreur, ni illusion.
Les observateurs immobiles constateraient une disproportion, un changement ? Assurément, et cette constatation prouve tout juste l'objectivité réelle de l'espace. Si le chcoigement produit par le mouvement est réel, rien d'étonnant que des longueurs raccourcies ne comportent plus le même nombre
de fois l'unité de mesure inchangée qu'on leur avait appliquée avant le changement.
Les mêmes observations s'appliquent en tous points au temps. D'ailleurs, il est aisé de montrer que la détermination einsteinienne du temps a un caractère exclusivement conventionnel (^) .
L'opinion que nous venons d'exposer est en somme celle que professait M. Rey dans sa belle discussion sur le principe de relativité appliqué à l'espace. « Si l'expression philosophique de relativité, dit-il, appelle à l'esprit, d'une façon presque nécessaire, celle de subjectivité, la signification du principe physique de relativité est, au contraire, essentiellement objective..., c'est tout à fait indépendcint de nous et de nos mesures, bien que cela s'exprime en fin de compte dans nos mesures, que le temps que nous mesurons, que le diamètre solide que nous évaluons, seront en eux-mêmes — et non nous paraîtront — plus grands ou plus courts d'après le mouvement qui entraîne la chose qui dure ou la chose dont nous mesurons le diamètre dans le sens du mouvement. »
« Le mouvement de translation indécelable à nos actuels moyens expérimentaux, et qui emporte notre système, n'ciffecte en rien pour nous les mesures de l'espace, du temps, des mouvements intérieurs à ce système. De sorte que le principe de relativité, loin d'siffecter nos résultats d'un coefficient inévitable d'erreur de perspective, nous permet de les considérer comme absolus, en les rendamt indépendants, pour tout observateur lié au système dans lequel ces résultats sont obtenus, de ce qui peut eiffecter ce système de l'extérieur (^) . »
On trouvera la même pensée formulée avec non moins de
(1) E. Guillaume. La théorie de la relativité. (Revue de Métaphysique et de morale, décembre 1920, p. 430).
(2) Rey, {Bulletin de la Société française de philosophie, séance du 19 octobre 19I1-I9I2, pp. 30-32).
précision et d'énergie chez Lechalas (') . Djuvara {') , Hônigswcdd (^).
Article III.
L Immobilité de l'espace.