CHAPITRE [I ; La cause efficiente
La nécessité de la cause efficiente est très nettement affirmée (784)
1 dans la critique des physiciens matérialistes : certains d’abord, concevant l'être sous la forme d’une masse inerte, sont incapables
de rendre compte du changement (785) ; d’autres, plus
avancés (786), semblent utiliser une véritable cause motrice, mais
(784) Les principaux textes que nous utiliserons ici sont : Gen. Corr. I, 9. Phys. Il. Méta. À, 7 et 8. Les principaux exemples sont donnés Gen. An. I, 18. 724 a 14 sq. et Phys. II, 3. 194 b 29 (cf. n. 308).
Eee (785) Quel que soit le nom de leur premier principe, c’est comme une masse “ou corporelle et étendue qu’ils le conçoivent (Méta. I, 7. 988 a 29-32 ; 8. 4 988 b 22-25) ; par là, tout ce qui est incorporel leur échappe, ainsi que le chan-
gement, par ce que le changement ne s’explique que par les contraires (Gen. Corr. Il, 5. 332 a 3-27: il y a une matière au changement, mais il faut la concevoir indéterminée) et par une cause supérieure à la cause matérielle. (C{. Phys. I, 4. 187 a 12-21); 5. 188 a 19-27 : le xwç de a 26 signifie : consciemment ou non. Cf. Part. An. 1, 1. 640 b 4 (au moment de la critique des théories mécanistes de la vie) : les anciens sont partis de la matière, en lui attribuant une telle nature ; Anaximandre lui-même n’échapperait pas à cette règle, selon Alex. (cf. Bonitz,
Ind. 50, 33).
‘ (786) Empédocle et Démocrite; cf. Phys, Il, 2. 194 a 20; Méta. À, 10. 993 a 17. — La critique de l’atomisme est bien résumée par Philop. Gen. Corr.
164, 10; les principaux arguments, d'ordre dynamiste, sont : de Coelo III, 2. 301 4 4: Il n'y a de mouvement #raxvoc ni de l'infini ni pendant un temps infini, car l’éréuruwe c’est le contre-nature et le hasard. — La cause originelle du mouvement n’est pas expliquée parles atomistes. (Méfa. À, $. 985 b 19; À, 6. 1072 b 34) ; ils ne peuvent rendre compte de la densité (de Coelo IV, 2. 308 b 30),
KR du mélange (cf. Simplic. de Coelo 612, 20) ; enfin, ils succombent aux attaques dirigées contre les doctrines qui dore la qualité (de Coelo II, 4. 303 a 24 sq. ; Chen)
en réalité ils ont négligé l’essentiel, à savoir ce d’où provient le pouvoir causal, la quiddité et la forme (787).
Par contre (788) invoquer les idées et la participation des choses aux Idées pour expliquer l’efficience qui produit la génération, c’est une théorie moins physique que la précédente; elle néglige uñ côté essentiel de la production, car ce n’est pas la santé, ou la science médicale, qui produit à elle seule la guérison, mais le médecin. On a raison de montrer, et nous le confirmerons plus loin, que cette critique dirigée contre Platon atteint tout autant Aristote lui-même (789) ; mais, au point de vue où nous nous plaçons maintenant, il nous faut en signaler l'importance ; en montrant que le véritable efficient est la substance particulière et réelle, Aristote essaie de ramener la notion de force sur le plan naturel, et cela après avoir montré que la notion vulgaire de matière et de substance sensible ne pouvait la remplacer : l'opération de la force est donc nettement affirmée, en même temps qu’elle cesse d’être surnaturelle ou magique (790). Il est donc essentiel de signaler que très consciemment Aristote a cherché
(787) C’est ainsi que nous interprétons la différence des deux textes de Gen. Corr. Il, 9. 335 b 36 et 335 b 9: ils ont entrevu comme en songe la causé motrice. c’est toujours la même erreur, ils ont négligé la forme ; il faut rétablir comme intermédiaire : ils ont bien eu l’idée d’une espèce de cause motrice, par le mouvement (cf Gen An. N,Vr. 778 AD Tnv aitéay tic ÜXnc xa Tv The xiviocws mais dans le mouvement, il faut distinguer le mouvoir et le fait d’être mû (335 à 24, 3364 1), qu'ils considèrent seul, sans l’expliquer dans sa production.
(788) Gen. Corr. Il, 9. 335 b 10-24. Cf. de An. Il, 9, 433 a 4-7. Voir d’autres références dans Robin. Th. pl. note 85, 95 et 97.
(789) Robin, Th. pl., pp. 73, 88-94, 110, 116, 196.
(790) Remarquer le caractère positiviste et qui est bien d’un ie des deux arguments donnés Ge. Corr. II, 9 : Les idées et la matière sont éternelles, or, la génération n’est pas continue; l’expérience nous montre, dans certains cas (dans les choses artificielles) la nécessité de lagent distinct de la forme. — Rémarquer également l’opposition de l'admiration du merveilleux (qui se présente dans les machines) à la connaissance de la cause (aïrrov) ; Mech. Prélim. fin. — Si l'on voit, par là, qu’Aristote a compris l'insuffisance de la notion de Genre,
comme principe d’explication totale, on peut admettre, par le mépris qu’il montre. de tout mathématisme transcendant, qu'il sentait la complexité de la question,
ke Ke
à se mettre à l’abri de toute accusation de platonisme et à
dépasser la conception qui fait de la relation causale une participa-
tion à des formes séparées, elles-mêmes réunies par des liens de subordination logique.Mais dès maintenant, nous pouvons prévoir qu’un tel effort ne pouvait mener loin : qu'est-ce qui distingue en effet le sujet de la pure forme ? C’est la matière où est cette forme; ce qui constitue la réalité, au moins la réalité sublunaire, ce n’est pas plus la forme que la matière, mais leur composé qui est la réalité individuelle ; Aristote conçoit donc un mode d'activité hylémorphique, c'est-à-dire propre aux êtres dont l'existence n’est pas entièrement rationalisable ; par suite, il ne marque aucune transition entre le problème de l’activité de tels êtres, qui mérite le nom d’historique, et le problème de l’activité abstraite (790 bis). Nous aurons à montrer où le mène cette confusion.
Toutefois, cet effort original signalé dans la philosophie d’Aristote, nous pouvons constater que l'opération de la force y reste mystérieuse et que tout le pouvoir causal semble concentré dans la forme ou la fin. En effet, quand Aristote parle de la cause efficiente comme dev à &oyn rüs xiwoswc, il ne faut pas considérer cette expression avec nos habitudes de pensée moderne ; le véritable efficient ne fait pas que déclencher le mouvement, il le déclen-
che en vue d’une fin qui est le véritable moteur, soit que cette
fin ait été posée par lui, puis développée par la discursion pratique jusqu’à la condition par laquelle commence la réalisation, . soit qu’elle ait été préparée hors de l’efficient, par une activité supérieure qui le guide. Mais, dira-t-on, par cela même qu'il distinguait la phase de la réalisation de celle de la conception qui était
(790 bis) Aïnsi, dans la profonde argumentation contre le chaos primitif des atomistes (de Coelo IT, 2.) et de Platon (300 b 16-25), il montre que se donner le mouvement c’est se donner le x6ou0< puisque le mouvement (réel) suppose la forme.
une déduction à partir du concept de la fin, bien que l’une ne soit que l’autre renversée, n’opposait-il pas l’activité provenant de la fin à une autre sorte d’activité où l’antérieur déterminât le pos- térieur, d'autant que l’efficient peut être le hasard, c’est-à-dire privé de tout rapport avec la fin (791)? La réponse à cette question est extrêmement difhcile. | Qu’Aristote ait conçu une activité de production non-téléologique, ne fût-ce que pour la nier, c’est ce que semblent môntrer les critiques qu’il adresse aux physiciens matérialistes ; il expose leurs théories, donne des exemples des encnaînements mécaniques tels qu'ils les entendaient (792). Mais considérons ce qu’il leur repro-che: c’est de ne s'être pas rendu un compte exact des notions qu'ils employaient (793). Il nous faut examiner si une telle critique des notions aboutit chez Aristote à la position de ce que nous appellerions des séries mécaniques pures, ou à l’absorption d’un tel concept dans la notion d’un dynamisme entendu en un sens large.
Il semble que, par la force même des choses, Aristote soit obligé de reconnaître des enchaînements non téléologiques, et par suite conduit à constituer ce que nous appelons la causalité purement mécanique en un concept original. Quel sens, à cet égard, présente la distinction de la nécessité et de la finalité ? Ces deux modalités de la production sont le plus souvent combinées (794), mais il faut
(791) Ainsi Méta., B, 2.996 b23 (où l’on se demande si l’étude’ de chaque cause relève d’une discipline spéciale). La distinction des deux parties, régressive et progressive de la génération, se trouve principalement dans le texte bien connu de Méta. Z, 7.1032b15-30 (Voir Robin, Archiv., $ 1-3 et 17: Hamelin, Syst., 271 Sq.).
(792) Sur ces enchaînements, voir n. 353.
(793) Part. an., 1, 1.639b29 : (Méta., À, 4.985 a 12, pour la distinction de la cause efficiente et de la cause matérielle ; cf. Gen. an., V, 1.778 b8 ; Méta. A, 7.988 a 34, pour la distinction de la cause formelle; Gen. Corr., II, 9.335 b8: « ils rêvent »).
(794) Sur les différentes significations d’évayxaïov, voir Bonitz, Ind. Il s’agit, ici, de l’opposition de l’2# ävéyunc à l’Evexé rou que nous avons vu fréquemment utilisée en biologie (voir n. 353); un exemple remarquable de leur combinaison, qui, le plus souvent est posée sans explication, est la montée du lait, sous la
cependant considérer le cas où elles sont soit séparées soit opposées et cela donne lieu à des expressions remarquables (795). Toutefois, quand la nécessité s'oppose à la finalité, et cela se produit quand la détermination par la fin devient plus lâche (796), on ne voit pas, pour nous en tenir à ce que nous avons pu constater et sans aborder par son côté métaphysique le concept de matière qu’Aristote invoque ici, qu'il ait conçu une forme spécifique d’activité ; par exemple dans la théorie des monstres l'appel à la matière n’est qu’une explication rapide et purement négative, qui signifie seulement l'impuissance de la fin principale à dompter les formes secondaires qui devraient lui être subordonnées ; en tout cas, l’activité qu'Aristote laisse peut-être subsister au fond de la matière, n’est
l’objet d'aucun concept positif (797).
pression due à l’accumulation de la sécrétion dans la matrice, vers le cœur où il doit être cuit (Gen. An. IV, 8,776 b 28 sq. Cf. Philop. Gen. An. 207, 12). Voir Part. An. IV, 2.677 a 15: ilne faut pas toujours chercher la fin, mais quelquefois seulement les conditions (à propos des excrétions, comme la bile, que la nature n'utilise plus (au contraire de la semence).
(795) Gen. An. I, 4.717 a 15 : La nature agit par le nécessaire ou par le meilleur (la préposition à.à s'applique également d’ailleurs à la cause matérielle : Part. An. IV, 2.677 a 18 : telles conditions étant données, de cela (à3), il s'ensuit de nombreuses conséquences. Voir Bonitz Id. 177 a 56). Gen. An. N,8 fin: non en vue d’une fin mais nécessairement et par (5&) la cause. motrice. Cf. encore Phys. 11, 9.200 à 26; en revanche &, s'applique aussi à la cause efficiente (par ex. Méta. @, 8.1050 a 24). Cette notion de cause motrice que nous avons vu distinguée de la cause matérielle (dans une objection aux physiciens, n. 787) est assez fréquemment opposée à la cause finale : Méfa. T, 12. 1019 b 20 et sur le même sujet 6, 2. 1046 a 17: la puissance de bien faire ou seulement de faire ; remarquons dès maintenant que, même si la force n’agit pas d’une façon bonne et belle, cela n’implique pas que son opération ne soit pas téléologique (sur les degrés de la finalité, voir n. 823). Cf. l’expression « nécessaire par accident » appliquée aux monstres (Gen.An. IV, 3.767 b 13 et opposée au processus téléologique.
(796) Soit par suite d’une trop grande complexité (la complexité est aussi un signe de perfection ; cf. n. 648 et 1045) soit par suite d’un vice.
(797) Sur la nécessité matérielle, voir $ sq.. Méfa. Z, 9 début, la matière qui est donnée comme la raison de la différence entre ïes générations qui ont lieu à la fois automatiquement et par l’art, et celles qui n’ont lieu qne par l’art, est la matière déjà informée, non la matière xpwrws OU xuptws (Bonitz, Méla. II, 338). Ainsi, les pierres se meuvent par soi (1034 4 15, 20) mais non de facon à former
D'autre part, quand la nécessité est séparée de la finalité, comme c'est le cas pour les phénomènes qui n’ont pas de fin (798), on expliquera leur production par le déterminisme physico-chimique, que la nature utilise le plus souvent pour des fins (799) mais qui est lui même une nature (800); certes, cette dernière interprétation n'est pas d’Aristote qui classe tous ces faits parmi les &€ ävéyxns par opposition aux évexx tou. Mais l'absence de finalité biologique (8ox) que l’on remarque dans ces séries ne signifie pas qu’on les considère du point de vue purement mécaniste auquel la science moderne nous porte à nous placer, aussitôt que nous abandonnons la
téléologie et cette remarque suit pour le moment à ce que nous voulons démontrer.
Lérsde plus favorable à notre recherche est celui du fait
une maison (cf. An. post. II, 11. 95 a 3. Aristote est là sur la voie de la distinction d’une finalité interne et d’une finalité externe. Remarquer que l’airéparov signifie aussi bien le spontané par opposition à l’artificiel que l’accidentel par opposition à l'essentiel ; voir n. 814 sq. et Rivaud, p. 419. Enfin, les fautes de la nature dans l’action téléologique sont rapportées à un vice du germe (Phys. II, 2. 199 a 33-b 9). |
(798) C'est le cas de certains phénomènes physiologiques : notamment certaines variations individuelles, comme la couleur des yeux, certaines parties du corps (cf. Zeller 333, 1 ; parmi les reprrouara, certains sént loin d’être inutilisés [comparer Gen. An. I. 18, 725$ a 4 et la théorie de la bile Part. An. IV, 2; Philop. 69, 23]; sur les cheveux, cf. Rivaud n. 1001).
(799) Bonitz Ind. 846 b 54.
(800) Par exemple l’évaporation que produit la coupe de cheveux, selon l'exemple de Phys. II, 5. 197 a 23, qui inspire peut-être Méta. Z, 7. 1033 a 21 et 9, 1034 a 26. Nous avons vu que les enchaînements des phénomènes naturels ne s’expliquaient finalement que par l’essence et que le dynamisme d’Aristote n’était jamais purement mécaniste. Cf. Phys. II, 8. 198 b 12-14 (exposé du mécanisme): l’action mécanique du feu n’est pas conçue en dehors de son essence.
(8o1) On cite (Zeller 333, 1, Hamelin, Syst. 271) le passage de Méta. H, 4. 1044 b-9-12, où Aristote se demande les causes en jeu dans la production d’une éclipse de lune : il n'y a pas de cause matérielle, mais seulement un patient, ni de cause finale ; reste (b 11) la cause comme motrice et destructrice de la lumière (la cause efficiente ; b 11 : üxé rivoc). C’est bien là un exemple de causalité purement mécanique, surtout si l’on songe au rôle de la géométrie dans l’astronomie (cf. n. 1086); mais, outre que selon Aristote lui-même, il s’agit d’un événement non d’une substance (b 8), il faut reconnaître que la notion de l’éclipse comme affection de la lune est anthropomorphique, la lune étant une divinité impassible,
fortuit (802), car c’est un fait qui pourrait être produit en vue d’une fin et qui, expressément, ne l’est point. De quelle nature est donc sa cause productrice ? Il ne suffit peut-être pas de remarquer que ce fait étranger à la finalité n’est cependant défini que par rapport à la finalité, car il est nettement donné comme effet (803) qui n’est point la cause finale de ses antécédents, lesquels ont leur vraie cause hors de lui (804); il est donc produit par le développement d’un pouvoir non essentiel de sa cause, puisqu'il ne lui sert pas de fin. Aristote est comme forcé de considérer la notion de causalité indépendamment de celle de finalité. Comment donc procède-t-il ? Faut-il dire avec Hamelin (805$) que le fait fortuit est lié mécaniquement à la fin poursuivie par la cause efficiente ? C’est bien, en effet, vers cette solution qu'est poussé Aristote, mais nous ne croyons pas qu’il y arrive.
Admettons que le fait fortuit soit bien un accident de la fin (806); or, pour exprimer cette proposition, Aristote énonce que la cause
du fait fortuit est une cause accidentelle, à la façon dont le blanc
est cause accidentelle de la construction ; les commentateurs ont bien remarqué que l'application au hasard de cette notion de cause accidentelle n’était pas entièrement légitime ; la cause du fait fortuit est accidentelle, non parce qu’elle est un accident de la cause essentielle de ce fait qui n’en a pas, mais parce qu’elle est la cause
(802) Texte principal : Phys. II, 4-6.
(803) Voir la notion de ouuééy 6. 197 b 19, où l’on semble bien opposer l'effet pur et simple à l'effet cause finale ; le plus souvent, les expressions sont moins nettes et l'effet est rattaché à l’enchaînement moyen-fin. Cf. de An. III, 12. 434 a 32 : Toute chose est en vue d’un but ou accident (ciurrwua) d’une telle chose.
(804) 6. 197 b 19 (Texte du ms E): quand ce n’est pas en vue de l'effet {[considéré] que sont produits les phénomènes dont il faut dire que la cause finale est en dehors [du dit eflet]. Voir Hamelin, Phys. 132-133 ; page 133, ligne 12, il faut lire : La cause finale des antécédents du fait fortuit, et non : la cause finale du fait fortuit. Duhem (Syst. Il, 295) donne à #£w un sens indépendant de tout rapport à cuuédv.
(805) Hamelin, Phys. 122, cf. 124 et Syst. 314.
(806) Ce n’est pas absolument exact ; ainsi, la série qui amène le fait fortuit peut s’embrancher sur un des intermédiaires qui mènent à la fin véritable: la guérison n’est pas un accident de la toilette, mais de la coupe de cheveux : alors que la rencontre du créancier est un accident de l’achat.
d’un fait qui est un accident. Mais il faut tâcher de comprendre les raisons de cette confusion : Aristote reporte sur la cause une qualification qui convient plutôt à l'effet. De la même façon, le fait de toucher de l’argent est donné (807) comme fin accidentelle
du fait d’être venu sur la place publique, alors que c'est un eflet
accidentel de la fin réelle; tout se passe comme si l’on insistait moins sur cette productivité spéciale de la cause efficiente par rapport au fait fortuit, que sur la possibilité non réalisée de production finaliste. | De Ja même façon, nous interprétons la comparaison du hasard avec la cause vaine (808). Pour qui considère le fait fortuit dans son caractère de résultat pur, le hasard a bien deux caractères : d’abord une certaine cause n’est pas cause d’un effet qu’elle entraîne accidentellement, en ce que cet effet n’est nullement sa fin (809), ensuite cette cause amène cependant cet effet par accident ; ainsi la cause vaine qui ne correspond qu’au premier caractère est nettement distinguée du hasard qui comprend les deux. Mais c’est une question de savoir si Aristote a fait consciemment cette considération. Certes, une cause est vaine parce qu’elle ne produit pas ce que par soi elle doit produire, mais la cause efficiente dans le hasard ne peut être dite telle puisqu'elle produit bien ce qu’elle doit produire ; comment donc expliquer la comparaison avec la cause vaine qui est donnée comme preuve ? C’est qu’en outre, elle ne doit pas
(807) 5.196 b 24-29. Les textes des commentateurs sont cités dans Hamelin, Phys. 118; selon cet auteur le hasard est bien un accident de la cause, car il est le caractère accidentel de la cause par soi, posé comme cause distincte ; cf. d’ailleurs, Méta. E,2.1027a7: la cause d'un accident est accidentelle. Il n’y a là dedans aucune notion nouvelle de causalité.
. (809) 6.197 b 22-32. Selon Hamelin (Phys. 135,29), en tant qu’elle produit un effet accidentel, la cause ne produit pas son effet propre et montre une stérilité essentielle; mais la cause n’est nullement stérilisée par le fait fortuit, qui n’ayant
aucune racine dans sa nature, ne l'empêche pas d’atteindre sa fin ; si dans le hasard,
la cause est frappée de non-causalité essentielle (p. 136,15), ce n’est pas absolument, c’est relativement au résultat qui est produit accidentellement. Cette absence de causalité essentielle qui est indéterminée comme tout accident ne suffit donc pas à légitimer la comparaison du hasard et de la cause vaine,
essentiellement produire le fait fortuit qu’elle amène ; or, on ne peut voir dans cette condition un signe de stérilité que des deux manières suivantes: ou bien on considère que cette cause qui amène le résultat accidentel pourrait être prise comme moyen d’un tel résultat pris pour fin, et alors elle mériterait bien le nom de vaine, car par soi elle ne le produirait pas. Ou bien on rapporte le fait fortuit à ce qui devrait être sa cause essentielle et l’on constate l’absence de celle-ci (810) ; dans ce cas, au lieu de considérer l'effet accidentel dans ce qu’il a de positif, Aristote préférerait constater l'absence de la cause essentielle, et ce caractère négatif lui permet sur la notion de uérnv, qui possède également un caractère négatif (mais c’est l’effet qui est alors absent, non la cause), une confusion analogue à celle que nous avons relevée tout à l’heure, dans la notion de causalité accidentelle, entre l'accident de la cause et la cause de l'accident. De toute façon, Aristote n'aborde le fait fortuit que du côté de la causalité qui devrait le produire, s’il était normal ; tout le positif de la causalité est donc dans la détermination par la fin (811); nous comprenons dès lors la portée de son affirmation que le hasard n'est pas primitif (812); cela signifiera pour nous qu'il n’a pas de notion spécifique pour rendre compte des enchaînements non téléologiques; et, en effet, il ne dispose que de la notion de cause accidentelle, à laquelle se réduisent le hasard (813) et tous les enchaînements qui ne répondent pas à un finalisme rigoureux.
Or, l’accident c’est l’indéterminé (814); c’est presque le nonêtre (815); il ne lui convient qu’une définition négative (816);
(810) Le texte de la Vulgate rejeté par Prantl et Hamelin semble indiquer ce sens 197 b 23 : #rav un yévnrar vd où Évexa 41’ 6 Eueivou Évexa : quand le fait est produit non comme fin de la cause réelle, mais comme effet qu’aurait produit une cause qui l’aurait pris pour fin.
(811) Cf. Hamelin, Phys. 125, et 9.200 a 32.
(814) Phys. Il, 5. 196 b 28, 197 a 20. Et principalement Méta. E, 2 et 3, par ex. 1026 b 7, et Bonitz Méta. II, 287.
(815) Méta. E, 2. 1026 b 21.
(816) Méta. À, 30. 1025 a 14 et E, 1026 b 32. Cf. Bonitz, Ind.
il n’a pas de cause comme ce qui est par soi (817), ni de génération ni de destruction; sa cause est accidentelle (818) sinon il entrerait dans le système des formes ; autant dire qu’il apparaît et disparaît sans cause, peut ne pas être (819) et n’a pas plus de cause que le cuisinier ou larchitecte ne sont causes de la guérison. Toutefois, bien qu’une telle causalité semble ne pouvoir être défnie que négativement (820), ce n’est pas toutefois un néant de causalité ; le cuisinier qui guérit par accident agit bien en un sens, quoique non au sens propre (821) et dans la multitude infinie des accidents, certains sont plus près que d’autres d’être la cause (822) ; mais pour être plus cause qu’une autre, une cause ne doit-elle pas posséder une causalité essentielle et positive ? La question est posée, sans être résolue; mais en essayant ainsi d’établir un ordre entre les causes accidentelles, au risque de sortir de l’accidentel, il montre qu'il sentait l’insuffisance de sa théorie de la causalité, mais nous ne sommes pas autorisés à dire qu'il cherchât à la préciser en un sens mécaniste. Au-dessous de la détermination causale par là fin, qui est rigoureuse et rationnelle, il y a toute une échelle de déterminations qui font transition avec l’indéterminé absolu (823),
(817) Méta. K, 8. 106$ a 26.
(818) Méta. E, 2. 1027 a 7.
(819) Bonitz Ind. 714 a 30: Evdéyeror un Oméoye.
(820) Voir Bonitz, Méta. II, 292.
(821) Méta. E, 2. 1027 a 5 : "Eomvy &ç mousi éml@c d’od.
(822) Phys. II, 3. 195 b 1-3 ; S. 197 a 20-25. (Cf. Hamelin Phys. 127 sq.) : Quand la coupe de cheveux amène la santé accidentellement, par l'intermédiaire de l’échauffement et de l’évaporation, on ne peut dire que la guérison, qui est fortuite, soit amenée par n’importe lequel de ces événements.
(823) D'abord, la cause finale admet des degrés : ainsi, il y a 0 £gv et so eù Cv. Top. II, 2. 11847; Part. An. Il, 10. 656a 3 (à propos de la supériorité donnée par la sensibilité [cf. n. 378. sq] et du caractère divin de l’homme ; ce perfectionnement entraînant une plus grande complexité) ; il y a ainsi des degrés dans la nécessité ; une condition est d'autant plus nécessaire que, placée plus bas dans la hiérarchie des choses, elle en conditionne davantage (voir par ex. la hiérarchie des sens, Rodier de An. I, 12 fin, Il, p. 337). L'accident a des degrés, depuis le ovufsénudc xa@’aûré qui n’a presque plus rien d’accidentel jusqu’au contingent pur en passant par la notion du s 6e ëmi ro mo. (Hamelin [Syst. 126 et 237] renvoie à Zeller 232, 5 et 166, 1), lequel est expressément indiqué comme acces-
mais ce qui est conçu par là c’est plutôt une déficience de la causalité parfaite, qu’une causalité d’un autre ordre.
D'ailleurs, Aristote nous indique, de lui-même, qu’il lui manque une pièce essentielle, pour concevoir une causalité qui ne soit pas d'essence téléologique. D’abord, il faitrentrer dans la notion de cause matérielle la causalité qu’il isole de la détermination par la fin (824); or, la cause matérielle est une cause nécessaire, mais bien plutôt nécessitée que nécessitante, et en tout cas non productrice (825). La notion de nécessité hypothétique vient préciser cette position (826). Entre la cause et l’effet, il doit y avoir une relation de temps (827) ; or, l’antérieur apparaît comme une condition du postérieur et comme tel est bien nécessaire (828), mais ce n’est nullement une cause productrice ; c’est le postérieur qui, en tant que fin, rend raison de l'existence de l’antérieur et si le postérieur est nécessaire, c’est par sa propre nature, non par l’antérieur (829).
sible à une certaine science ; toutefois, dès qu’il a quitté le domaine des caractères essentiels, il ne peut dépasser le point de vue de l’extension, pour constituer aucun concept original. D’où de fréquentes ambiguïités (cf. n. 795, 797).
(824) C’est ce qui arrive, par exemple, quand il considère la seconde partie de l'action pratique, la partie progressive (Méta. Z, 7. 1032 b 30-1033 a 1 : les causes sont parties et matière du résultat. Cf. ice SNA 2 72):
(825) Par exemple, la nourriture est une cause nécessaire, en tant que où oùx ävev. (Part. An. I, 1.642 a 8, dans ce passage, sont étudiées les différents sens de la nécessité et indiquée la notion de nécessité hypothétique). Dans l’exposé des physiques matérialistes, il insiste sur le rôle de composition qui est dévolu à la matière, plutôt que sur la productivité des séries (Part. An. I, 1. 640 b 16, 640 b 22).
(826) Textes principaux : Gen. Corr. Il, 11. Phys. IL, 9.
(827) rt perd m1. Cf. Part. An. I, 1. 640 a 2. Voir n. 307. C’est à partir de cette succession que se pose le problème de la nécessité (Gex. Corr. 11, 11. début; Philop. Gen. Corr. 302, 14-19).
(828) Gen. Corr. II, 11. 337 b 14-20 (cf. Phys. Il, 9. 200 a 5, 8. Méta. à, 2 994 a 12). Cette nécessité apparaît dans les questions que doit se poser le physicien. Phys. Il, 7. 198 a 34, b 12 ; 8, 199 a 9.
(829) b 20-25 : si le postérieur doit nécessairement être engendré, de même et nécessairement l’antérieur ; et alors si l’antérieur se produit, se produira nécessairement le postérieur, mais non par l’antérieur (ät’ ëxeïvo) mais parce que, par
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On comprend par là quelle est la vertu productrice de la cause efficiente : elle est antérieure à l'effet, mais ce n’est pas comme antérieure qu'elle agit; si les antécédents, dit Philopon (830), avaient de soi vertu productrice de la fin, quel besoin y aurait-il de la cause efficiente, c’est à dire dé la nature (831)? Et cependant . cette nécessité, ainsi mise en lumière, de prendre le déterminisme à l'envers par rapportà la fin et comme par l’autre bout, était bien propre à montrer que la détermination téléologique était complexe et insuffisamment analysée. Au fond de la cause efficiente il y a donc une double vertu, mais Aristote ne peut et n’y veut voir que l’action de la fin ; par suite l’idée qu'il se fait du déterminisme causal ne doit pas être abordée avec les notions et les images familières à la pensée moderne.
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D'une part, l’idée schématique d’un enchaîinement de phénomè- : nes dans le temps par succession de cause à effet ne le satisfait point, soit qu’elle lui soit moins familière qu’à nous, soit qu'il veuille la dépasser. D’abord, il à nettement montré qu’une telle série voulait être infinie (832); il en conclut, faute de la considérer abstraitement, qu’elle ne comporte aucune sorte de nécessité (833) et ne saurait amener aucun de ses termes à l'existence (834); il faut donc
hypothèse, il doit nécessairement être. Sur la préposition Gé, cf. n. 795; Gen. An. I, 18. 724 a 28-30. Voir les objections de Philop. (308, 14) fondées sur l’expérience de séries causales comme l’amaigrissément et l'absence de nourriture, la cicatrice et les coups.
(830) Phys. 326, 28. Cf. Hamelin Phys. 163.
(831) Les causes efficientes par soi sont, d’après Phys. IT, 6. 198 a 1-3, la nature et la pensée, et le hasard et la fortune, comme leur accident. Cf. Simplicius, Phys. 353, 15-25.
(832) Méta. «, 2. La nature fuit l’infini, parce qu’elle cherche la fin (Gen. An. Pre 7nS-biT6).
(833) Gen. Corr. IL, 11, 337 b 25-30. Philop. Gen. Corr. 304, 11 sq.
(834) Phys. VII, 1. 242 a 16-b 20. (Cf. Philop. Gen. Corr. 304, 24-25). Phys. VI, $. début-256 a 21 ; Aristote insiste surtout sur le mouvement de l’esprit qui va de l'effet au moteur; le mouvement inverse est l’objet d’un développement obscur (Phys. VIII, 5. 256 a 21-b 3).
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considérer des têtes de séries qui en rompent l'homogénéité. Ensuite, s’il conçoit des séries linéaires finies et distingue l’enchainement des termes de la position du premier (835), c’est pour faire de ce premier terme le lieu de la contingence, auquel le système des trois causes ne s'applique pas d’une façon précise (836). Enfin, si la descente de la fin au moyen peut se faire d’une façon régulière et continue, il n’en est plus de même pour le mouvement inverse; étant donné un groupe de moyens, en vertu de leur stérilité essentielle, il faut sauter à la fin pour expliquer leur miseen œuvre (837).
D'autre part, la manière dont Aristote semble se représenter les enchaînements concrets appelle une conclusion analogue (838); le cas le plus intéressant est celui de l’enchainement mécanique qui nous parait le plus simple : la poussée.
Aristote conçoit une chaîne de mobiles et de moteurs, sur l’image de la poussée imprimée, au bâton par l’homme et sa
main (839) et nous avons vu qu’il cherchait à s'élever au-dessus
(835) Méta, E, 3, 1027 b 1-5.
(836) Ib. b 5 fin : soit que l’on descende vers l'avenir, soit que l’on remonte vers le passé. Par exemple, il est nécessaire que tout mr meure, mais que sa mort soit telle ou telle, aliunde est suspensum (Bonitz, Méfa. II, 292), les séries qui s’établissent ainsi ne sont pas nécessaires parce qu’elles n’entrent pas de un système de volonté.
(837) Cf. Phys. IL, 9. 200 b 1-4. Dans le cas où la nécessité est absolue (Ges. Corr. II, 9, 337 b 22-25, Philop. Gen. Corr. 303, 33-304, 11), bien qu'il y ait réciprocité dans la détermination mutuelle de l’antécédent et du conséquent, c’est toujours sous la forme de la nécessité qui va de la fin au moyen qu’Aristote exprime ses exemples : cf. 338 b 7 et Robin Arch. 12 (voir Part. an. I, 1.639 b 21-640 a 4 où allusion est faite à Gen. Corr. Il, 9, et [Bonitz Ind. 99 b 31] à Phys. II, 9).
(838) Dans la critique d'Empédocle (Phys. Il, 9.198 b 18), la série ascensionrefroidissement est mécanique en ce qu’elle se produit en dehors de l’intention de l’agriculteur ; en soi elle est un morceau de génération circulaire. Zeller (333, 1 attribue à Aristote ce qui est d'Empédocle).
(839) Phys. VIII, 5 début; cf. VII, 1 (n. 834); l’idée de cette chaîne mécanique intervient dans une démonstration d'ordre métaphysique, qui aboutit au premier moteur ; elle correspond plutôt à un principe de sens commun qu’à un principe physique. — On comprend que la distinction de la cause prochaine et de la cause première soit si peu nette (Hamelin, Phys. 98 sq. ; Syst. 238 sq.); elle ne peut l’être que du point de vue mécanique pur où un terme est déterminé
de la notion vulgaire de transmission du mouvement par transvasement d’une chose d’un terme dans l’autre. Toutefois, cette notion de moteur intermédiaire, qui est un moteur mû reste encore bien vague. D'une part, la motricité d’un tel moteur semble indépendante de son mouvement (840). En effet, un moteur ne peut . mouvoir du mouvement qu’il possède, car en tant que mû, il est en puissance, et en tant que moteur il doit posséder la forme, c’est-àdire être immobile sous ce rapport (841). D’autre part, on nous indique expressément parfois que si le moteur mû meut, c’est en tant qu'il est mû (842). Ilest vrai que sur ce sujet, nous consta-
uniquement et entièremént par le terme immédiatement antérieur, où chaque terme résume ceux qui le précèdent. Il n’en est plus de même ici : la chaîne qui va du premier moteur aux natures sublunaires, n’est pas homogène, car chaque terme y joue un rôle propre, quoique mal défini (voir n. 168 sq., 293 sq., 560 sq., 601 sq.) ; cette indétermination de la doctrine quant aux influences successives qui contribuent à la production d’un phénomène est caractéristique et explique, en partie, l’apparent positivisme d’Aristote sur certaines questions (par exemple quand il borne l’investigation scientifique à la distinction du haut et du bas, : n. 170. — La notion de poussée, qui, avec celle de traction, constitue les espèces fondamentales de la motiôn par translation. (Phys. ViI, 2. 243 a 16 sq. : question du contact du moteur et du müû) n’est jafnais considérée indépendamment de la . chose poussante, et notamment de sa réaction sur un point d'appui et de sa
victoire (cf. An. mot. 10, 703 a 25) sur la chose poussée:
(840) Voir l’argumentation de Phys. VIII, 5. 256 b 3-257 a 27, où il s’agit de montrer que la notion de moteur müû ne se suffit pas et qu’il faut un moteur immobile, ou au moins automobile. — Nous avons déjà signalé, que la dernière couche d’air qui meut le projectile, est seulement mise en mouvement, sans être rendue motrice (Phys. VIII, 10. 267 a 10).
(841) Cf. 256 b 27-257 a 3 : s’il n’y a que des moteurs mus, la forme à transmettre m'est possédée nulle part. Dira-t-on (257 a 3-14) que le moteur meut d’un autre mouvement que le sien, mais comme les espèces du mouvement sont finies, on aura toujours une chaîne dont les deux bouts seront des termes possédant des’ mouvements identiques; d’ailleurs (257 a 24; cf. Alex. Simpl. Phys. 123) que ce qui altère soit tel parce qu’il est susceptible d’accroissement, c’est là une hypothèse imaginaire, alors que la première est impossible.
. (842) Phys. VIL, 5. 256 a 30 : il meut :G xiveïodau. (Simplicius, Phys. 1043, 4); 1078 xuveïrat ; de même, la première partie de l’argumentation dont il a été question dans la note précédente (256 b 3-13) porte que le moteur qui est mû par accident ne communiquera pas nécessairement le mouvement ; c’est donc qu'il meut en tant que mû. Voir Phys. Il, 7. 198 a 28. Les moteurs immobiles n’ont en soi ni mouvement ni principe de mouvement ; et VII, 1. 242 a 23: le moteur mû et son mobile sont mus en même temps.
tons dans certains textes une confusion extraordinaire : tantôt, et presque uniquement dans les textes où il est question de la série qui mène au premier moteur, un moteur mû est un moteur qui meut parce qu'il est mû ; tantôt le moteur mû est un moteur qui est mû en retour par le mobile sur lequel il a agi (843). Cette confusion, qui est purement verbale, s'explique assez bien par cette remarque que la notion de moteur mû n’impliquait dans l'esprit d’Aristote aucun jeu dynamique, mais était une simple qualification ontologique, situant les êtres en question au-dessous du moteur absolument immobile et impassible (844).
Et, en effet, Aristote utilise fréquemment cette notion d’intermédiaire et c’est toujours pour attribuer à l’être qui lui correspond une nature spéciale. Ainsi (845), le milieu qui transmet et perpétue aux projectiles l'influence qui les a lancés, possède une nature ambiguë lui permettant de mouvoir en deux sens et, sous-entendu, d’être mû dans ces deux sens, puisque c’est non seulement en tant que mû qu'il meut, mais parce qu’il a une nature propre à mouvoir, même quand il n’est plus mû. Ce milieu est aussi appelé instrument. Et cette notion de cause instrumentale est fréquem-
(843) C’est ce sens qui est indiqué expressément : Gen. Corr. I, 6. 323 a 12, a 26, et qu’il faut adopter pour: Gen. Corr. I, 7. 324 a 24, a 32. (Philop. Gen. Corr 151, 7 sq. signale ici la confusion), Phys. III, 1. 201 a 25-29; 3. 202 a 3-fin du ch. (voir n. 761 sq.). Cf. Gen. An. IV, 3. 768 b 17, où cette réaction du patient est le principe de l’explication des différences sexuelles et des monstres (n. 374, 401). L'expression Gvrmveïy n’a pas le même sens Gen. An. IV, 3. 768 b 19. (Tout agent pâtit de son patient); Phys. VIII, 5. 257 b 20-25. Les deux parties de la chose qui se meut elle-même ne sauraient se mouvoir réciproquement) ; et de Coelo I, $s. 272 b 4, où elle signifie « se mouvoir en sens inverse ».
(844) On se rappelle l’argument relatif au premier moteur fondé sur cette symétrie des notions (voir n. 617).
(845) Phys. VIIT, 10. 267 a 4 ; cette nature est propre à mouvoir et à être mue. De Coelo II, 2 301 b 22: E’air sert comme un instrument car il est à [à fois léger et lourd (cf. de Coelo IV, $. 312 a 24 et b 2). Voir la même théorie reprise de An. IT, 12. 434 b 31 et 435 a 4, et An. Mot. 10 : à propos du rveèux (cf. 703 a 18 : edpuwe. Les intermédiaires jouent un très grand rôle dans la sensi-
bilité ; voir de An. Il, 7 ; III, 1 ; Rodier 344-346,
ment utilisée en d’autres cas (846), sans d’ailleurs faire l’objet d’un concept précis ; elle sert à ramener, au moyen de la métaphore, implicitement empruntée aux arts, que nous étudierons tout à -Vheure, les séries qui ne relèvent que de la causalité pure dans le domaine de la production téléologique.
C’est que le mouvement est essentiellement le résultat d’une nature ; au contraire, le choc est l’interférence de deux natures dont la rencontre est accidentelle l’une pour l’autre ; il intéresse au plus haut point la physique moderne parce qu’il pose très nettement la question de savoir ce que devient un être sous l’action de ce qui se passe dans l’ensemble du monde pris au moment immédiatement antérieur au moment considéré ; il perd son importance si l’on pense que le mouvement n’est définitivement expliqué que lorsqu'il est rattaché à une nature, le problème des rapports mutuels de ces natures subsistant d’ailleurs tout entier. Lorsqu’Aristote se trouve en présence de ces mouvements que l’être subit sans pouvoir en rendre raison par soi, il utilise la notion de mouvement
(846) La semence est un instrument (Philop. Gen. An. 88, 12 ad Gen. An. II, 3. 737 a 18 ; elle n’est pas nourrie comme les menstrues). C’est principalement dans les rapports de l’âme au corps que cette notion d’instrument est utilisée } nous l’avons vue dans la nutrition (cf. Gen An. Il, 6. 740 b 31, cf. n. 411, 425), dans la locomotion (n. 517 et 519): voir les schémas dynamiques de ces opérations (n. 517 et 427). La notion de cause instrumentale, dont la catégorie moyenfin est le nerf, s’applique assez bien aux êtres inanimés (voir n. 295), par suite de la transcendance reconnue de leur moteur (n. 162), beaucoup plus mal (cf. de An. I, 3 fin; Il, 4. 415 b 17) aux êtres animés, aux organes proprement dit pris dans leur rapport avec l’âme, car le corps, par suite de sa nature et de son organisation : (voir la définition de l’âme) n’est pas un instrument (comme par ex, le feu, Gen. Corr. IL, 9. 336 a 9, est un instrument qui ne marche pas tout seul), mais uni à l’âme qui est sa forme pour constituer le sujet, on peut dire qu’il se meut spontanément vers la cause finale de ce dernier (c{. le comm. d’Alex. dans Rodier II, 174). D'ailleurs, le plus souvent cette notion donne lieu moins à une explication * qu’à une métaphore. C’est un signe et une conséquence du fait que dans la catégorie de finalité, Aristote n’avait pas démêlé celle de production pure et simple. À propos de la main (Bonitz, Ind. 848 a 39) est ébauchée l’idée d’une hiérarchie d'instruments qui semble utilisée, mais confusément, à propos du rapport de l’intellect aux formes sensibles (de An. III, 8. 432 a 1-3. Cf. n. 497).
violent (847). Or, cette notion n’est pas la clef d’un domaine nouveau : d’abord, en effet, le violent est subordonné au naturel (848); ensuite, il n’est pas conçu d’une façon universellemént rigoureuse : tel mouvement violent peut devenir naturel dans certaines conditions (849); et l’ordre du monde sublunaire, dans sa partie la plus régulière, la génération circulaire des éléments, suppose la violence, sous peine d'aboutir à l’inertie et à la mort (850).
Ainsi, il nous faut reconnaître que l’essentiel du pouvoir moteur de l’efficient réside dans la fin, et, comme fin et forme ne font qu'un (851), que moteur, fin et forme reviennent au même et
(847) Eth. Nic. IL, 1. 1o10 b 15 : Est violent ce dont le principe est extérieur, sans que l’être qui subit la violence intervienne (voir Méta. À, $. 1015 a 26). — Toutefois, la Sÿvaurc (au sens propre, n. 672 sq.) ne produit pas que des mouvements violents (ct. n. 62 fin : la 5ivaus s'ajoute à la oÿou ; et Simplic. de Coelo 705, 17). En outre, le violent n’est pas identiquement le contre-nature (voir Mansion 53-60 et n. 105); par exemple, les monstres sont des phénomènes contraires à la nature, mais non violents ; a fortiori les reprrouara, Gen. An. ], 18, 724 b 23 sq.; n.798). Enfin, il y a des choses mues par nature qui ne sont pas mues par soi (n. 162). Le peu de netteté de la notion de contre-nature se marque nettement de Coelo II, 6. 288 a 20-22, où l’on montre à propos de la question de la régularité du mouvement céleste, qu’il faut distinguer à ce propos les mouvements par nature, les mouvements contre nature, les mouvements des projectiles.
- (848) Le mouvement forcé se définit par le mouvement naturel et le suppose : Phys. IV, 8. 215 a 1-6 (il n’y a pas de mouvement naturel dans le vide, donc pas de mouvement du tout); V, 6. 230 a 30 sq. (opposition des mouvements entr’eux et avec les repos, en un même corps et dans des corps différents) ; VIIL, 3. 254 a 9: (le mouvement violent suppose un lieu où il y ait repos naturel). Même idée avec référence à ces textes, de Coelo II, 13. 294 b 30 sq, (où il ramène la question du repos de la terre à un problème de physique universelle; Simpl. de .Coelo, 526, 20). Voir surtout l’une des critiques capitales adressées aux atomistes de Coelo II, 2. 300 b 9 : le moteur et le mû d’un mouvement violent ne sont pas moteur et mû originels ; ce quitest mû par violence est mû par une chose mue (Simpl. de Coelo 583, 31); au contraire, (voir dans le passage suivant 300 b 16-25 la critique du chaos primitif de Platon), le premier moteur meut par nature un mû qui se méut par nature (cf. Simplic. 585, 13).
(849) Le microcosme des animaux change la violence en nature (cf. Simpl. de Coelo 260, 1 ; Alex. 428,25; Rivaud 8 318). La conformité au plan universel efface le caractère tératologique des femelles (Gen. An. IV, 3 et 4. 767 b8 ; cf. n. 400).
(850) Question de la stratification Gen. Corr. Il, 11. 337 & 7-15.
(851) Gen. An. I, 1 début. Phys. II, 7.198 a 22-fin. Hamelin, 142 sq. Méta. Z, 7.1032a25-b21. Voir Robin, Th. pl,, n. 137 et Zeller, 328,1.
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sont identiques au moins souvent (852). Le dynamisme d’Aristote est donc téléologique et son type est même ce qui est pour nous le degré le plus élevé de l’activité téléologique, à savoir la production technologique : du moins, l'exemple de l’ouvrier et de l’œuvre d'art est-il le plus souvent utilisé par Aristote dans sa théorie de la nature et dans ses traités particuliers (853). La nature procède comme l’art (854), sauf quant à la phase de la délibération pratique, qui est plutôt un signe d’imperfection(8ss\. Donc, dans les choses artificielles et dans les choses naturelles, les antécédents et les conséquents sont entre eux dans le même rapport (856). Mais pour que la comparaison de l’art avec la nature soit tout à fait exacte, il faut considérer que la nature est principe immanent, l’art principe en autre chose (857); si l’art de construire les vaisseaux
(852) Phys. I, 7.198a24 (cf. Part. an. I, 1.641a 25). — Le moteur est numériquement distinct de la forme, de laquelle la fin ne se distingue ni spécifiquement, ni numériquement ; l’exemple du père sert à illustrer ces distinctions ; elles sont moins nettes déjà quand on considère un mouvement physique comme la chute d’un corps ; ici, le moteur est non la nature du corps en tant que forme imparfaite (abstraction faite des causes circonstancielles, v. livre IIT, fin), mais, sans doute, le corps extérieur d’où cette nature est sortie par génération (cf. n. 162 sq.). Nous avons signalé que dans l’âme, il fallait distinguer (n. 438) une forme immanente et une fin transcendante. Enfin, chez les astres il semble qu'on doive dire que la cause motrice est identique à la cause finale. Certes, la forme suprême qui suscite le désir éternel de l’astre est bien pour lui comme une âme transcendante (cf. n. 639 et 650) ; mais nous n'avons pas le droit d'appliquer aux êtres célestes la relation de la forme à la matière que nous trouvons dans le système propre aux êtres sublunaires ; cela nous entraînerait notamment à croire que certains Dieux doivent leur éternité à un principe qui leur est étranger (voir n. 1086). — Nous avons dit que la forme immanente ne pouvait être considérée comme le moteur, parce que d’ordinaire, on oppose la cause comme ëvÿmapyov (et la forme est appelée ainsi) à la cause externe (ràx ëxréce, Méta. À, 4,1070b22; À, 1.101319; Phys. Il, 6.197 b 35). — Certains péripatéticiens ont essayé de distinguer la cause effciente et la cause motrice (Robin, Th. pl., 584).
(853) Cf. n. 659 sq., 423, 401, 374, 266 (cf. Zeller, 329). Aristote invoque plus souvent l’art que l'artiste, mais non exclusivement (cf. Méta. B,2.996 b6, Z, 9.1034 a 18).
(854) Sur la comparaison de la semence à l’art, voir Robin, Th. pl., 62.
(855) Voir les textes dans Robin, Th. pl., n. 137 ; Hamelin, Phys., 161.
(856) Phys. II, 8.199418.
(857) Voir Hamelin, Syst., 302. Le texte principal est Méta, À, 3.1070 a 7.
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descendait dans le bois, il agirait comme la nature, et Aristote reprend à ce propos la comparaison de la nature avec l’homme qui se guérit lui-même (858).
Ainsi, la théorie de la cause efficiente n'a pas donné ce que l’énergique affirmation de sa nécessité permettait d'espérer ; car ce qu’elle contient de positif touchant l’idée de force aboutit à réduire le dynamisme d’Aristote à un dynamisme téléologique qui, d’une part, et par suite de la confusion où restent la notion de causalité
mécanique et la notion. de ses rapports avec la finalité, ne reçoit
qu’une explication par métaphore, d'autre part, est obligé de laisser subsister en dehors de soi une activité très obscure, à laquelle il est lui-même subordonné et à propos de laquelle tout le problème revient. Ce sont ces deux points qu'il nous reste à examiner.
Quand il s’agit d’expliquer ce dynamisme de la fin, Aristote nous dit qu’elle agit comme un modèle (859), mais laisse à ses commentateurs le soin de préciser comment opère cette cause exemplaire qui n’est pas réalisée, cette cause finale qui n’est connue par personne au moins en ce qui concerne les phénomènes naturels (860). | À
Une première remarque s'impose : un tel changement est continu, car la forme, qui en est la fin, n’est pas un pur résultat,
(858) 8 fin, dont l’inexactitude avait été signalée plus haut. — Cette assimilation rend compte de l'association fréquente de réyvn, dbvaurce, ovoic, comme principes de changement (cf. Méta. E, 1.1025b22; Bonitz, 282; VII, 7.1032 a 28).
(859) Phys. II, 3. 194 b 26-29. Voir les comm. dans Hamelin, Phys. 84 sq. Cf. Phys. VIT, 8. 264 a 9-14: le terme du mouvement domine tout le mouvement (pour démontrer l'impossibilité de la continuité du mouvement rectiligne).
(860) La nature, cause effciente, étant sans conscience : #oyoc (Alexandre dans Simplic. Phys. 310, 25, traduit dans Hamelin, Phys. 84, 87; p. 85, ligne 19, il
faut substituer à la traduction d’'Hamelin celle-ci : un premier principe étant déposé
dans la matière apte à recevoir et ce principe et tout ce qui sera par lui et résultera de lui... (Simpl. 311, 1).
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mais elle définit le mouvement et en oriente les phases ; la continuité du changement est même donnée comme une preuve de la finalité (861). En tant que la continuité se définit par l’unité, la finalité en rend compte ; mais la continuité est en même temps divisibilité à linfini ; le changement implique les réalisations successives et partielles de l’acte final, donc d’autant de formes imparfaites, qui ne sont que les moyens de la dernière; or, la forme parfaite qui achève la série ne contient pas les conditions de cette division indéfiniment poursuivie. Il faut les chercher ailleurs. |
D'autre part, Aristote n’a pas cessé de dire que la cause efficiente et la forme qu’elle possède seraient absolument impuissantes si elles n’agissaient sur une matière ou un sujet, qui fût en puissance ce que l’agent est en acte ; c’est ce que nous avons appelé le principe général de l'efficience (862). Avant l’action proprement dite, il faut donc une préparation qui adapte le futur mobile à son moteur, de même qu'avant de déclencher sa machine, le charlatan avait disposé les pièces de l’automate. Après cela, il est tout naturel que: Simplicius affirme que, si les choses naturelles produisent ainsi leur fin sans conscience et en vertu de leur nature, c’est grâce à une constitution due à une connaissance. De fait; on sent circuler à travers chaque phase du changement une puissance cachée, une Nature totale dont le rôle reste mystérieux, bien qu’essentiel (863).
. Dès maintenant, nous pouvons donc considérer que pour expliquer la production des choses, Aristote est obligé de la supposer réalisée implicitement, nous ne pouvons dire abstraitement, dans le plan de la nature, à tel point que la cause efficiente n’apparaît plus bien souvent que cause occasionnelle. Il fallait distinguer la production historique de l'événement de sa constitution essentielle où les notions de causalité doivent jouer et manifester leur sens,
(861) Phys. Il, 2. 194 a 29. Part. An. I, 1. 641 b 24. (862) Voir les textes rassemblés par Bonitz, Méta. II 401 ad 1049 b 17-29.
(863) Sur la nature, entendue en ce sens, voir Hamelin, Syst. 300. Mansion s’efforce vainement de l’éliminer (51). |
fondamental ; mais on ne peut pas demander à Aristote cette con-
sidération, qui suppose l’idéalisme moderne, pas plus qu’il ne faut lui demander, avec Hamelin (864), de considérer le mécanisme par causalité pure « comme quelque chose d’abstrait qui ne pouvait se réaliser en un déterminisme effectif, qu’à la condition de s’adapter à des fins. »
De même, si l’on admet, comme c’est nécessaire, qu’il conserve à la cause efficiente une certaine transitivité, il faut reconnaître
encore que cette causalité, qui a son origine dans l’être achevé n’ex-
plique pas le changement, mais le suppose ; et de cela Aristote montre la conscience la plus nette: la substance domine la génération (865); le devenir est tout entier réalisé avant sa production (866); car la production suppose l'être en acte et dans toute la force de sa forme, et la même formule, qui a servi pour affirmer l'existence de la cause efficiente différente de l’Idée, sert à affirmer l'existence de l’être achevé comme nécessaire à la production : c’est l’homme qui engendre l’homme (867).
La même remarque s'impose ici que précédemment : en se donnant la substance achevée, Aristote se donnait sans doute l’essentiel de la solution, au point de vue de l’analyse des notions. Mais ici, nous pouvons apporter une précision, sans sortir du système ni
nous référer à une doctrine ultérieure : l’agent est une substance,
mais elle est composée de matière et de forme et elle doit l'être ; en effet, l'agent doit toucher le patient, ce qui suppose communauté
(864) Hamelin, Phys. 121, 124 ; Syst. 314.
(865) Part. an. I, 1. 640 a 18 : la génération est en vue de la substance, non la substance en vue de la génération; 641 b 30: le germe n’est pas à l’origine (cf. Méta. À, 7. 1072 b 35 et l'ambiguïté de Phys. Il, 199 b 7: à propos de la critique d’'Empédocle. Hamelin, 157).
(866) Méta. Z, 9. 1034 a 21-30 : la génération a lieu à partir de l’homonyme (Aristote ne dit pas synonyme à cause de l’exemple de la chaleur et de la santé ; Bonitz 330). Toutefois, il y a entre les deux termes une différence : la santé forme est sans matière. (Méfa. Z, 7. 1032 b 11 : « d’une certaine manière ». Part, an. 1, 1. 640 a 31 : L’art est l’essence de l’œuvre sans la matière).
(867) Cette formule vaut donc à la fois contre le réalisme platonicien et contre le nominalisme empiriste (cf. Robin, Arch. S 34),
Le ——
de nature entre eux, donc matière. Dès lors, le problème de la force dans l'interaction de substances différentes pouvait bien être négligé par Aristote, et sans doute est-il insoluble de ce point de
vue; ladifficulté n'était pourtant point supprimée ; peut-être réapparaît-elle tout entière dans la constitution de l'être substantiel luimême (868) ; c'est ce qu’il nous faut rechercher maintenant, en reconnaissant que la question cesse d’être proprement physique et devient métaphysique.
(868) Où il ne manque jamais de signaler la nécessité de la cause matérielle (Méta. H, 6. 1045 b 21).
La notion de force et les concepts principaux du système
La force et le mouvement
Tout mouvement est dans un sujet, c’est là une proposition que le substantialisme d’Aristote affirme avec une grande netteté et d'une façon générale (869) et dans chaque cas particulier. Ainsi, par le mouvement local, la substance n’est pas atteinte très profondément, précisément parce que c’est une substance presque complète, sauf, quant au lieu qui est le sujet de ce mouvement (870); un tel changement peut être rattaché tout de suite à un principe qui est intérieur au mobile (871). Les autres change-
(869) Méta. À, 5. 107142; cf. Bonitz, Ind. 391, 52 ; voir Simpl. Phys. 826, 28 : le mouvement ne se produit que dans un sujet, il est comme l'affection d’une chose réelle qu’il ne complète pas ni ne parachève en substance nouvelle. — Une conséquence de ce principe, de sens commun, c’est que les choses qui ont la puissance de se mouvoir existent d’abord (ÿnépyewv. Phys. VIIT, 1. 251 a 11).
(870) Phys. VII, 7. 261 a 20-23 ; il s’agit de la priorité du transport sur les autres mouvements (cf. a 13-20 : le transport n'appartient qu’aux êtres achevés).
(871) Par exemple les astres, s'ils se mouvaient par soi (c’est-à-dire indépendamment de la sphère céleste, devraient avoir des membres propres à la locomotion (de Coelo I, 8. 290 a 29-35). Voir le commentaire de Simpl. (de Coelo 703) ad de Coelo IV, 3. 310 b 20-311 a 1. Le mouvement local est tel que son sujet ne va pas à la substance, mais à l’acte ; c’est donc un acte, alors que les autres mouvements sont plutôt des affections,
ments pénètrent plus avant dans la substance, mais tout én réclamant un principe extérieur (872), ils ne lui en sont pas moins inhérents. L’altération étant un changement d’affection est dans
un sujet, par la même nécessité logique qui fait qu’une affection
n'est pas séparable (873), mais elle y est encore par une nécessité plus profonde selon laquelle il n’y a pas altération, ni d'ailleurs division ou composition sans un sujet qui agisse et pâtisse (874). De même, l'accroissement, bien que ce qui accroît soit une chose extérieure, a lieu dans un sujet qui subsiste ; mais cette subsistance n’est pas pure inertie ; en effet, l’accroissement n’est jamais considéré comme pure augmentation sous la catégorie de quantité ; sans la forme de la substance accrue qui commande l’accroissement, ce changement est inintelligible et même inexistant (875).
Quant aux changements substantiels, génération et destruction, une difficulté grave se pose : la substance n'étant l'attribut de rien, d’où proviendra la génération et où aboutira la destruction ? Il sera très important de voir comment Aristote a compris cette difhculté (876), dont la solution ruine peut être le substantialisme ; pour le moment, contentons-nous de signaler qu'il croit nécessaire de concevoir un sujet à toute génération et destruction (877).
En considérant ainsi le changement dans un sujet, Aristote restait d’accord avec le substantialisme du sens commun (878), pour
(872) De Coelo IV, 3. 310 b 26-fin du ch. |
(873) Bonitz, Ind. 860 a 27 sq. Voir de Coelo I, 3. 270 a 25-b 1 : les £ter et duabéceus de la qualité ne s’engendrent pas sans modification des r467 du sujet.
(874) Gen. Corr. I, 6. 322 b 10. Cf. n. 7o3 sq.
(875) Gen. Corr. I, 5. Cf. n. 413. Voir la critique de la théorie d'Empédocle, Gen. Corr. IL, 5. 333 a 35-b 3.
(876) Exprimée d’une façon particulièrement claire, Phys. 1, 7. 190 b 1-11.
(877) Gen. Corr. I, 4. 320 a 2 : C’est en ce sens surtout que la Sn est sujet, c’est-à-dire (319 b 33) quand rien ne subsiste dont l’un des contraires puisse être affection. (Il s’agit, dans ce chapitre, de la distinction entre l’altération et la génération). Voir Phys. I, 7. 190 b 2-11 et V, 1. 225 a 12-17 : l’homme est engendré, non du non-être, mais de la semence, de sorte que la génération absolue n’est qu’un changement de forme dans la matière (cf. Simplic. Phys. 814, 11). Voir également Gen. Corr. Il, 1. 329 a 24-27.
(878) Et des savants : Démocrite et Empédocle admettent plusieurs sujets : Phys. I, 2. 189 a 26.
qui la notion de substance et celle de force se recouvrent et qui ne distingue pas le mouvement de sa production. Et c’est bien, en effet, le sens commun qu’il invoque, pour affirmer comme postulat indiscutable placé au début de la physique (879) que les choses physiques, en totalité ou en partie, sont mues. Mais il restait au philosophe à se rendre compte conceptuellement du changement et à en démontrer la possibilité et la réalité, Comme l’essentiel de l’activité des êtres se trouve dans les changements de la substance, une telle étude nous apparaît maintenant comme nécessaire. Aristote distingue ordinairement trois éléments (880) dans la notion de chose qui change : le sujet et deux autres termes (881). En premier lieu (882), la nécessité de deux termes, point de départ et point d'arrivée, semble évidente ; l'induction, l’examen du terme même de changement, qui contient la notion de la relation d’antérieur à postérieur, la confirment (883), c'est même, comme le
(879) Phys. I, 2. 185 a 12.
(880) Sur la dualité qu’il reconnaît à la base de l’action, voir de Coelo, II, 12.292 b6 et n. 711.
(881) Méta. L, 7. 1032 à 14: né, ê£, eio ; € est la Yan difficile à distinguer de la privation (1033 a 5-fin, où, croyons-nous, la proposition 4 21 di ro deiv... oppose la matière au 4£ 09, contrairement à l’interprétation de Bonitz, 325 ; la préposition 2 déterminant plutôt la privation, sauf exception (a11; Phys. I, 7.190 a 21-31), cf. À, 3, si, mé wivoc, eo tr; té — &£ 0ù, où l’on voit l’indistinction de la matière et de la privation, cela prouve que ces passages de la Méfa. ne sont qu’un résumé et que l’essentiel est Phys. I, 5-9 et V, 1.224b 1-5, où l’on distingue zf, ëv &, € 09 et eio 6 ; (un peu plus loin b6 se trouve une distinction, directement utile à la question alors posée [où se trouve le mouvement ?] et qui dans le passage de Méta. À, que nous venons de citer est mêlée à la précédente ; c'est celle du mouvant, du mû et du terme du mouvement) et Phys. V, 4.227 b 23 : le sujet, le &, G, le temps ; voir encore Phys. VI, 5.236a 35-b4, à propos des moments primitifs du changement : le sujet, le &, &, le eïç 6 (en br 6 a le sens de x«6’6 [Simplic. 988,0], c’est-à-dire représente l’ef5oç [Philop. 809,17]. Ce qui est fréquent, soit que © soit un accusatif de l’objet intérieur (Bonitz, Ind. 391 a 16-22), soit que ce soit le sujet, dans une expression peu précise ét qui mérite d’être corrigée). Le & & signifie tantôt le temps (Phys. V, 1; VII, ro. 266 a 14), tantôt le domaine du mouvement (lieu, affection, forme : 227 b 19, 24 ; 235414, 262 4 3).
(882) Nous suivons ici l’ordre de Phys. I, $, non respecté par Gen. Corr. II,
° 1.329a 32 où la matière est en premier donnée comme principe.
(883) Phys. V, 1.224 b 30-35. \
OL PENSANT 2 PR ar ENS SEC NN TN PRET AS LEONA ET NSRU tr Te “pair 2 < BW 4 A Ÿ < Ya f ERA a L
remarque Alexandre, une conséquence directe du principe de contradiction (884), puisque ce qui change ne doit pas rester dans l’état à partir duquel il change. La première loi qui s'impose au changement (une fois admis) est donc analytique. En outre, ces deux termes soutiennent entre eux un rapport précis : ils sont contraires ou parmi les intermédiaires qui constituent une série entre contraires; cette nouvelle détermination suppose, outre le principe précédent, un principe d’intelligibilité, selon lequel n’importe quoi ne vient pas de n'importe quoi (885); l'opposition des contraires permet ainsi de séparer et d’unir les deux termes du changement. Toutefois, elle ne les sépare pas d’une façon purement logique, car la résistance des contraires à coexister en un même sujet semble bien une répulsion extra logique. Et aux yeux d’Aristote elle ne les unit pas d’une façon suffisante.
D'abord, en effet, les contraires n'agissent pas, au sens physique, l’un sur l’autre ; ils sont donc incapables d’expliquer le passage qui va de l’un à l’autre : la difficulté est levée par la position d’un. troisième terme (886); ce terme doit contenir la raison dynamique d’un tel passage, maïs il n’est défini, au moment où il est posé (887), que comme réceptable qui rend possible l’action.
La raison de l’insuffisance dynamique des contraires, c’est qu'ils
(884) Alex. Simplic. de Coelo, 696,12. Cf. l’utilisation de ce principe, Phys. VI, 4 début, où l’on montre que tout mû est divisible, s début; 6.247 a 24, où, admettant le changement, on pense qu’il n’est pas achevé au moment où il commence et Méta. N, 2.1088 b 18 (détermination du premier terme comme étant en puissance de l’autre, par exclusion de deux cas: la prééxistence du second terme, l’impossibilité de sa transformation).
(885) Phys. I, 5.188430; Cf. de Coelo IV, 3.310 a 29. D’après Alexandre, la détermination des deux termes comme contraires est une conséquence immédiate du mème principe, ca ce qui change, n'étant point dans l’état d’où il change ne peut être que dans un état qui ne doit pas coïncider avec le précédent ; donc dans un état contraire (voir n. 719).
(886) Phys. I, 7. 190 b 32; Méta. À, 10. 1075 a 31; cf. 2, 1069 b6, Bonitz.
(887) Phys. I, 6. 189 a 27. Dans Méta. À, 2. début, après l'argument Tù évavria peraBdhker (Voir n. 718) qui exige un troisième terme, vient immédia- , tement un deuxième argument fondé sur la disparition de l’un des contraires et qui détermine ce troisième terme en ÿ1n..
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ne subsistent pas ensemble (888) ; et, en effet, quand l'un s’en va, l’autre demeure (889), et il ne faut pas dire qu’ils se transforment l’un dans l’autre : le froid ne devient pas chaud (890), ou du moins - ce n’est pas le froid qui devient chaud. Pourquoi ? Parce que la même chose serait ou aurait à la fois deux attributs contraires et qu'on aurait deux contraires dans un même sujet (891). D’où la nécessité d’un troisième terme. Remarquons d’abord la pétition de principe qu’on attribue à Aristote en présentant son argumentation d’une façon aussi systématique (892) et qu’Aristote lui-même commet, chaque fois qu’il veut démontrer l’existence d’un troisième terme au-dessous des contraires, par l’impossibilité où est un sujet de posséder deux contraires à la fois, car l'existence du sujet est par là présupposée (893) : ainsi, dit-il, le chaud n’est pas matière pour le froid ni le froid pour le chaud, mais pour
(888) Comme doivent pouvoir le faire, dit Simpl. Phys. 199, 14 et 223, 29, l’agent et le patient, ou au moins (sinon il s'agirait de la cause efficiente) l’affection et lé patient.
(889) Méta. À, 2. 1069 b 7: l’un RE l’autre non ; il est difficile d’interpréter cette proposition: Aristote avait-il dans l'esprit la démonstration de Gen. Corr. Il, $. 332 a 3-20, où il montre que la matière commune aux éléments n’est pas une chose déterminée et pour cela que la transition d’un élément à l'élément qui le suit a lieu par transformation de l’un des deux contraires qui les composent : ainsi, le feu n’est pas de l’air chaud (il faudrait dire [Philop. Gen. Corr. 240, 25] de l’air sec, car l’air est ordinairement donné comme chaud et humide), car ce serait réunir dans le sujet air des attributs contradictoires ? Faut-il supposer que la partie qui demeure, c’est le sujet, et que celle qui s’en va c’est l’un des contraires, mais alors il faut sous-entendre : l’autre contraire arrive et lui succède ? C'est sans doute une formule trop rapide et condensée de ce qui est développé, Phys. I, 7. De toutes façons, la matière est ici le sujet qui reçoit les contraires, passivement, semble-t-il, sujet logique plutôt que source dynamique du changement. Cf. Gen, An. I, 18. 724 b 2, il faut que l’un dés contraires soit détruit.
(890) Gen. Corr. II, 1. 329 b 2; cf. 1. 6, 322 b 17; utilisé dans les objections contre la génération des nombres idéaux (Robin, Th. pl. 380).
(891) Ce qui suppose qu’on substantialise la qualité ou qu’on la met dans une substance. C’est ainsi que l’on peut dire (Phys. I, 9. 192 a 6 que les contraires . s’excluent, étant destructeurs les uns des autres ; mais pour dire cela, il faut ajouter un principe dynamique au principe de contradiction, qui n’en contient pas.
(892) Cf. Rivaud, n. 916.
(893) Gen. Corr. IL, 1. 329 a 30. Cf. Méta. À, 2. 1069 b 7.
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7 lun et l’autre le sujet. A quoi l’on pourrait répondre : le chaud peut être conçu attirant le froid, sans subsister comme sujet (894). Or, c'est précisément ce que n’accepterait point Aristote et ce que nous indique le principe fondamental qui domine sa pensée dans toute cette discussion : les contraires sont des attributs (895) et les attributs n’ont pas d’existence séparée de leurs substances; le principe est donc que toute différence est différence de quelque chose, devenu le principe substantialiste qu’il n’y a pas d'affection sans substance, et qu’il faut accrocher toute détermination à un sujet qui est une chose.
C’est donc vers la substance que se tourne Aristote et c’est à elle qu’il va demander le secret du changement. Mais la substance à l laquelle il est parvenu en expliquant l’insuffisance dynamique des contraires, n’est que la substance comme sujet (896). D’elle, on dira qu’elle peut recevoir les contraires et que les contraires ne peuvent y coexister (897). Mais, bien que ce sujet soit toujours considéré, non seulement dans sa fonction logique (898), auquel cas il se confondrait avec le genre, mais comme chose en soi et notamment: permanente (899), il n’y a pas encore dans cette notion de quoi expliquer le passage dynamique d’un contraire à l’autre. Il faut que cette notion de substance reçoive une détermination supplémentaire (900).
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(894) Ainsi, la semence produit l’homme et disparaît ensuite (la semence n'étant pas matière ; Robin Th. pl. 384).
(895) En effet, on ne les voit substance de rien (Phys, I, 6. 189 a 29. Simpl. 200, 10 et 15. Or, les principes doivent être substances. Robin 552. I, 7. 190 a 35b 2). Cf. Robin 550 et 552. Il y a entre la substance et les attributs une différence de dignité ontologique : 189 4 29 : la substance ne se dit de rien ; cf. Meta. 7,1.
(896) Cf. Alexandre dans Simplic. Phys. 201, 9 ; bien que la terminologie d’Aristote, influencée par l’idée future de la matière ne soit pas nette. Dans Phys. il est question d’iroxeiuevov, d’oùotæ, non de ŸAn-
(897) Voir la définition de la substance dans les Cuf. 4 a 1o-fin ; et sur les contraires Méta. À, 6. 1011 b 17 ; À, 6. 1063 b 17, 26. Rivaud n. 916.
(898) Par ex. quand il dit que la contrariété est un cas particulier de la privation, laquelle suppose un sujet (cf. Rodier, de An. 484). :
(899) Par opposition aux attributs qui s’échangent (Phys. I, 7. 190 a 13).
(900) On expliquera, par là, que les contraires, après avoir été déclarés impassibles, soient considérés comme destructifs les uns des autres (Phys. I, 9.192 a 21; Gen. Corr. II, 1.329 a 22-b 1).
Cette détermination est obtenue.de la façon suivante: Après avoir posé la nécessité d’un sujet permanent pour toute génération (901), on remarque que ce sujet est un numériquement mais non quant à la forme (902): en effet, c’est le sujet et c’est en même temps l'opposé. Ainsi, quand on considère (903) la chose selon qu’elle est définie selon sa substance, on la trouve formée de deux principes, le sujet et la forme, qui sont en même temps les principes de sa génération (904); toutefois (905), l’ordre statique ne suffisant pas à expliquer l’ordre dynamique, il nous faut, pour comprendre ce dernier, diviser le sujet et y reconnaître une partie essentielle et une partie accidentelle, l’une est la matière, au sens général (906), l'autre est la privation, c’est un accident (907).
Cette scission de l’un des principes en deux, point de départ de l'explication du changement, Aristote en a senti et marqué l’importance (908). En considérant la privation comme le contraire de la forme, en mettant ainsi ces deux termes sur le même plan, on peut les prendre comme n’en faisant qu’un et dire que l’un des deux effectue le changement par sa présence ou son absence (909); mais quelle que soit la force cachée qu'Aristote attribue à ces deux dernières notions, ilsent évidemmentici qu’une telle explication est insufhsante ; et, en effet, nous pouvons remarquer qu’elle se borne à invoquer la forme et son union avec la matière, mais sans éclair-
(901) Phys. I, 6 et 7 jusqu’à 190 b 71.
(902) 190 a 15 repris 190 b 11 ; Eïôüe c'est-à-dire x6yw, parce que au sujet qui est matière sans forme et à la privation qui est absence de forme, eï5oc ne convient pas très exactement (Simplic. Phys., 210,35 ; cf. oogf b 20).
(904) En tant qu'on considère les principes essentiels et non accidentels de cette génération, le « non par accident » 190 b18 étant dit (Simpl. 216,19) pour la privation.
(906) "Olwc, c’est-à-dire celle qui n’est pas la matière première. Simpl. 217514
(907) « La privation et la contrariété, accidents ». Phys. I, 7.190 b 27.
(908) Voir principalement, 7.191 a 3-fin.