‹ La Notion De Force Dans Le Système D'AristoteChapitre 18 sur 30 · MOULE DORA ET 'NNMLUNT · texte numérisé non relu

MOULE DORA ET 'NNMLUNT

c'est la chose qui reste permanente à travers la génération (918) ; car la faculté susceptible des contraires n’est jamais considérée indépendamment d’un sujet substantiel, afin que l'on ne puisse dire qu à l’origine de la génération il y ait un non-être absolu (919). L'être engendré ne venant pas du non-être de la privation comme d’un principe essentiel, le non-être en soi est, peut-on dire (920), principe accidentel de l'être engendré. Chose remarquable : le même raisonnement s'applique à l'être qu’au nonêtre (921).

Ainsi, tout en. conservant l'opposition absolue (922) entre l’être et le non-être, la solution d’Aristote permet de dire que l'engendré vient à la fois de l’être et du non-être et ni de l’un ni de l’autre(923). C’est la distinction de l’en soi et de laccident appliquée à la généra-

tion et à ses principes qui permet cette synthèse. La génération vient d’un être en soi qui est non-être par accident: la matière. À vrai dire, c’est là plutôt un moyen terme qu’une synthèse, car ce qu'il y a de positif dans la définition de l’accident (924) ne nous indique pas que l’être de l’accident soit différent de celui de la substance d’une manière absolue ; c’en est, semble-t-il, une forme seulement déficiente. Ainsi, la solution à laquelle Aristote est parvenu à la fin du chapitre 8 n’est qu’une application d’une distinction logique, destinée à réfuter les opinions éléates et à montrer que la notion de changement n’est pas scandaleuse ; mais comme les principes logiques

(918) La privation disparaissant 191 b 15.

(919) 191 a 31. Cf. Simpl. 237, 35 : Le point de départ doit exister. D'ailleurs, la vraie solution est dans la notion de puissance, qui n’est pas indiquée ici (sauf à propos de l’architecte, 191 b 5). Aristote se contente de définir le principe essentiel de la génération, puis ses exemples le portent à l’expliquer, comme étant la chose sujet du changement et permanente.

(920) 191 b 14 : otov.

(921) 191 b 17-26 : Certes, l’engendré vient bien d’une chose qui existe par soi,

mais l’être de cette chose n’est pas l’être de l’engendré, si ce n’est par accident.

(022) Cf. Méta. À, 2. 994 b 27.

(023) Voir 1971 b 25 (cf. Simpl. 240, 19).

(924) Top. I, s. 102 b 4. Remarquer la référence à la possibilité de changement que contient cette définition.

qu'elle utilise supposent une ontologie d’où n’est pas absente la notion de substance changeante elle-même, elle reste une description purement extérieure du changement et ne pénètre pas au cœur de la notion (925).

Il faut donc préciser la notion de matière substance et de privation accident, de façon à mettre en lumière. leur valeur dynamique ; aussi bien, la distinction de l’en soi et de l’accident est-elle assez élastique pour que l’accident qu’est la privation puisse prendre le sens convenable. D'abord, la privation est nettement différente

de la forme; son union avec la matière n’est pas telle qu’elle cons- titue la substance ; ce n’est, après tout, qu’un accident (926) et la forme n’est pas un accident de la matière, ni une privation de privation (927), on peut donc dire que la privation n’atteint pas le cœur de l’être sauf en tant qu’il change. Par là, le rôle essentiel est

réservé à la forme, qui était appelé plus haut l’un des con-

traires (928).

Toutefois, la privation ne doit pas être considérée comme une simple absence ni une pure négation (929). Aristote dit expressément qu'elle mérite en un sens (930) le nom de forme et d’acte ; il faut en comprendre les raisons ; les deux principales (931) sont les

(925) D'ailleurs 8 fin, il indique la distinction de l’acte et de la puissance comme un autre principe de solution, sans justifier cette pluralité de solution qui s’est déjà trouvée à propos du problème de l'attribution (Phys. I, 2 fin).

(926) Sinon la génération détruirait le sujet et sortirait du non-être absolu (Simplic. Phys. 211,7; cf. 253,4).

(927) Sur cette dernière expression, cf. Simpl. Phys. 211, 1et8; sur la façon dont la forme est dans la matière, voir le commentaire d’Alexandre, cité par Rodier, de An. Il, 167-8. Selon Alex. (dans Simpl. 222,22) la privation n’est pas une nature Ou forme, mais une absence de ce.qui est conforme à la nature, laquelle absence n’est pas dans la nature du sujet.

(928) L'expression : la génération va d’un contraire à l’autre n’est donc pas définitive. Simpl. ad Phys. V, 2.225 b 10 signale les difficultés de la contrariété des substances.

(929) Simpl. Phys. 280,5 et 217,27.

(930) Méta. 7, 7.1032b3. Voir Phys. II, 1.193 b18-fin (Hamelin, Phys. 54); Méta. À, S.1071a 9.

(931) Selon Simplicius (Phys. 280,3 ; voir textes et références dans Hamelin,

Phys. I, 54) la privation fait partie de la file d:s contraires, qui tout en ayant le

moins d’être, en a cependant un peu (cf. Phys. V, 1.225 b4).

suivantes : la privation est une détermination dans le sujet qu’elle qualifie (932), et elle enveloppe l'aptitude à la forme, parce qu’elle est donnée dans le sujet apte à la recevoir (933). On peut essayer, par là, de réduire la privation à la contrariété, en remarquant que les contraires s’enchainent l’un l’autre en un même genre (934) ; mais parce qu'Aristote n’a jamais éclairci la différence qu'il établit entre la matière comme sujet dynamique des contraires et le genre comme substrat statique, et bien qu’il ait eu lui-même l’idée de cette réduction (935), il nous semble qu’elle ne nous permet pas de mettre l'accent sur le point essentiel de la théorie de la privation (936), à savoir l’idée qu'elle détermine le sujet dynamiquement ; elle est en lui comme un appel à la forme, elle annonce qu’il va être déterminé par génération, elle est comme une réclamation de l’être eten ce sens, elle lui est postérieure.

Le caractère dynamique de la privation n’est pas indiqué dans la Physique aux chapitres 6, 7 et 8 du livre I; mais, au chapitre 9, ses rapports avec la matière reçoivent une précision remarquable, qui donne la clef du changement ; la matière ressentant, pour ainsi dire, la privation en soi, tend vers la forme, comme la femelle vers le mâle et le laid vers le beau (937). Par là, le changement est non seulement décrit mais expliqué ; la raison profonde en est ce désir qui caractérise la matière et qui est ainsi la force fondamentale.

(932) Méta. A, 12.1019b5$ : t£ic mwc ; Guañéouc (Alex. Scholl. 711421); Simplic. (Phys. 280,14) : un attribut est une espèce de forme.

(033) Méta. À, 22.:022 b23; 4.1055 b 7: ävripacic vis ouvetnpuévn r@ eur d (üuvauia). Cf. Simplic. Phys. 280,15.

(934) Cat. 6. 6a 17.

(935) Puisqu’il signale (Phys. II, 1 fin) la difficulté qui en résulte pour la génération substantielle.

(936) Si tant est qu’on puisse parler d’une telle théorie; on le pourrait, si l’on s’en tenait aux textes de Phys. I; mais (Méta. À, 1 fin) on voit que cette notion a une pluralité de sens; cf. Méta. Z, 8.10334a24, la distinction, privation et matière ne doit pas être prise en soi, comme le fait Rivaud. n. 921.

(937) 192 a 22. Cf. la critique d’Avicenne, dans St-Th. (p. 53, n. 9) : ce ne sont là que des métaphores.

Avant de l’étudier, il convient de résumer les raisons qui ont guidé Aristote dans l'établissement d’un tel principe (938). D'abord, il garde le fondement de la philosophie précédente en admettant que du non-être rien ne peut venir, car, dit-il(939), il faut quelque chose comme sujet ; si donc le non-être n’est pas et cela absolument, c’est qu’il n’est pas une substance. En revanche, on peut le considérer comme existant accidentellement, parce que l'accident, pourvu qu’il ne soit pas séparé de son sujet, n’est pas sans existence, Au fond de la pensée d’Aristote nous trouvons donc un substantialisme très net, en vertu de quoi nulle détermination, nul rapport de détermination ne sufht par soi à constituer le sujet que la logique réclame pour cette détermination : c’est pourquoi, quand il suffira de considérer le passage d’un contraire à son contraire, Aristote logera dans un sujet substantiel cet ensemble, sans s'aperçevoir de la transition indûment accomplie d'un point de vue à l’autre (940).

Ensuite, après avoir expliqué la possibilité du changement, Aristote en donne les caractères spécifiques. Cette notion est déterminée par deux limites et un intervalle : les deux limites sont fournies par l'opposition des contraires, qui permet de considérer ces limites comme déterminées ; le passage de l’une à l'autre est fourni par la transformation de l’opposition de contrariété en l'opposition de lhabitude à la privation; la considération de la privation qui est un non-être en soi ramène à la substance, dont

(938) Il faut, bien entendu, faire des réserves sur le caractère systématique de l'exposé que nous allons donner et qui n’est destiné qu’à fixer les idées ; notamment il faut signaler que l’opposition de contrariété n’avait jamais une valeur purement logique et recevait une qualification de dignité ontologique, qui, dans le fond, préjuge la solution du problème ; par suite, dans Aristote, l'opposition de l’habitude à la privation n’est pas comme le second moment de la contrariété.

(040) Ainsi, s’explique le paralogisme commis (voir n. 892 sq.) quand il déduit la nécessité d’un sujet de propositions dépendant de l’opposition des qualités contraires et auxquelles il donne indüment une portée physique: comme les contraires ne se transforment point, les contraires sont destructifs; les contraires, en effet, ne méritent pas ces caractères, mais les choses auxquelles on les suppose inhérents et où ils puisent cette force.

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la nature exige cette privation (941) et qui en tant que telle est appelée matière. Finalement la source du changement est placée dans un désir de la substance matière (942); le substantialisme

aboutit à un vitalisme, d’ordre psychologique, ce qui était fatal ;

du moment que l’on part de l'être en soi pour expliquer son changement, l’image naturelle qui vient à l’esprit est celle de notre volonté (943).

Ce substantialisme est d'autant plus net qu’Aristote l’oppose à la doctrine de Platon (944). Platon, ne conservant que deux termes, confondait Matière et Privation; assurément on trouverait dans cette dernière théorie, qui arrive assez facilement à se passer du sujet et oppose ainsi directement Matière à Forme, à élever la matière à la hauteur de la forme et à dépasser la notion de chose en soi. Toutefois, la nécessité de chercher au cœur de la substance, plus ou moins profondément, la source du changement, produit, dans le substantialisme d’Aristote, une lutte entre son dynamisme et son réalisme, intéressante et peut-être féconde.

En effet, ne voulant pas admettre que l’action ne vint que de la forme par sa présence ou son absence, il était conduit à faire pénétrer la notion de force dans le sujet même qui cessait ainsi d'être un réceptacle purement passif. La matière nous apparaît en cette fin du livre premier de la Physique, comme le sujet préexistant et permanent (945) qui, tendant vers une forme en vertu de sa

(941) Phys. Ï, 9. 192 a 18.

(942) Dès lors, si le passage de contraire à contraire s’effectue par suite d’un désir du terme qui est le point de départ, il apparaît nettement que ce dernier terme doit être différent des autres, car un être ne peut désirer sa propre destruction (ce qui, sous-entendu 192 a 18, est absurde) ; mais si le contraire a à détruire ou à désirer son contraire, c’est précisément parce qu’il est dans un sujet dont il constitue la privation ; ce n’est donc pas parce qu’il est absurde qu’un être désire sa destruction qu’il doit y avoir un sujet, mais c’est parce que le contraire est dans un sujet ou sujet lui-même, qu’il peut être censé avoir une telle action.

(043) Phys. I, 9. 192 a 6-13. Simpl. Phys. 245 (cf. Robin, Th. pl., 567).

(044) Cf. Simpl. Phys. 222, 29 ad 1914 5 ; Robin, Th. pl. $ 254-257.

(945) Phys. I, 9. 192 a 13 : ümouévouoa auvairua ; 192 4 31 t définition de la matière. Le terme évurépyev qui, appliqué au cas de la privation (191 b 16) signifie « subsister », a, en outre, croyons-nous, dans la définition de la matière

le sens de « préexister ».

nature, produit ainsi le changement. Certes, au moment où il pose la matière, Aristote la personnifie (946) et la qualifie d’éternelle et d’incorruptible ; mais il ne faut pas, croyons-nous, attacher trop d'importance À ces expressions qui sont des allusions avouées à Platon. Ce désir de la matière qui a pour fin la forme lui vient de

sa propre nature ; or, qu'est cette nature si ce n’est une forme,

‘inférieure à la forme que le changement a pour but de réaliser,

mais forme cependant (947) et qui permet d’appeler la matière une substance, ou presque (948) ? Ainsi, en s’en tenant aux textes du premier livre de la Physique, on pourrait admettre cette conclusion

d'importance capitale, que la force est un rapport de forme (949),

venant d’une certaine déficience qui se manifeste dans une forme inférieure et appelle une forme supérieure.

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Toutefois, cette conclusion reste obscure et en tout cas est prématurée, car la notion du désir de la matière a été introduite bien rapidement et comme brusquement à la fin du premier livre de la Physique, sans qu’une telle explication eût profité de l’analyse de l’indétermination de la matière. C’est que, parti de la notion de contrariété qui donnait, en effet, un principe de détermination et. d’intelligibilité, il était passé de la notion de contraire à celle de privation attribut à un sujet, principalement pour donner une

(046) Mère et nourrice (192 a 14. Gen. Corr. II, 1. 329 a 23). Cf. Rivaud, A: 10240 4

(047) Cf. Bonitz, Méta. II, 398 : Reliquae materiae (par opposition à la matière première), quum aliquam habeant formam, eam tandem nondum sunt nactae, ad quam definientur.

(998) 192 a 5. Voir 190 b 24 (Simpl. 217, 14 : du moins la matière en général, wc, par opposition à la matière première.

(049) Remarquer l'expression : \6yoc rie xat Düvauuc (de An. Il, 12. 424 a 27). Avicenne, dans la critique déjà citée (n. 937) déclare inintelligible ce dégoût de la matière pour sa forme actuelle. À quoi Saint Thomas répond en réduisant la çausalité à la finalité et en conséquence à la conscience.

théorie du changement compatible avec le principe de contradiction : mais il ne précisait pas, pour autant, cette inhérence de la privation dans la matière comme sujet, ni le caractère que doit présenter un tel sujet, dont nous savons seulement qu’il est le point de départ et le subtrat du changement.

La privation, en effet, qui n'a pas d'existence séparée suppose dans le sujet du changement une propriété plus générale (950); en

effet, étant l'absence de la forme, elle est néanmoins à un certain degré déjà positive (951) ; elle exclut un terme défini et est ellemême un terme défini; elle suppose donc, au-dessous d'elle, une indétermination qui soit susceptible de recevoir aussi bien l’un que l’autre des deux contraires. Cette indétermination est même le caractère le plus général de la matière (952). On en vient ainsi à définir la matière par la puissance, toute puissance s’accompagnant de la contradiction (953).

(950) La distinction de la puissance et de l’acte est en général purêment et simplement juxtaposée à la distinction des catégories de l’être (cf. Méta. 6, 1 début, 1035 b 29-34). Le texte principalement utilisé ici sera Méta O,

(951) Voir n. 929 sq. D'autant que le sens du mouvement n'étant pas rigoureusement déterminé, la privation peut devenir fin, donc forme Phys. Il, 1 fin; ‘ Rivaud, n. 918). É

(952) Car on l’obtient quand on constitue statiquement l’idée de matière, par dépouillement successif de toutes les qualités et propriétés possédées par ua sujet (voir, par ex. Méta. Z, 3. 1029 a 10-27 ; il s’agit là des raisons que l’on a de considérer la matière comme substance ; cf. Zeller, 318, 4). Nous nous en tenons pour le moment à la matière comme sujet du changement, telle qu’elle est définie Méta. Z, 7. 1032 a 20 : la possibilité qui est en chacun des êtres de la nature ou de l’art d’être ou de ne pas être, voilà sa matière, sans prétendre que cette distinction et la synthèse correspondante soient aussi nettes chez Aristote que nous sommes obligés de la présenter ici (cf. ci-dessous, ch. 2). — Voir la notion, à peine indiquée (Phys. Il, 3. 195 b 27) de causes en puissance des choses en puissance.

(953) Sur les rapports de la matière à la puissance, voir les textes nombreux dans Zeller 318 n. 4 et Rivaud, ch. III. La puissance est dite ua rc avripacewc (Méta. ©, 8. 1050 b 8); dès maintenant, nous devons reconnaître qu’une telle expression s'accompagne d’une appréciation latente de dignité ontologique, car elle est là pour montrer que l’acte est antérieur à la puissance substantiellement ; en effet, les choses éternelles qui sont antérieures aux autres sont en acte, et les

On sait qu’Aristote ne définit pas cette notion de puissance d’une façon formelle ; on va même jusqu’à l’accuser de cercle (954); en fait, il la considère comme suffisamment fondée par l'expérience du changement, que la négation de la puissance aboutit d’ailleurs à supprimer (955). Certes, il lui accorde bien un sens propre (956); c’est celui que nous avons étudié à part, par lequel la puissance

signifie un principe de changement en une autre chose en tant

qu'autre et enveloppe un certain effort ; mais ce n’est pas le sens qui intéresse Aristote au livre @ de la Métaphysique (957). Toutefois, nous ne croyons pas qu’on puisse lui attribuer la distinction précise que Bonitz signale entre la pure possibilité et le pouvoir (958) ; elle suppose, en effet, une distinction entre le logique

choses en puissance ne sont pas éternelles parce qu’essentiellement elles peuvent être ou ne pas être: « et ce qui peut ne pas être est soumis à la destruction » (1050 b 13 ; cf; Bonitz Méta. II, 405).

(954) Bonitz, Méta. II, 392-394 : Aristote définit la puissance par l’acte (Méta. ®, 5. 1047 a 24), et l’acte par la puissance (6. 1048 a 30-32) ; il avoue qu’il n’en donne pas de définition (1048 4 36) en disant que c’est inutile, et que l'induction sur des exemples suffira à faire saisir le rapport. Les exemples donnés ici, sont,

. pour la pyissance : l’'Hermès dans le bois, la moitié dans le tout, le savant qui ne

contemple pas en acte la science ; pour l’acte : l’architecte qui construit, opposé à la faculté de construire, l’homme éveillé opposé à l’homme endormi, l’objet fabriqué (la maison) opposé à l’objet qu’on peut fabriquer, l’homme qui voit en acte, par opposition à celui qui a les yeux fermés maïs peut voir.

(955) Critique des Mécaniques : 3. 1046-b 33. 1047 a 10.

(956) xvpiwe (1. 1045 D 36, cf. 6. 1048 a 27-30).

(957) 1. 1045 b 36-1046 a 2. Cf. Bonitz p. 379: il s’agit ici de la substance première ; toutefois il renvoie (1046 a 2) l'étude de la puissance au sens large à 6. 1048 a 27. En cet endroit, la même distinction est de nouveau indiquée entre la puissance selon le mouvement et l’autre.

(958) Bonitz, Méta. II, 379 (Vermôgen, Môglichkeit), renvoie à Waitz (Org. 1, 376, où allusion est faite à Kant) à propos de la distinction entre le Buyarév et Pevôéyouevov (cf. n. 1044). On peut remarquer que le mpérwc Buvarév (c'est-àdire, selon Bonitz, 401, le xuplwc Guvarév de 1.1045 b 36) et défini 1049 b13 par r& évdéyeobar. De même, comme le remarque Bonitz (380), alors que les cinq premiers chapitres sont censé consacrés au premier sens de « puissance », Aristote en donne une définition (cf. 1047 428 : la puissance d’être mû ou de mouvoir), qui suppose le second (1047 a 24). Même remarque sur l’argumentation de 4.1047 b9-30. Inversement, parmi les exemples qu’il donne au ch. 6 pour le le second sens, beaucoup supposent le premier (voir n. 954). — Aristote signale

et l’ontologique, et, par suite, entre l’analytique et le synthétique, et, pour tout dire, une élaboration de la notion de force qui n’est pas péripatéticienne.

Quoi qu'il en soit de cette insuffisance de la technique philosophique d’Aristote, il nous faut, pour le moment, comprendre l’utilité que très consciemment il tirait de la notion de puissance. Elle brise le cadre trop rigide des Eléates où le mouvement ne pouvait être contenu, en permettant de concevoir entre l’être et le non-être

une troisième sorte d'existence (959). En effet, si la puissance, n'étant ni l’un ni l’autre des contraires, est indéterminée, elle n’est pas l’indéfini pur ni sans règle. La définition du mouvement lui donne droit de cité en lui faisant représenter conceptuellement une réalité physique évidente (960). Le mouvement, réalisation progressive des puissances du sujet, est une espèce d’acte. Il est donc nécessaire de distinguer de l’acte achevé, l'acte en train de se faire (961), et, par suite, plusieurs degrés dans la puissance. Au plus haut degré, à partir de l’acte, on trouve l’habitude qui passe

lui-même un double sens d’evSéyéuevoy (An. pr. I, 13.32b4); et, en effet, ce terme s'applique aussi bien à la contingence de Hermen. XII, 21436, qu’à l’existence simple de 4#. pr. I, 2.25 br.

(959) Voir, par exemple, la critique de Démocrite, Méta. 7, 14.1039 a 3-13, où l’on voit comment la théorie de puissance, élargissant le principe d’identité, donne un sens dynamique à la notion de composé et de génération à partir des composés.

-(960) La synthèse est particulièrement nette à propos de la génération substantielle où le non-être est isolé (Gen. Corr. I, 3.317 b 15-18; cf. n. 975). (A noter que Simpl. trouve qu’au premier abord cette définition du mouvement peut paraître dure). — Le caractère spécifique de la notion de mouvement est indiqué, d’ailleurs très rapidement, dans la discussion de Phys. IIT, 2 début, où l’on montre que le mouvement ne se réduit pas à d’autres notions comme aïtérité, inégalité, non-être (Robin, Th. pl., p. 317); cf. les développements très suggestifs de Them. Phys. 72, 15-20.

(961) Distinction de l'acte et du mouvement (Méta. O, 6.1048 b 18-36 et Bonitz, Ind. 251 a21, b6), de l'acte et de l’entéléchie (3.1047a 20-b2; Bonitz, 387); cf. Rodier, de An. II, 168. La question est traitée d’un façon rigoureuse, Phys. VI, 5 : distinction du uerdéadov et du peraés6amxéc ; sur les degrés de la puissance, voir Gen. An. Il, 1.735 4 9 et n. 447. Sur la notion d'intervalle propre au mouvement, voir n. 1000. :

à l'acte d'elle-même, si les circonstances extérieures ne s’y opposent pas ; ce passage est donc spontané et immédiat (962) et définit un état de tension. Ensuite, il faut expliquer la production d’une telle habitude ; on y arrive (963) en faisant aux habitudes psychologiques qui se produisent à la suite de répétitions (964). Par suite, il faut concevoir au-dessous de la puissance déterminée qu’est l'habitude, une puissance ambiguë qui attend d’être ainsi polarisée en un certain sens. Cette puissance ambiguë elle-même n’est pas absolument indéterminée, mais elle suppose toujours une faculté définie (965). Nous aurons à montrer qu’une telle puissance est essentiellement contingente, mais il faut d’abord comprendre qu’elle est la promesse d’une existence déterminée ; on voit donc ici apparaître dans la matière une ambiguïté qui est la puissance en marche vers la forme ; ce n’est pas la forme, mais c’est la forme se réalisant.

(962) Du moins, dans les cas empruntés à la psychologie, qui sont les exemples les plus fréquents chez Aristote (Rodier, de LAn. II, 492; cf. de. An. IL, 5. 417 a 27). (Voir une restriction sur la nécessité détermination, n. 1043). Averroës a noté (S. Th. Phys. 305, n. 14) le caractère équivoque de l’expression mouvement appliquée à l'intelligence. — Le feu retenu monte dès que l’obstacle est enlevé (Phys. VIII, 1.255b5-13), maison ne peut dire que ce passage à l’acte soit immédiat, puisque sa vitesse est finie, c’est plutôt le passage à l’acte de ce passage. À

(963) Il ne considère, de ce point de vue, que les puissances correspondant aux fonctions psychologiques ; et non les puissances naturelles ou irrationnelles (Méta. O, s début) ; autrement il eût dû faire une cosmologie de l’univers, alors que Pabité de l'individu vivant lui paraît accessible (voir n. 1086).

(964) Nic. II, 1. 1103 a 31. Alex. &x. x. X. II, 3. 83, 27 insiste sur la nécessité d’une altération pour passer de la puissance indéterminée à l'habitude ; passage, en effet, suppose une certaine passivité puisqu'il faut que la puissance de l’un des contraires soit détruite (cf. 417 b 3-5) ; toutefois ce n’est pas une véritable passion (417 b 12-16 ; cf. n. 447).

(065) De An. Il, 5. 417 a 27. L'animal n’est pas savant en puissance, ni le cadavre vivant (417 a 24 ; cf. Rodier ad 414 a 22 : l’âme humaine ne réside pas dans les végétaux) ; au contraire, l’ignorant est savant en puissance, par la faculté de raisonner ; cf. Rodier IT, 185 ad 412 b 25. Par suite, le passage de l'ignorance à la science chez un homme n'est pas à proprement parler une passion, puisqu'il réalise un état normal. La semence est tout juste animal en puissance (Gex. an. II, 1. 735 a 4 ; n. 358), elle ne peut pas encore vivre, maïs elle le pourra ; Aristote n’a pas approfondi cette notion de puissance de puissance.

Par là est assuré un caractère essentiel du changement, la transitivité continue. Le livre VI de la Physique est occupé à l’établir (966) et aboutit à une conception du changement parallèle à celle du

temps et de l’espace; on constitue ainsi un concept formé de

moments primitifs qui ne sont pas le changement mais seulement ses limites, comme l'instant n’est pas le temps mais seulement sa limite (967). À vrai dire, un tel concept reste encore bien mal équilibré ; les deux limites sont sans rapport l’une avec l’autre (968);

(066) Notamment 6 : liaison du pera6é}ov et du ueraBe8Annéc ; il ne résoud pas la difficulté qui en résulte pour les générations qui ont lieu ä6péwc (qu’il admet Phys. 1, 3. 186a1s ; cf. Simpl. Phys. 106, 32; 1173, 4 ; 998, 3 où il suit Themist. 197). — Toutefois, le principal but du livre VI, comme du précédent et du suivant, nôus semble être d’établir des propositions qui seront utilisées au livre VIII. ;

(967) Phys. VI, 5. 235 b 32-236 a 7. La question a été amorcée au livre V (6. 230 b 28-231 a 2 : précision à l’opposition du mouvement et du repos; cf. 230 b 32 : dans le point de départ du mouvement, il y a repos, en un sens) ;

voir aussi VI, 3. 234 a 24-b 10 ; 8. 239 a 10, le résumé 239 a 23-fin : ni le mou-

vement ni le repos n’ont lieu dans l'instant. Le xexvñoôar est dans l'instant (5. 235 b 34-a 5 ; cf. 10. 240 b 30) il est donc différent du repos et la vraie limite du mouvement (Themist. Phys. 196, 14). Cf. 8. 239 b 2: Ce qu'il y a dans l'instant, c’est le un xiveïchau. Il y a (6. 237 a 3-11), une infinité de xexvñoeu, d’ailleurs (Simpl. 994, 3 et St. Th. p. 299 n. 4) en puissance, cf. 263 a 29, etn. 1010, dans un mouvement donné. En se rappelant que, pour Aristote, mouvement est toujours tendance de sujet, on pourrait dire que ce qui, dans son système, se rapproche le plus de la notion moderne de force, c’est cette différentielle du mouvement qu'est le xivgua (VI, 1. 232 a 9 ; 10. 241 a 4), et qu’il ne sait pas utiliser (n. 969). — La notion de limite du mouvement est quelquefois signifiée par les termes ordinaires comme xépas (VI, 5. 236 a 13) 6poc (VII, 7. 261 & 34) Giafpeouc (IV, 11. 220 a 21: où l’élément est opposé à la partie ; cf. VIII, 8. 262 a 30; de An. IIL, 6. 430 b 20 aù ce terme est joint à l’idée de l'instant et du point (Simpl. Phys, 728, 15). -— Pour la notion d'intervalle du mouvement, Voir n. 1000 ; remarquons seulement ici qu’elle est nettement affirmée, par ex. VI, 1. 232 4 4 (uerat) et IV, 13. 223 a 8 : äméoraouc.

(968) 236 a 7-27. (Cf. Simplic. 986, 31) : On ne peut saisir le terme initial, car le commencement d’un changement est changement, tandis que la fin ne l’est plus. (Théophaste dans Thémistius, Phys. 386, 16 se demande les raisons de cette anomalie, le raisonnement employé paraissant s'appliquer aussi bien au début qu’au terme ; Thémistius rétablit la symétrie en distinguant le changement finissant et la fin du changement. Il est impossible d’ailleurs de trouver un moment primitif de l'arrêt; 8. 238 b 31-239 a 10. — L’impossibilité de trouver un

alors que le changement finit dans un indivisible, il est impossible de trouver un terme primitif du changement. Il ne faut pas dire que, par là, Aristote néglige le «se faisant » pour le tout fait, mais que l'instant dernier est plus facile à considérer en soi (car c'est un état achevé et vraiment existant) pour qui ne considère pas le changement indépendamment du sujet qui change (969). Par suite, si le changement apparaît comme le développement d’une force, c’est que tout changement puise dans son sujet la raison d’être de sa continuation : un être qui change sans être en puissance de ce qu’il devient, ne change pas, à proprement parler, sice n'est par accident (970). En même temps donc qu’elle rend compte de la continuité du changement, la notion de puissance donne du changement une expression au plus haut degré vitaliste, en tant que toute puissance intervient dans la constitution du sujet.

IT

Si le changement n’est qu’un développement des puissances du 8 RATE PP P sujet, le cas de la génération substantielle devient très intéres-

terme primitif au changement s’entend du temps, du sujet du changement, et de son objet (rù xa8° 6, 236 b 1-fin), que cet objet soit lieu, grandeur, ou même qualité, bien que la qualité soit indivisible (cf. Simpl. 989, 18-23). Ainsi, la notion de terme primitif telle qu’elle est analysée VI, 5 et 8 s’applique plutôt aux éléments du mouvement qu'au mouvement.

(969) Cf. 236 a 27-37: Ce n’est pas non plus dans le sujet changeant qu’on trouvera le primitif du changement. Il est remarquable que dans l’étude de la continuité temporelle, quand la comparaison est établie entre le temps, le nombre et le mouvement (Phys. IV, 11. 219 b 9-33) l'élément du mouvement qui joue le rôle de linstant est le mû, non le xivñuæ. — La notion d'intervalle propre au mouvement est, nous le verrons (cf. n. 1000) imprégnée de substantialisme.

(970) Par exemple, le mouvement des relatifs est discontinu (Phys. V, 1.225 b 11 : la chose à droite peut devenir à gauche, par le mouvement des références ; cf. Philop. Phys. 789,28); cependant, dit Simpl. (Phys. 835,21; 858,18), les relatifs pouvant être contraires (Caf. 76b15) et ayant un sujet permanent, semblent susceptibles d’un certain mouvement, mais ce ne sera jamais que d’un mouvement accidentel, car la relativité est un caractère toujours accident à la substance, Phys. IT, 2.202a 7: dans cette nouvelle définition du mouvement, Aristote néglige le rôle du moteur, bien qu'il ait déclaré plus haut la relativité du mobile et du moteur ; à ce propos, Themistius montre (Phys. 75) que les relatifs n’ont qu’un mouvement apparent (cf. n. 7).

sant (971), car alors le point de départ n’est plus un contraire, puisqu'il n’y a pas de contraire à la substance ; c'est, pris absolu-

. ment (972), le non-être de cette substance, et il est vrai de dire

que dans l’engendré d’une génération absolue, le non-être préexiste (973) ; or, ce non-être c’est l’en-puissance par excellence (974); ce n’est pas, bien entendu, le non-être absolument non-être (975).

Allons-nous donc saisir la puissance pure, comme force indépen- . dante de toute substance ? Il n’en est rien car si les modernes ont

pour ce non-être fécond un siège tout trouvé, à savoir l’esprit, Aristote se doit de ne pas le laisser séparé ; et c’est déjà un grand effort dans le rationalisme (976) d’avoir refusé de déifier cette

(971) Le cas de la génération substantielle est examiné, Phys. V, 1.225 a 12-33 (distinction de génération et de mouvement; ci. Gen. Corr. I, 4, génération et altération) ; Phys. V, 2.225 b 10-16 (il n’y a pas de mouvement selon la substance) et principalement Gen. Corr. I, 3 (auquel renvoie Phys. II, 1 fin; Hamelin, Phys. 55). Cf. Phys. V, 1.224a 28 la définition du mouvement essentiel : r@ aùro xvetolar rpGToy.

(072) PPS ANS 27225 br Cars, 3024.

(973) Phys. V, 1.225a 1x5 (classification des moi selon les combinaisons de l’éx rivoc et de l’eïc rt).

(974) Phys. V, 1.225 a 28: ünépye; cf. Gen. Corr. I, 3. ARE

(975) Cf. Son Phys. 814, 1-3. La difficulté est bien posée, Phys. V; 1.225 4 20-32, dont voici le résumé. a 20-25 : distinction des divers sens de nonêtre (Gen. Corr. I, 3.317 b 5-15), le non-être absolument absolu (laissé de côté), le non-être par synthèse et division, c’est-à-dire par affirmation et négation (ne peut évidemment se mouvoir, Simplic. 816,1) ; le non-être qui est dans la puissance, origine de la génération, ne peut se mouvoir, car le mouvement est un acte ; le non-être comme le non-blanc, qui est être en tant qu’homme non-blanc et comme tel peut se mouvoir (le mouvement est dit ici par accident, en un sens non habituel de cette expression, Simpl. 817,14, car l’altération est bien un changement essentiel). à 25-27 : la génération, passage du non-être absolu à l'être ne saurait être mouvement ; au contraire (Simpl: 817,30), l’altération est une génération partielle du non-blanc au blanc, et un mouvement de l’homme non blanc. a 27-30 : comment dire que le non-être est engendré ; or, cela semble nécessaire ci; dans les autres cas on disait: ce n’est pas le non-être qui est engendré, c’est son sujet, la privation étant un accident, non-être par soi (cf. Phys. I, 8.191 b 16). 4 30-32 : autre preuve que le non-être ne se meut pas, c’est qu’il n’est pas dans le lieu (la corr. de Jaeger [Diss. inaug.] de ruÿra 4 30, sous prétexte que oupéaivev, ne s’empioie pas avec le datif, n’est pas nécessaire).

(976) Par là, nous entendons, non seulement qu’Aristote s’élève contre la mythologie des cosmogonies antérieures (cf. n. 1086), mais qu’il essaie de ne

puissance, la matière première, comme un être existant en acte comme tel. À cette difficuté significative, on peut répondre, en alléguant (977) que la substance provient non de son contraire mais de sa privation et qu’il y a entre le non être absolu et le non-être relatif des générations partielles la même différence qu'entre le contraire et la privation. Malheureusement la privation a été définie, au livre l‘", non-être en soi, il est vrai, mais seulement principe accidentel du changement et ne subsistant pas dans ce changement ; Aristote s’en souvient ici en disant : c’est plutôt par accident que le non-être est engendré (978). Distinguera-t-on, avec Simplicius (979), une privation de substance ? C’est poser le problème, non le résoudre. « Nous dirons que le changement substantiel est celui où rien ne subsiste dont on puisse dire: Voici ce qui a changé, où rien de sensible ne subsiste comme sujet identique » (980).

Or, les mêmes raisons qui exigent un sujet à tout changement s'appliquent ici (981): il y aura donc un sujet réceptacle de la génération et de la destruction des substances, c’est même le sens propre de la matière (982); ainsi entendue, la matière n’est assurément déterminée par aucune des catégories (983); mais elle

dépasser la notion commune des corps considérés comme substances séparées dans l’espace ; il y a un effort analogue (on ne peut dire convergent) dans la théorie du sémoc. Toutefois, la matière est encore un être qui existe au sein des autres (voir n, 1018 sq.). D'ailleurs, un tel effort a été vain (cf. sur l’enseignement de Théophraste, Rivaud $ 336).

(977) Simpl. Phys. 814, 12. Cf. Méta. H, 1. 1042 b 3. (Il y à un ÿxox. à tous les changements, notamment au changement selon la substance.

(978) 225 a27 ; cf. Gen. Corr. I, 3. 317b 3; par accident, c’est-à-dire par attribution, voir note 975, 4

(979) Simpl. Phys. 820, 23 ; 825, r.

(980) Gen. Corr. I, 4. 319 b 15 ; voir Simpl. 814, 19.

(081), Méta. H, 1. Gen. Corr. 1, 31317 b23.

(982) Gen. Corr. I, 4. 320 a 2.

(983) Notamment de la quantité (Méta. Z, 3. 1029 a 12 sq.): (ci. Gen. Corr. s. 320 b 28-34), voir les autres textes dans Rivaud, $ 306 et n. 1106. Sinon étant le non-être de la substance, elle séparerait les affections (Gen. Corr. I, 3. 317 b 23- 34). C’est, selon Philop. (Gen. Corr. 48, 49) la deuxième difficulté que se pose Aristote au début de ce chapitre, la première portant sur l’existence du non-être, la troisième sur la perpétuité du mouvement de génération dans le monde.

n'existe pas non plus à l’état séparé (984). Le feu vient du feu en puissance, mais ce feu en puissance est air en acte (98s). Si donc toute substance est composée d’une forme et d’une matière, la génération substantielle se comprend comme étant un changement de forme dans la matière. Reste à expliquer en quoi ce changement diffère de la génération partielle dont le type est l’altération et qui est bien un changement d'affection daus une matière sujet; or, Aristote ne nous donne pas d’éclaircissements là-dessus. Tout ce qu'on peut dire, c’est qu'une affection n’est pas une forme substantielle (986). C’est là cependant un point capital puisque cette difficulté ne va à rien de moins qu’à montrer l’insuffisance de la théorie péripatéticienne de la substance.

(984) Gen. Corr. I, 3. 317 b30 : sinon on retombe dansla difficulté si redoutée des premiers chercheurs : faire sortir l’être du non-être. Elle apparaît nettemment de on étudie les transformations mutuelles des éléments au-dessous desquels il n’y a plus rien de déterminé.

(985) Gen. Corr. I, 5, 320 b 9-14. (Il s’agit de de mais ce Se loppement dynamiste s'applique à tout changement, cf. 321 a 9-14 et n. 413): matière de l’air n’est pas dans l’eau comme dans un réceptacle ; elle est l’eau même. (Là-dessus, voir Philop. Gen. Corr. 80, 19 et 36 ; de Coelo Il, 6.305 b5, critique d'Empédocle. Rivaud n. 1024). Phys. II, 1. 2071 a 29-201 bS : Il faut distinguer ce que le sujet esten puissance et le sujet lui-même qui est en puissance cela (explication de la définition du mouvement, cf. Philop. Phys. 353, 7).

(986) Voir Gen. Corr. I, 4 (distinction de la génération et de l’altération.

* Philop. Gen. Corr., 65,3 sq. Quand on va de l'air (diaphane-chaud) à l’eau

(diaphane-froid) n’est-ce pas le diaphane qui subsiste et est altéré ? non, car une différence substantielle n’est pas une affection, et en outre [65,22] le diaphane de l'air nest pas celui de l’eau). Phys. V, 2 début (il n’y a pas de mouvement selon la substance. Simpl. 834,4; cf. ad Phys. I, 281,3: l’eau et le feu sont bien contraires par leurs qualités, maïs d’abord le feu a d’autres qualités, en outre, il n’est pas que la somme de ces qualités, il est substance ; en suite, seraient-ils contraires, il n’y aurait pas mouvement de l’eau à l’air, puisque l’eau ne subsiste pas). Simplicius en vient cependant à expliquer le changement substantiel comme l’ensémble des altérations successives qui modifient les formes partielles constituant la forme substantielle. Cf. Phys. VIL, 3.246 a 6 : la génération se produit en conséquence de quelque altération ; malgré cela (où uévros) la génération n’est pas altération. À noter qu'Aristote dit que les contraires sont les attributs des éléments (Gen. Corr. I, 33142), or, Phys. VII, 3.246 b12: la réception et la perte des t& ne sont peut-être pas des altérations, mais ont lieu en conséquence d’aitérations, comme Ja forme et la configuration (cf. Simpl. Phys. 1069,2 :

’Enryiyverar.

En somme, la théorie de la génération substantielle ne porte pas atteinte au substantialisme d’Aristote, pas plus que l’idée même

d’une destruction et d’une production de substance. Toutefois, elle

met bien en valeur une notion de la matière plus profonde que les précédentes et qui ne peut recevoir tout son sens que dans une doctrine idéaliste. La matière, en effet, apparaît non comme une chose et cela expressément, mais comme une loi, qui établit entre les êtres une certaine communication. Car si le feu n’est pas, à proprement parler, de la terre, ainsi que le remarque Philopon, comme effrayé des conséquences qu’on en peut tirer (987), du moins restet-il à expliquer comment la terre peut être la puissance du feu; si elle est telle, dirons-nous, c’est qu’elle ne se suffit pas; or, si l’on songe que cette zone de possibilité, où la notion baigne par sa matière, présente une valeur dynamique, on en conçoit l’extrême importance. |

(987) Philop. Gen. Corr., 62,15 : ce n’est pas la terre en acte qui se trans“ forme en feu, c’est le feu en puissance dans la terre en acte (voir n. 986: il ne faut pas séparer la matière de ce dans quoi elle est ; Philop. 80,36 ad 320 b 22).

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