‹ La notion de temps d'après les principes de Saint Thomas d'AquinChapitre 11 sur 17 · SYSTÈME CARTÉSIEN · texte numérisé non relu

SYSTÈME CARTÉSIEN

Leibniz avait idéalisé les relations temporelles, tout en proclamant la réalité de leurs termes. Descartes supprime cette face objective du temps pour en faire «un simple mode de penser-. Pour lui, la durée s'identifie avec l'existence substantielle des êtres. Elle prend le nom de durée temporelle ou de temps, lorsqu'on la compare au mouvement des cieux. Le temps n'est donc qu'une mesure extrinsèque, une évaluation qui n'ajoute rien à la réalité des choses, qui ne la modifie en aucune façon. En un mot, c'est une manière de se représenter l'existence des êtres. (2)

En cela, Descartes s'est montré peu logique avec lui-même.

Après avoir identifié la durée et l'existence des

(1) La véritable réponse à l'objection soulevée eût été la négation de la majeure de l'argument : car la notion de temps n'entre pas dans l'énoncé du principe de contradiction. Cfr. D. Mercier. Notions de Métaphysique générale, p. S2.

{H) Principia philosophiœ. P. I. n. 55 ad 58.

êtres (ce qui est le principe fondamental de la théorie thomiste), il eût été rationnel de conclure, que la durée changeante ou le temps se concrétise dans les existences successives, tel, par ex. le mouvement. C'est le procédé que nous avons suivi pour formuler la théorie de l'Ecole.

Mais les opinions du philosophe français sur la réalité des accidents, devaient le jeter dans une voie tout opposée, l'idéalisme. Les accidents, en effet, dans la métaphysique cartésienne, n'ont point de réalité ni d'existence propre. Il n'existe, entre eux et la substance, qu'une distinction logique. Dès lors, il n'y a plus lieu de reconnaître dans le monde, d'autres existences que les existences substantielles, qui, de notre aveu même, sont permanentes et possèdent une durée réellement indivisible. Le concept d'une succession continue prenait ainsi nécessairement le caractère d'une création intellectuelle, d'un mode de penser, sans application réelle aux choses contingentes.

Malheureusement, pour dévier du principe si juste dont il était parti. Descartes s'est appuyé sur une erreur qui renverse toute la suite logique de son système. L'existence de changements réels dans la nature est un fait tellement avéré, que nul n'oserait le contester, à moins de vouloir souscrire

ouvertement au scepticisme. Mais il n'est pas moins indôniable que tous les changements n'atteignent pas le fond substantiel des ôtres, que beaucoup d'entre eux, quoique réels, n'en effleurent que la surface. Il existe donc des réalités accidentelles, distinctes de la substance, susceptibles de modifications intrinsèques, possédant par conséquent une existence successive. Tels sont les sujets naturels du temps.

Au surplus, Descartes n'avait-il pas posé en thèse une définition du temps qui était l'expression partielle de son idéalisme ?

Si, comme il le dit, la durée temporelle n*est que la mensuration des existences à l'aide du mouvement de la sphère céleste pris pour unité, ce temps, absolument extrinsèque aux êtres d'icibas, devient à leur égard un simple mode de représentation.

Sans preuve aucune, il supprime donc du même coup les temps intrinsèques et toutes les successions réelles et continues, dont la réalité s'impose au même titre que les existences substantielles.

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