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Le temps intrinsèque ne finira jamais

Si cette commune mesure des durées temporelles, appelée temps extrinsèque, doit disparaître un jour, faut-il en conclure

que les temps intrinsèques, concrétisés dans les mouvements ou les changements successifs des êtres contingents, sont voués au même sort ?

A nous en tenir aux arguments scientifiques dont nous parlions tantôt, la vie et toutes les activités qui en sont les manifestations naturelles, cesseront un jour sur notre globe ').

Les transformations profondes que subit actuellement la matière inorganique, et par suite, la constitution de corps nouveaux et la décomposition de corps complexes, tous ces phénomènes d'ordre chimique actuellement si nombreux dans le cours de la nature, ne pourront plus se produire. La voie S5'nthétique qui, par une série de combinaisons, donne à la matière élémentaire une complication toujours croissante, et la voie anal3'tique, qui ramène progressivement les composés lentement élaborés, à l'état de corps simples, cette double voie est nécessairement fermée à la nature réduite à l'état d'équilibre stable.

Ces conclusions scientifiques dont nous avons examiné plus haut la probabilité, s'accordent d'ailleurs avec des données philosophiques qui ne manquent pas d'une certaine force suggestive. La vie animale, dit saint Thomas, la vie végétative, les transformations essentielles de la matière brute, cesseront de se produire lorsque le soleil refusera à la terre son apport de lumière et de chaleur, et que l'homme en possession d'une vie nouvelle, n'éprouvera plus les besoins actuels ^).

Que cette catégorie d'activités et de changements soit destinée à disparaître, nous l'admettons volontiers, sans en avoir toutefois la pleine certitude.

Mais quel vaste champ resterait encore ouvert aux mouvements continus ?

■) De Lapp.\RENT. Zrt destinée de la terre ferme etc. loc. cit. — Jeaxnin. (Nouvelles annales de philosophie chrétienne, février 1896). — Folie. (Bulletin de l' Académie royale des sciences. 2* série, t. 36).

') S. Thomas. De potenlia, q. 5. a. 5. 8. 9.

Même dans l'hypothèse du nivellement universel de l'énergie et de l'équilibre final prédit par Clausius et Thomson, les corps, en fait, conserveront encore leur énergie vibratoire invisible, c'est-à-dire, ces innombrables mouvements atomiques ou moléculaires qui seront la forme définitive de l'énergie transformée.

Et si notre corps, comme l'atteste la foi, doit un jour surgir de ses cendres pour redevenir l'instrument d'une immortelle vie, il est rationnel de croire que, malgré son incorruptibilité, ce corps possédera de nouveau des sens en pleine activité et que cette activité même, d'un caractère organique, sera nécessairement successive et continue.

Au surplus, on ne conçoit pas que les corps, quel que puisse être d'ailleurs leur état futur, n'occupent pas une place dans l'espace renouvelé et partant ne se meuvent dans le temps. ')

Quoique les temps intrinsèques doivent disparaître en grande partie de notre globe, jamais ils ne seront donc complètement anéantis. A ce point de vue restreint, il nous est permis d'affirmer que le temps ne finira plus.

■) S. Thomas. Supp/emenlwn. q. 84. a. 3.

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