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Théorie de Locke. Exposé et critique

L'importance exagérée, accordée au temps psychologique fut aussi le vice fondamental de la théorie de Locke. Dans ce système comme dans le système précédent, le temps interne est le seul qui compte.

« L'idée de succession, dit-il, ne nous vient pas du mouvement (externe). Nous l'acquérons en réfléchissant sur cette suite de nouvelles idées qui se présentent à nous l'une après l'autre. » Et si le mouvement externe peut faire naître en nous l'idée de succession, ce n'est que dans la mesure où il produit dans notre esprit une suite continue d'idées distinctes les unes des autres ').

La durée désigne l'existence ou la continuation de l'être qui coexiste avec la suite de nos idées; ou d'une manière générale, elle est la distance qui sépare les parties de la succession.

Le temps n'est autre chose qu'une partie de la durée infinie en tant qu'on la désigne par des mesures périodiques, par exemple, les révolutions de la terre ou du soleil '). « L'idée de la àméQ particulière à.' une chose, est l'idée de cette portion de durée infinie, qui passe durant l'existence de cette même chose ; de même, le temps pendant lequel une chose existe, est l'idée de cet espace de durée qui s'écoule entre quelques périodes de durée connues et déterminées et entre l'existence de cette chose. » ^)

La durée est donc, aussi bien que le temps qui en fait

■) Locke, Essai philosophique sur l'entendement. De la Jurée et de ses modes simples, liv. II, c. 14.

') Op. cit., c. 14, p. 220.

') op. cit., c. 15, p. 227.

partie, l'idée que nous avons d'une distance qui périt et dont deux parties n'existent jamais ensemble ').

On le voit, pour le philosophe anglais, l'idée de temps a une origine exclusivement psychologique et ne possède un caractère objectif que dans le domaine des faits conscients.

Bien plus, cette objectivité du temps est plus apparente que réelle, car en fait, le temps n'est pour lui qu'un produit de la réflexion, une forme vide de toute réalité. Locke le définit : une portion de la durée infinie déterminée ou évaluée par une mesure périodique. Or, dans la pensée du philosophe sensualiste, la durée infinie est une durée purement imaginaire dont l'idée nous est suggérée par la répétition mentale infinie d'une durée finie ^).

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