‹ La notion de tempsChapitre 18 sur 24 · Multiples erreurs et inutilité de ce système · texte numérisé non relu

Multiples erreurs et inutilité de ce système

Il est dans cette théorie des erreurs tellement manifestes, qu'il semble inutile d'en faire une critique détaillée. La nécessité et l'indépendance absolue attribuées à cette existence temporelle, type des existences contingentes, puisqu'elle consiste dans un perpétuel renouvellement, dans un passage ininterrompu du non- être à l'être ; ce mode spécial de subsistance intermédiaire entre l'état de la substance et de l'accident, sont autant de conceptions qui se réfutent d'elles-mêmes.

Mais abstraction faite de ces erreurs qu'on pourrait d'ailleurs éliminer sans modifier essentiellement la théorie, on y trouve

une liypolhèse fondamentale inacceptable, quel que soit le sens qu'on lui accorde.

Le temps absolu nous est décrit comme un être formé de parties qui, indépendamment de tout sujet matériel, passent sans interruption de l'avenir dans le passé. Or dans quelle catégorie va prendre place cet être successif? Est-il un accident ou une réalité substantielle ? Entre les deux il n'y a pas de milieu possible.

Si la réalité qui concrétise la durée temporelle est accidefitelle, il faut de toute nécessité la supposer inhérente à un sujet subsistant qui échappe à la succession et donne au mouvement sa continuité. Dans ce cas, le temps perd son caractère d'être absolu en devenant une modalité des choses contingentes.

Ou bien, seconde hypothèse, le temps absolu subsiste en lui-même. Mais alors^ la durée successive revient à une série ininterrompue de créations et d'annihilations substantielles dont chacune ne prendrait cependant qu'un instant indivisible : une transformation de substance étant nécessairement instantanée. Hypothèse évidemment inadmissible dont le moindre défaut serait d'enlever au temps sa note essentielle la plus saillante, la continuité.

Au surplus, qui ne voit la complète inutilité de ce système ? Qu'importe aux événements de ce monde, qu'à côté d'eux se déroule ce temps absolu ? Que peuvent-ils emprunter à cette réalité fantastique ? La succession ? Elle est de l'essence même du mouvement et de toutes les activités corporelles. La persistance dans le changement ? Ils la tiennent de la substance qu'ils affectent et qui leur sert de substrat permanent.

Inintelligible en lui-même, condamné par ses conséquences et inutile, le temps absolu doit donc être relégué dans le domaine des chimères.

Système de Clarke et de Newton :

Le temps s'identifie avec l'éternité divine

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