‹ La notion philosophique de la Trinité chez Saint AugustinChapitre 10 sur 36 · NN ELA PARTICIPATION · texte numérisé non relu

NN ELA PARTICIPATION

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jusqu’à la métropole », qui est le Logos ; les autres ne peuvent

atteindre qu'aux Puissances intermédiaires, supérieures ou

inférieures. Au-dessus du Logos, « il n’y a que la contemplation directe de Dieu ». Celle-là est réservée à Moïse et aux parfaits.

Nous trouvons une idée analogue dans saint Augustin (1).

Ainsi se trouvait, déjà, partiellement justifiée, à ses yeux, la théologie philonienne de l’allégorisme, que l'auditeur assidu de Pillustre évêque de Milan allait, en la complétant, retrouver jusque dans les ouvrages d’Ambroise, pour sa définitive initiation au sens des Écritures. En particulier, le « de fuga sæculi » est suggestif en ce sens. La lettre de la loi prescrivait, en effet, de laisser l’homicide en sécurité dans la ville de refuge, jusqu’à la mort du grand-prêtre. « Puisque la lettre est obscure, explique l'Évêque, à ce propos, allons aux réalités spirituelles. » Et le grand-prêtre devient alors le Verbe éternel, le Fils de Dieu,

qui meurt par rapport à nous, dès que nous venons à nous séparer

de lui. Tant que nous lui demeurons unis, nous sommes done, nous aussi, en sécurité.

La terre tout entière constituait, en effet, l'empire de la

. Parole. Dieu lui avait fait choisir Israël, et c’est là qu’elle résidait,

dans le temple de Sion. La fonction qu’elle y remplissait rappe-

(1) « Il n’y aurait rien d’étonnant si Moïse, cet ancien et fidèle serviteur de Dieu... avait obtenu la grâce qu’il sollicitait, c’est-à-dire de voir la gloire de Dieu, à qui il avait dit : « Si j’ai trouvé grâce devant vous, montrezvous à moi, afin que je vous connaisse. » (Exod., xx11, 13)... Ce que j'avais commencé à dire sur l’accomplissement du désir de Moïse se trouve ensuite démontré au Livre des Nombres, où le Seigneur, reprochant à la sœur de Moïse son opiniâtreté, déclara qu’il avait apparu à d’autres prophètes en vision et en songe, mais qu'il s'était montré à Moïse dans sa nature et sans voile. Il ajoute même : « Et il a vu la gloire du Seigneur. » (Nomb., xn1, 8.) Pourquoi donc cette exception en faveur de ce saint personnage, si ce n’est parce que Dieu avait jugé digne de cette ineffable contemplation celui qui dirigeait son peuple, et qui était le serviteur le plus fidèle de sa maison. Il lui fut donc accordé, selon son désir, de voir Dieu tel qu’il est, grâce promise à tous les élus à la fin des siècles. » Epist. cxLvir, 18. — « Que dirai-je enfin de la vue et de la contemplation de la vérité, qui forme le septième et dernier degré de l’âme ? Ou plutôt, ce n’est plus un degré, mais un état habituel, où conduisent les autres degrés. Pourrai-je donc exprimer quelle est la joie, le bonheur qu’elle éprouve dans la jouissance du véritable et souverain Bien, dans cette émanation de sérénité et d’éter-

nité ? Des âmes grandes et incomparables nous ont parlé de ce bonheur,

qu’elles ont contemplé, et qu’elles contemplent encore maintenant, nous le croyons. » (De quantit. animæ, c. XxXxINt, n° 76.)

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lait tout naturellement à saint Ambroise l'interprétation symbo-

lique, qui lui faisait apercevoir, dans le grand-prêtre, l'Image

même, le Verbe du Père. Grâce à la méthode, saint Augustin

s’initiait peu à peu : il se préparait à mieux saisir, en Lui, l’ineffabilité de Dieu même, par la vigoureuse affirmation de la transcendance divine dans l'exposition ambrosienne de l'Évangile selon saint Luc (4ib. I, n° 25.) — C’est pourquoi, le moment venu, la lecture d’une traduction des Ennéades, à laquelle il se livrera en sa retraite de Cassiciacum, l’intéressera au plus haut point. À n’en pas douter, il sera très attentif, alors, à laudition de ce divin Logos intérieur « évdtaberos, », dont avait parlé Philon, en l’opposant au Logos « proféré ». Fidèle au procédé ambrosien, il s’instruira du sens de l’Écriture et de l’objet de sa croyance, tandis qu’il se préparera, en même temps, à en goûter, un jour, l'interprétation plotinienne ; car c’est le néoplatonisme qui lui suggérera sa remarquable théorie de la Participation ternaire à la Vérité subsistante, par l’illumination intérieure (1). Il lui restait, en effet, à intellectualiser sa Foi.

ARTICLE [I]. — Le « Principe » antésocratique.

Sans doute, le rythme de la « poétique » du préhellénisme marquera-t-il chez lui, en ce sens, le premier pas d’une Dialectique d'initiation progressive. Peut-être connaissait-il, au surplus, les chants inspirés, qu'Onomacrite publiait alors sous le nom harmonieux du disciple de Linus (2), et qui célébraient, en de sublimes accents, le Pouvoir créateur. Cette Puissance génératrice de l'Univers, on le sait, c’est la Nuit, qui produit l’œuf originel. Celui-ci, fécondé par les chauds effluves de l'esprit, laisse échapper de son enveloppe l'Amour aux ailes d’or, bientôt éployées sur le Monde, sous un firmament constellé d'étoiles. Du rayonnement de ses yeux jaillit la Lumière. « Ses larmes sont la malheureuse race des hommes ; son sourire fait germer la race sacrée des dieux. »

(1) G. De Ordine, lib. H,c.2, n°7. — Solil., lib. II, c. 20. — De Musica, lib. VI, c. 1, n° 4, le Le Magistro en entier. |

(2) Cf. Saint Aug. : sur Orphée, Musée, Linus, de Civit. Dei, lib. XVIII,

ch. 14 : Le theologis poetis — Ibid., ch. 37. — Sur Orphée, cf. cont. Faust., lib. XIII, €. I, c. xv et c. xvrr.

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8 générations de la Nature, ne s’intègrent et ne se répondent ‘a aux pages divines du Cosmos éternel ? En particulier, « si = Érèbe et la Nuit engendrent l’Ether et le Jour, c’est que le jour, 5 avec sa clarté, semble sortir de la nuit et de l’obscur. La Terre engendre la mer à elle seule, et les fleuves, de son union avec le Ciel, parce que la mer semble une masse ensevelie, dès son origine, dans les profondeurs de la Terre, tandis que les sources des fleuves se nourrissent de la pluie du Ciel. » (ZELLER, trad. fr., t. I, p. 80.)

Ce qui caractérise, en effet, les disciplines initiales des Grecs, c'est qu'elles constituent, avant tout, une philosophie symbolique du « Principe » producteur. Et c’est pourquoi la question si complexe des origines ne les embarrassait point : pour eux, elle se résolvait d'elle-même, sinon dans une aventure, du moins par l’intervention aisée, et souvent opportune, de la divinité. I ne leur restait plus, dès lors, qu’à intéresser celle-ci à leur propre destinée, à l’émouvoir, et à la solliciter. C’est que la

spéculation hellénistique, à ses débuts, était étroitement liée à

étymologie même de la « Poétique », d’où elle se croyait issue, pour se parachever ensuite dans le pragmatisme d’une oraison, d’un culte rituel, d’une formule liturgique, qui force le Destin, bref, d’un art d’incliner la volonté divine. Ainsi se trouvaient introduits, dans la préhistoire de la pensée, avec l’idée de changement, toute la causalité du devenir héraclitéen, et ce principe fameux du dualisme concerté, c’est-à-dire de l'identité eurythmique des contraires, où, plus d’un siècle auparavant, Pythagore écoutait l’ineffable harmonie du Nombre créateur.

En définitive, c’est lui qui, par sa propre génération, mainte-

nait l’unité du tout dans la lutte des parties ; car, seuls « les

(1) « Le Livre sacré par excellence était ce « hieros Logos », que certains

auteurs attribuent au pythagoricien Cercops, où tous les mythes particu- - liers à la secte (orphique) étaient exposés avec ampleur, et rattachés à la tradition mythologique la plus communément admise. C’est pourquoi

* Je poème débutait par une théogonie peu différente de celle d’Hésiode, dont elle s’inspirait directement. » (Boulanger, Orphée, p.31, Paris, Rieder, 1925). — Toutes ces théories ont subi diverses transformations. Ainsi les Titans originels, devenus les « Géants » d’Onomacrite, évoluent en Olympiens, avec la génération suivante, et sont alors sous la domination de Zeus. | £

702 NOTION PHILOSOPHIQUE DE LA TRINITÉ Barbares ignorent que le bien et le mal se réunissent en un même effet, comme se combinent dans l’harmonie de l’arc et de la Iyre les actions opposées ». Et c’est cet accord que constituent ensemble la Justice et le Destin. En vertu de cette Loi divine, le Soleil lui-même ne saurait franchir ses frontières, sinon les Erynnies, sur l’ordre de Diké, useraient de représailles. Tel est le mystérieux vouloir de cet Élément primordial qui, de Thalès et d’Anaximène à Diogène d’Apollonie et à Héraclite, s’appellera tantôt l’incommensurabilité de l'Eau et la sublimité de l’Ether, tantôt la subtilité infinie du Feu générateur.

En tout cas, quel que soit, selon la loi inflexible d’un hylozoïisme transcendant, le mode de réalisation de cet Élément immuable, au milieu des fluctuations d’un perpétuel devenir, le théoricien du «nävra fée » «est le premier qui ait affirmé énergiquement, d’une part, l’essentielle vitalité de la Nature, la transformation incessante des substances, la mutabilité et l'instabilité de tout ce qui est individuel; d'autre part, luniformité absolue des rapports généraux, l'existence d’une loi raisonnable, qui régit le cours de toute la Nature »'(1). En d’autres termes, dans chacune des théories envisagées, l’unité ou la multiplicité du « Principe » producteur et engendré étant exhaustive de la réalité, suffit, semble-t-il, à définir l’ensemble et à préciser le sens de la doctrine et de l’évolutionnisme antésocratiques.

* ARTICLE III. — L’Idée platonicienne (2).

Toutefois, Dieu étant l'Être, avait observé Xénophane, — qui, en cela, voulait insister, d’ailleurs, sur l’opposition irréductible de Dieu et du Monde, — ne saurait être engendré. Il ne

(1) Cf. ZeLLER, la Philos. des Grecs, t. 11, p. 188.

(2) Cf. Bover, le Dieu de Platon. — L’Idée platonicienne n’est autre que le Logos théos, du début des Lois. Les déterminations immuables de PËtre, ou réalités absolues du monde des Intelligibles, ont pour cause intrinsèque l’Idée du Bien. La Nature est l’image des Intelligibles. Entre ceux-ci et celle-là se place l’Idée, qui va faire l’objet de cet article. Le Timée montre, en effet, que dans l’Ame cosmique, intermédiaire entre les Intelligibles et la Nature, s’épiphanise cet Idéal éternel des choses, que Platon appelle le Démiurge, (Cf. Tim., 282),« Mais le Timée est un dialogue

\ qu’il faut savoir entendre. Si son langage est scientifique lorsqu'il s’agit

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é RARE l'être, en effet, que s’il était produit par le pareil ou

le dissemblable.

Mais, s’il en était ainsi, la première hypothèse tendrait à

établir entre les semblables un impossible rapport d'identité.

Dans le second cas, le plus fort naîtrait du plus faible, ou inversement, ce qui reviendrait à dire que l’être sortirait du non-être,

ou le non-être, de l'être. En tout état de cause, l'incompatibilité apparaît assez évidente ; car enfin, si l'essence de deux êtres est la même, le second est identique au premier ; si elle est différente, comment trouver dans le premier la raison du second ?: D'où il suit que, Dieu n’étant pas engendré, rien ne l’est, parce qu’en dehors de lui, c’est le non-être. La substance existe : elle ne produit pas ; a fortiori ne produit-elle pas la substance. En dehors d'elle, tout n’est donc que mode et apparence pour les sens et l’opinion.

Or, c’est précisément cette thèse du philosophe d’Elée que

Platon ne peut admettre. Il montre, au contraire, que non

seulement le semblable provient du semblable, ainsi que le dissemblable, du dissemblable, mais encore qu’un même objet, envisagé sous divers rapports, participe tout ensemble des deux, c’est-à-dire, à la fois, du semblable et du dissemblable. « Ainsi, l’objet sensible est tout à la fois semblable et non semblable à l’idée. I] lui est semblable en ce que, ce qu’il est, l’Idée l’est d’une manière pure et éminente ; il lui est dissemblable en ce que, ce qu’il est, l’Idée ne l’est pas de la même manière et avec les

mêmes imperfections. En général, une chose est et n’est pas

ce qu'est sa cause. Elle l’est, puisqu'elle a sa raison et son principe dans quelque perfection dont elle participe ; elle ne l’est

des Idées, il devient mythique quand il s’agit du devenir ; et, par suite, il serait illégitime de lui prêter un sens rigoureux dans les passages qui traitent de l’action créatrice du Démiurge, de la façon dont il compose l’âme et les différentes parties de l’Univers. Platon, d’ailleurs, nous en prévient d’une manière assez formelle ; c’est ce qu’il veut faire comprendre, lorsqu’il nous dit « qu’il est difficile de trouver l’auteur et le Père du Monde ». (Tim, 28°). Le Père du Monde, considéré comme tel, est une cause efficiente: il agit ; il pénètre par là dans la zone du devenir. Et le devenir ne se réduit pas en formules dialectiques : c’est le domaine de la vraisemblance. » (GLopius Prar, Platon, p. 156.) —-Le devenir nous apparaîtra plutôt ici sous forme de similitude. ce qui suppose la dissemblance. Et cette remarque suffit à définir le concept de participation, qu’introduit dans la philosophie de saint Augustin, l’Idée platonicienne.

34 © NOTION PHILOSOPHIQUE DE LA TRINITÉ ! ee SRE pas, puisque, si “ès était purement et simplement ce ou est 8 sa cause, elle n’en différerait point » (1). -

Par cette antithèse, Platon établit victorieusement, au sein de l’Être — en résolvant, du même coup, l’antinomie éléatique de l’être et du non-être — sa magnifique théorie de la participation rationnelle aux perfections intelligibles de P « Etre », et, par elles, de l’accession finale à la pure clarté de l « Idée ». Et, dès lors, il luit à l'esprit qu’une telle spéculation constitue le plus sublime effort, qui ait été tenté en ce sens, pour placer en Dieu, non seulement les Idées, mais l’Idée suréminente des possibilités de toute existence et de toute vie. Telle est l’Intelligence platonicienne, cause et paradigme, « sommet parachevé de l'Ame de l'Univers, Démiurge, au-dessus duquel s’élève le Bien, « Père et Seigneur, que la véritable philosophie fait connaître (2). »

Bien au-delà du vague hylozoïsme de l’École d’Ionie, cette haute conception de l’Idée, renouvelée du vos héraclitéen, le Logos de Platon (3) se présente, dès lors, à l’âme d’Augustin, au moins à travers la pensée plotinienne, comme l’unique Intermédiaire participable, qui permette la transition de Dieu au monde, c’est-à-dire comme la Raison médiatrice, contempla-

(1) Cf. Fouizzée : Phil. de Platon, t. III, p. 56. (2) Cf. PLATON, ép. 1x

(3) C’est en croyant que Platon a toujours parlé de son Logos, ce qui, join d’infirmer sa théorie de la participation rationnelle, la parachève et l’illustre d’un éclat nouveau. Cf. Apoz. : 422 ; — Criton, 54 : allusion à l’auréole divine des Lois (512-°, 2bid.) — le Gorgias (507€ et 512€) — le Banquet (2022, 204), où il établit, de ce point de vue, une distinction entre le « sage » et « les amants de la sagesse ». — Il l’adore dans le Phédon (62e et 4, 674, 694, 804, 954, 1064). — Le Démiurge est l’ami de l’homme, dans le mesure où celui-ci aime le Bien (ibid. : 62 ?-4), Et lorsque l’âme individuelle, parvenue à la royauté philosophique, est délivrée de son corps, elle est admise au bonheur de l'éternité, en compagnie de ce « Dieu bon et sage ». Ibid. : 804, rapà rbv dyaBdv xx ppovmov @edv. » — C’est le Démiurge qui est l'auteur et le gouverneur de l'Univers. {Répub. lib. II, VI, VI, 580%, — Cf. le Sophiste, in fin. ((®eoù Snuoupyobvros,) — 26504, 266? — Cf. le Politique : Crapa TOÙ Omurovoyoÿ », 2708, «toD yevvioavroc, » 269°, « ToÙ mavrôç d uèv xu6epvfrns », 2722 .— L’Ame du Monde, qui obéit au vos, n’est « Dieu » que dans la mesure où elle communie à l'intelligence Gent" Yuxh. Ë -voüv uÈy nposhaboban del Oetov de0Gis eds oÙcx 800% : kal evdatuova matdaymyer mévræ. « (Lois, x, 8972). —— Cf. Lois, x, 899? — 904% — Cf, Philèbe, 28° et 304,

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