CHAPITRE PREMIER
ARTICLE PREMIER. — La Foi.
Le développement de l’Organisme trinitaire qui, chez Augustin, sommeille encore dans l’idée de cette similitude, se fera aux accents suaves du rythme de la vitalité divine dans l’âme de Monique. Il est indispensable, en effet, pour peu que l’on veuille se rendre un compte exact de la mentalité augustinienne d'écouter avant tout les premières vibrations, le prélude de la foi, dans le fait de la participation du fils aux croyances maternelles. « Vous avez vu, Seigneur, écrit, à ce sujet, l’auteur des Confessions, lorsque j'étais encore enfant, un jour qu’une oppression de poitrine m'étouffait tout à coup, et que je me trouvais presque à la mort, vous avez vu, mon Dieu, puisque vous étiez déjà mon protecteur, avec quel élan de l’âme et avec quelle Foi j’ai sollicité de la piété de ma mère, et de votre Église, notre Mère à tous, le baptême de votre Christ, mon Dieu et mon Seigneur. » Conf., 1. I, c. 11, n° 17.
S’il ne le reçut que plus tard, du moins, dès l’origine — en dépit de la double séduction que les passions de Carthage et le
Manichéisme de Fauste devaient lui apporter ultérieurement —
à partir du signe trinitaire de la Croix et du symbolisme du sel, dont fut marqué à Tagaste de Numidie, le catéchuménat du jeune Aurélius, trois Personnes dans l’unité de Dieu vont
désormais scander es sublimes moments de sa croyance. Aussi.
bien, ce qui, dès l’année 384, distinguait de l’arianisme l’Église catholique, c’est qu’il fallait croire, de façon explicite, en un seul Dieu, substance unique, Père, Fils et Saint-Esprit. Le symbole des Apôtres, d’une antiquité plus haute que le 1ve siècle (1), professait, à cet égard, une Foi identique (2).
(1) Dans le Panégyrique de saint Grégoire le Thaumaturge attribué (Poncezer, Recherches de Sc. rel., 1910, est très réservé à ce sujet) à saint Grégoire de Nysse {De vita S. Gregor. thaumat ; MIGNE, xLvI, Col. 910). celui-ci raconte que le jeune évêque de Néocésarée du Pont, « ne voulut pas aborder la prédication avant que la vérité ne lui eût été révélée par quelque apparition. Il y en avait, en effet, qui falsifiaient l’enseignement pieux par des argumentations spécieuses, rendant la vérité douteuse, même aux hommes avisés.
Or, pendant la nuit qu’il veillait dans ces saintes pensées, un vénérable vieillard lui apparut revêtu des ornements sacerdotaux. Tout dans ses traits, son port et son costume, respire la sainteté et la grâce. Effrayé, Grègoire se lève et lui demande qui il est et pourquoi il vient. Le vieillard apaise son trouble par une douce voix ; il lui annonce qu’il vient, par l’ordre de Dieu, l’éclairer dans ses difficultés et lui découvrir la vérité de la Foi. Grégoire prend courage à ces paroles et regarde avec une joie mêlée de stupéfaction. L’apparition étend la main, et, du doigt, l’invite à tourner le regard de côté. Alors Grégoire aperçoit une autre apparition en costume de femme et d’un aspect au-dessus de tout ce qui est humain. De nouveau, l’effroi le saisit, il courbe son front sur lui-même et n’ose fixer une lumière trop forte pour ses yeux. Car le merveilleux de cette vision était que, dans cette nuit profonde, la lumière accompagnait les apparitions comme si une lampe eût été allumée. Il ne pouvait fixer le regard sur tant d'éclat, mais il écouta les deux apparitions converser ensemble sur les questions théologiques, qui le préoccupaient. C’est ainsi que, non seulement il apprit la doctrine de la Foi, mais qu’il connut les personnages de la vision par les noms qu'ils se donnaient l’un à l’autre. En effet, on raconte qu ’il entendit la Femme inviter l'Évangéliste saint Jean à manifester au jeune évêque le mystère de la vraie Foi; et, à son tour, celui-ci répondit qu’il le ferait volontiers pour être agréable à la Mère du Seigneur, et suivant son propre désir. Alors il prononça un discours sobre et mesuré, et l’apparition disparut. Aussitôt Grégoire confia à l’'Écriture cette doctrine céleste, et c’est d’après elle qu’il prêcha ensuite dans son Église. Il l’a laissée à ses successeurs comme un héritage venu de Dieu, et le peuple de cette église, jusqu’à maintenant enseigné suivant cette doctrine, est toujours demeuré pur de
(2) Cf. Encuir. Denzing, n° 6.