‹ La notion philosophique de la Trinité chez Saint AugustinChapitre 17 sur 36 · ER · texte numérisé non relu

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Æ cube < * __ De son côté, l’un des signataires du Concile nicéen, Caeci-

- lianus, évêque de Carthage, ne définissait-il pas, en 325, la con- substantialité du Père et du Fils (1), et, un demi-siècle plus tard, la lettre de Damase, celle des trois Personnes (2) ? Vers le même temps, saint Épiphane ne citait-il pas, dans son Anchorat (3), le symbole de Constantinople ? Au surplus, ce qui

distinguait alors l’Église des

diverses philosophies, c’est qu’il

était indispensable de croire en Jésus-Christ, Fils de Dieu, incarné pour le salut des hommes. Les Acta Martyrum en font

toute malice hérétique. Or, voici quelles sont les paroles de ce Symbole :

Eîs @edc, Ilarho Adyou Züvros, Zoptis bpecroons, xat Auvauctws,

xat Xapaxripos didiou Téhstoc resto yevvnrwp, Ilatho Yo movoyevobs.

Eric Küptoc, pL0vos êx UOvOU, Osdc 24 Osoù. Xapaxtho xal Eixov tûs Oeérntes, Aoyos évsoyos. Xopla TS TOY JÂWY GUITATENG TEPLEXTIXN, xai Aüvauts Tic Ghns xricemc rounrixn * Yids aGAndtvos &Andivod Iluzpos + dopatos dGopérou, xat &pBactos dpféprou, xai dfdvaros &favarou. xæ &idtos &idtou.

Kat & Iletuax &yrov, èx Oeod Tnv Üraphw Eyov, xat dk YioÙ mepnvos - eixov Toù Yio Tehetou tehcia: Zwn Zuvrüv aœitia - rnyh dyla: Gytorns, Gytos où Xopnyés.

’Ev pavepobrat Oeos à Iarño, Ô êrt ravtuwy xat Ev näot xal O:6s 6 Y'ios. 6 dit TAvTwv.

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(A) Ibid, n° 54.

(2) Zbid., 16° anath. n° 74.

Un seul Dieu, Père du Logos vivant, de la Sagesse subsistante, de la Puissance, de l’Empreinte éternelle, qui a engendré parfaitement un Fils parfait.

Un seul Seigneur, unique de l’unique, Dieu de Dieu, empreinte et image de la Divinité, Logos actif, Sagesse qui maintient l’ensemble de l’univers, et puissance qui à fait la création universelle, Fils véritable du Père véritable, invisible de l’invisible, et incorruptible de l’incorruptible, et immortel de l’immortel, et éternel de l’éternel.

Et un seul Esprit-Saint,ayant de Dieu l’existence et ayant apparu par le Fils, image du Fils, parfait de parfait, vie principe des vivants, sainteté qui confère la sanctification, en qui se manifeste Dieu le Père, qui est au-dessus de tous et en tous, et Dieu le Fils, qui est répandu en tous.

Trinité parfaite, qui n’est ni divisée, ni aliénée dans la gloire, l’éternité et le règne. I1 n’y a donc dans la Trinité rien de créé, rien d’esclave, rien d’introduit du dehors comme n’ayant pas d’abord existé et étant ensuite arrivé (à l’existence), car, ni le Fils n’a jamais manqué au Père, ni au Fils l'Esprit, mais la même Trinité est toujours restée sans transformation ni changement.

(Trad. J. Lebreton : cours inédit.)

-(3) En 374 (Cf. Micxe, t. xuin, col. 231.)

foi (1). On y spécifie, en particulier, que saint Achatius exposa devant ses juges la Divinité du Christ.

Aussi bien, à une époque où la polémique trinitaire avait soulevé tant d’agitation, Augustin n’avait pas été sans apprendre, à l’école de Monique ou au pied de la chaire d’Ambroise, les vérités primordiales du christianisme. Peut-être même, à Milan, avait-il pris part aux discussions relatives à la Trinité et au conflit engagé à ce propos entre les catholiques et ceux qui étaient du parti d’Arius. Il croyait alors, il est vrai, à sa propre orthodoxie, en pensant comme Photin, quand il s'agissait de comprendre le rapport des deux natures dans la Personne du Christ. Mais l’arianisme ne s’attaquait pas, à proprement parler, au dogme de l’Incarnation. En ce qui concerne la Trinité, Augustin demeurait d'accord avec le catholicisme (2).

Plus clairement encore apparaît l’argument de Foi dans le Commentaire de l'Évangile selon saint Luc (3), probablement entendu par l’illustre néophyte aux prédications d’Ambroise. Les passages relatifs au Mystère d’un Dieu en trois Personnes, dans cette simple exposition, qui, en réalité, relève moins de l’Ontologie que de la Protreptique, continuent de viser la même hérésie. Or, la raison n'y intervient que pour montrer, dans le sens des textes, « le visage » et « les délices » de l'Écriture.

L’évêque de Milan était, d’ailleurs, coutumier de cette méthode. En voici un exemple, et des plus suggestifs. « Considérons maintenant, disait Ambroise, à propos du baptême de Jésus, le Mystère de la Trinité. Nous affirmons qu'il n’y a qu'un Dieu, mais nous confessons que le Père est Dieu et que le Fils est Dieu. En effet, alors qu’il était écrit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul », le Fils a dit qu'il n’était point seul : « Mais je ne suis point seul, car le Père est avec moi. » Et, maintenant encore, il n’est point seul. Le Père atteste sa propre présence, Le Saint-Esprit est aussi présent, car il ne peut y avoir de séparation dans la Trinité. » On le voit, c’est l'affirmation plutôt que la preuve de la croyance

(1) Cf. éd. von Gebhardt, p. 118.

a Cf. Ch. Boyer : Christ. et néoplat. dans la form. de saint Augustin, p. 107,

(3) Lib. II, n° 92,

Il n’en allait guère autrement pour Augustin à cette période de sa vie. Et si le célèbre rhéteur de Milan ne chantait pas avec le peuple les hymnes où l’évêque avait su condenser à dessein cette doctrine catholique de la Trinité, que rappelait si bien, au terme du De Vita beata, la prière de Monique, du moins l’auteur des Confessions avouera plus tard qu’à les entendre, son cœur se fondait : « Comme j'ai pleuré, mon Dieu, à tes hymnes et à tes cantiques ! Comme j'étais exalté par les douces voix de ton Église ! Elles pénétraient dans mes oreilles, et la vérité se répandait dans mon âme. »

Déjà, vingt ans auparavant, l’ancien rhéteur de Rome, Victorinus, par les traductions duquel Augustin allait être initié aux écrits des Platoniciens, avait composé trois hymnes trinitaires. Une tradition relative au Te Deum — d'authenticité douteuse, il est vrai, puisqu’au témoignage de Dom Morin (1), l’auteur en serait plutôt un certain Nicétas de Rémésiana, évêque du ve siècle — veut même que cette hymne trinitaire ait été composée et chantée alternativement le jour de Pâques de l’année 387, par le baptiste et le baptisé, Ambroise et Augustin. Ce n’est là, sans doute, qu’une légende : on peut y croire. : Du moins a-t-elle le mérite de traduire l’allégresse de l’Église recevant dans sa Foi trinitaire celui qui allait devenir,en ce sens, l’un de ses plus illustres docteurs.

L’initiation chrétienne s’achevait ainsi, pour Augustin, dans Peurythmie d’une communion de Foi. Et c'était là, dans le rythme correspondant de l'âme augustinienne, — pour employer le langage de la philosophie nouvelle, si exhaustif, en l’espèce, — une véritable « participation de deux composantes contraires », l’une, théologique, l’autre, psychologique. Celle-ci, à son tour, par le chant des doxologies, revenait vers la première, « après s’en être détachée ». Telle est la phase initiale de la Dialectique augustinienne. On l’a justement et profondément observé, « elle se résume dans cette formule : la connaissance est suspendue tout entière à une attitude de la volonté : Crede ut intelligas: Cette attitude est la foi, c’est-à-dire la définition même de cet, acte de rebroussement, qui marque la conversion de l’esprit. La dialectique du Christianisme pose, à son origme, la notion de mystère, c’est-à-dire la notion d’un effort ontologique, qui

(A) Cf. Rev. bénéd., 1894, pp. 49-77.

est antérieur à l'effort de l'intelligence, parce qu’il implique le consentement préalable de l’activité. Saint Augustin a eu surtout le sens d’un tel mystère ; il n’a pas cru encore que « l'habitude de la vertu », bien qu’elle puisse donner à notre intelligence un commencement de clarté dans les mystères de la foi, pût arriver à nous en fournir une explication complète. Elle rend naturellement la croyance, mais elle ne l’intellectualise pas (1).» Et c’est pourquoi, la surnature étant, elle aussi, une donnée, antérieurement à tout essai d'explication rationnelle de l’ontogénèse du Rythme trinitaire, l’auteur du Traité, qui s’y réfère, commence par un acte de foi au Dogme, c’est-à-dire par la volonté de croire au « Principe » même de sa croyance.

ARTICLE II. — Le Principe inengendré.

Après avoir défini, en effet, les deux acceptions de ce mot, selon qu’il s’agit du Père ou du Fils, saint Augustin aborde immédiatement, à ce propos, la question de l” « Origine (2) » du Verbe. Au premier sens, observe-t-il, Celui-ci n’a point commencé d’être ; au second, Il existe dans le Principe étiologique ou Cause subsistante, qui est Dieu, et que caractérise l'innascibilité. Avec saint Hilaire et saint Jérôme qui, déjà, avaient traduit ce concept dans le retentissant et amphibologique « éyevréros » de l’arianisme (3), le puissant polémiste

(1) Cf. E. LasBAX, op. cit., p. 59.

(2) « Le mot « «ox », que l’on traduirait littéralement par : «Origine», peut être pris, comme ce dernier mot, dans deux sens différents. Ou bien il signifie une origine de temps, ou bien une source d’influence, un Principe. Dans leur interprétation du texte : « {n Principio erat Verbum », les Pères adoptèrent l’un et l’autre sens. Par le premier, ils démontraient que le Verbe n’a pas commencé d’être, puisqu'il était à l’origine. Par le second, ils démontraient sa Divinité, puisqu'il est dans l’origine, c’est-à-dire dans le Principe, qui est Dieu.-De là le nom de « Principe » attribué au Père par les Docteurs, et pour mieux montrer qu’ils entendaient ce mot dans le sens d’un Principe réel et positif, ils lui joignaient ou lui substituaient le mot « œirioç», c’est-à-dire cause subsistante. » (Cf. de RÉGNoON, Etudes sur la Sainte-Trinité, p. 162, 3€ série.)

€ (3) Dans son traité de la Trinité (liv. V, ch. 1), Petau fait remarquer que « de tous les noms qui ont été mis en usage par les théologiens, pour expliquer la première personne de la Trinité, il n’en est pas qui ait été d’un usage plus courant, parmi les Grecs, ou qui ait-suscité parmi eux des

LE RUNQUE 57

se la Trinité entreprend, lui aussi, de combattre l'erreur sur son propre terrain (1).

« Tout ce qui se dit et s’entend de Dieu, objectait l’hérésie, ne se dit et ne s'entend point selon l'accident, mais selon la | substance. Par conséquent, être non engendré, pour le Père, s’entend de sa substance. et être engendré, pour le Fils, s’entend également de sa substance. Or, être non engendré et être engendré sont deux choses différentes : il s’ensuit que la substance du Père est différente de celle du Fils. » L’argumentation arienne ne tendait directement, il est vrai, qu’à établir l'inégalité des deux premières Personnes, mais, à la considérer de plus près, elle exclut, par surcroît, l’innascibilité elle-même ; car si le Fils est identique au Père quant à la substance, il faut aussi admettre, comme conséqunce, que le Père n’est pas inengendré. C’est, donc, répond victorieusement l’auteur du Traité de la Trinité que ce concept, exclusif de l’idée d’essence, implique uniquement la relation. De même que naître, dit-il, à ce sujet, s'oppose à ne pas naître, ainsi engendré, à inengendré. En ce dernier terme, il s'agirait, dès lors, d’une simple négation d’origine

querelles plus vives, que le mot « &yévyntos », qu’on traduit par « inengendré » ou « innascible », ou « non-né », ou « non-fait ». Il ajoute qu’il n’en est pas dont les hérétiques aient plus volontiers fait usage, ou dont ils aient davantage fait le propre, non pas seulement de la première Personne, mais même de la Nature et de l’Essence divine ; au point qu'ils mettaient en lui la raison et le caractère vrai de la Divinité. Si quelqu’un manquait de ce caractère ou de cette note, il n’était plus, pour eux, qu’un Dieu au sens diminué, et simplement participé du mot Dieu, excluant la vraie nature divine. Tel fut le sentiment des plus mauvais parmi les Ariens, comme les Aétiens et les Eunomiens.... Ils étaient disciples d’Eunomius et d’Aétius, qui avaient enseigné à Antioche et à Alexandrie, vers le milieu du rve siècle. Les Pères grecs eurent avec eux des disputes sans fin, au sujet du mot qui nous occupe, comme en témoignent les écrits de saint Basile, de saint Grégoire de Nysse, de saint Cyrille, de saint Athanase, et, - notamment, de saint Épiphane, qui nous a conservé, dans son livre des Hérésies (hér. 76), quarante-sept arguments ou sop:ismes, par lesquels ces hérétiques voulaient abuser du mot « inengendré », en le dénaturant. La principale cause des sopl ismes ariens était dans la ressemblance des deux mots grecs « gyévnros » et « dyevpros. ». (Cf. Th. Pècues : Comm. de la Som. théol. de saint Thomas : Traité de la Trinité, p. 270.)

(1) dyevfrov = aséité. dyeuvÂtov ingenitum (saint Jean Damasc., le fide orth., 1. I, c. 8.)

personnelle et de génération passive, qui pourrait se formuler ainsi : Le Principe n’est point Fils (1).

Mais ce n’est là, apparemment, qu’une conclusion d’ordre statique, en parfaite conformité, d’ailleurs, avec les méthodes péripatéticiennes, pour lesquelles la notion de repos prime l’idée de mouvement, ce qui, toutefois, de la part de saint Augustin, ne manque pas de surprendre, au premier abord. Le dynamisme coutumier de sa pensée n’irait-il pas plutôt à donner à celui-ci la priorité sur celui-là, attendu que l’immobilité ne saurait, en Dieu, qui est essentiellement Vie, constituer un point de départ ? Ce n’est pas, en effet, dans l’immutabilité actuelle que réside la perfection absolue : cee-ci consiste avant tout dans l’Activisme expansif d’un Amour extatique, c’est-à-dire de cette Primauté sympathique et sociable (2), qui, d’un éternel Amour, profère éternellement le « Toi » infini et unique de la Filiation avant de prononcer dans un éternel aujourd’hui le « Moi » infini et générateur « Filius meus es Tu : Eco hodie genui te. » Ps. IT, 7. C’est pourquoi la perfection d’une vie ne pouvant tendre qu’au rayonnement, le Principe, en ce sens, est sans Principe, parce qu’il est le Premier.

Le Fils, lui aussi, est Principe, mais il n’est point sans Principe, parce qu’il n’est pas le Premier. C’est que l’innascibilité en Dieu n’est pas un Attribut de la première Hypostase ; elle n’est qu’un terme notionnel insuffisant à définir le Père (3). En réalité, ce n’est pas du point de vue de la Paternité qu’il convient de parler ici d’inengendré : de ce côté, le problème serait mal posé. La sémantique de ce vocable se réfère tout entière, en effet, au concept de « plénitude fontale ». Dès qu'il s’agit de l’eau, par exemple, — le réalisme substantiel

(1) « Ne disons pas « inengendré », bien que le génie du latin nous y autorise, mais à la place, disons « non engendré », qui a le même sens. Est-ce que par ce mot nous signifions autre chose que non-Fils? La particule négative ne fait donc point ici que ce qui se dit d’une manière relative, quand elle n’est point employée, se dise de la substance, quand elle est placée devant le mot « Fils »; la négation porte seulement sur ce qui était affirmé, avant qu’on l’employât,comme dans tous les autres prédicaments. » (De Trin., lib. V, c. vi, n° 9).

(2) © Cum (fides) neque unum Deum sit sic praedicatura quasi solum, neque quasi non unum sit confessura non solum. » (Saint Hilaire, lib. VII, $8.)

(3) Cf, PèGuEs : Comm. Som. théol. saint Thomas, pp. 282 et 283.

PTS à 4 é #2 1 S Mi. à LE PRINCIPE 59 de cet élément étant, d’ailleurs, partout identique, — seules,

des relations d’origine différencient du fleuve et du lac la source d’où ils procèdent, à laquelle, d'autre part, le « Courant » lui-même ne iaurait, en aucun cas, revenir. En défnitive, pour l’auteur du Traité de la Trinité, le Principe inengendré, pour peu que l’on prenne soin de ne pas le pousser « à bout », — car il n’y a pas d'extrémité en Dieu — et que l'on évite de le scruter «en amont », comme le ferait une philosophie du fixisme, l’Innascibilité est cette ineffable Coulée de Lumière, émanée de la Source transcendante, qui, après avoir éternellement commencé d’engendrer l'unique Rayon, s’irradie pour jamais dans l'Océan infini de quiétude béatifiante et d’éternel Amour.

« C’est ainsi que, tout au sommet des réalités divines, vous devrez concevoir l’Innascible, qui est l'Hypostase-Première par là même qu’elle est l’Innascible, et qui est l’'Hypostase-Principe par là même qu'elle est la Première. Vous concevrez donc du premier coup cette Hypostase en mouvement vers autrui, sans lui attribuer aucun instant logique de repos antérieur. Par là même qu’elle est la première Hypostase, elle court vers d’autres Hypostases pour les constituer. Par là même qu’elle est la plus haute des réalités absolues, elle est une relation subsistante. Par là même qu’elle est un mouvement substantiel, il n’y a pas

* à distinguer en elle entre une subsistance absolue correspondant

à un repos initial et une subsistance relative correspondant à sa tendance (1). » Autrement dit, la Première Personne tend vers la Seconde : elle est l’Élément à la fois inchoatif, incommunicable et improcessible, que parachève la filiation.

On le voit, les deux concepts d’innascibilité et de paternité, en Dieu, n’étant pas synonymes, peuvent et doivent être dissociés (2). « Dire inengendré n’est point pour cela dire Père, observe, à ce propos, le grand Docteur, car, s’il n’avait point engendré un Fils, rien n’aurait empêché qu'il ne fût lui-même inengendré, et que si quelqu'un engendre un fils, il ne s’ensuit pas qu’il soit lui-même inengendré. » Au surplus, s’il faut en

(1) Cf. de RécNox : Études de Théol. posit. sur la Sainte-Trinité, 2° série, p. 498.

(2) « Sicut Filius ad Patrem et non Filius ad non Patrem referiur, tta genitus ad genitorem, et non genitus ad non genttorem referatur necesse est. »

(De Trin. lib. V, c. 7, n° 8, in fin.)

juger par le parallélisme de deux textes augustiniens, au livre quatrième du Traité de la Trinité, la raison pour laquelle « le Père ne procède d’aucun autre, c’est que, sans Principe, considéré en lui-même, comme Dieu, et d’une façon absolue, il est aussi, par rapport aux Personnes, qui s’originent de lui, « le Principe de toute la divinité (1) ». Selon la judicieuse remarque de Pègues (2), saint Augustin, dans Je double passage précité, « nous montre comment le mot Principe ainsi entendu n’appartient qu’au Père », puisque, si la première Personne est aussi l'origne du Saint-Esprit, elle ne l’est qu’en communion avec le Fils. Mais alors, relativement à la deuxième Personne ellemême, engendrée et non créée, elle devient en même temps Principe générateur. « Le Fils unique, Celui qui est dans le sein du Père, Celui-là en a parlé. » (Jou., 1, v. 18.)

ARTICLE III. — L’Intelligence.

La caractéristique du second aspect de l’ascension d’Augustin sera précisément, pour celui-ci, de s’attacher à vivre de la contemplation du Fils pour « l’intellectualisation » de sa croyance. De même que Chrysippe s’était appliqué à donner de l’activisme premier de l’Être « une représentation compréhensive », ainsi Augustin consacrera tout l'effort de sa pensée à se rendre intelligible à lui-même le Mystère de la Trinité, bref, à traduire sa foi en termes de raison. Le Cénobite de Cassiciacum, à l’aide des « livres des Platoniciens », ne s’y était-il pas déjà quelque peu efforcé ? « Le plein rassasiement des âmes, dit-il, en effet, dans le « De Beata vita» (3), la vie heureuse consiste à connaître . pieusement et clairement Celui qui nous amène à la Vérité, la Vérité dont nous jouissons et la manière dont elle nous unit à la suprême Mesure. Ces trois choses ne forment, pour qui sait comprendre, qu’un seul Dieu et qu’une seule substance. »

Et lorsque, dans le « De Ordine » (4), Trygetius, le disciple imprudent, risque une distinction entre la Divinité du Père et celle du Fils, Augustin vient clore le débat, en

(1)-Cf. de Trin., 1. V, $$ 28 et 29, (2) Op. cit., p. 252.

(3) CG. 1v, n0 35.

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spécifiant, au moins par son attitude avec Licentius, que Dieu, qui agit. dans l’ordre, ne saurait être agi par l’ordre. Au livre deuxième, sa pensée se précise de plus en plus. N’y montre-t-il pas la relation intime qui existe entre sa croyance et sa raison, quand il écrit : « La philosophie véritable, et, pour ainsi dire,

authentique, n’a pas d’autre objet que d'enseigner la nature

du « Principe » de toutes choses, sans Principe lui-même, la grandeur de « l’Intelligence », qui demeure en lui, et ce qui, de là, a découlé sans déperdition pour notre salut : c’est le Dieu unique, tout puissant, « tri-puissant », le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qu’enseignent les vénérables Mystères, dont la foi sincère et inébranlable libère les peuples (1). »

Un peu plus tard, la dix-huitième des « Quatre-vingt-trois questions diverses » est plus nette encore à ce sujet. « Si toute créature existe de quelque façon, écrit saint Augustin, si elle diffère extrêmement de ce qui n’est absolument rien, si elle est harmonieuse dans ses parties, il faut aussi que sa cause soit trine et lui donne d’être, d’être telle, et d’être accordée avec elle-même... Il faut donc que la Trinité soit telle que la plus parfaite raison ne puisse trouver rien de plus grand, de plus fumineux, de plus heureux. » C’est qu’en définitive, pour lui, la réplique nécessaire du Credo ut intelligam était « l’Intelligo

ut credam ». L’on sait ce mot décisif du De Trinitate (2) : « Fides

(1) Cf. De Ordine, lib. II, c. 5, n° 16.

(2) L. VII, ec. 4, n° 7. — Telle est l’origine du mot de saint Anselme : « Fides quaerens intellectum. » Dans son Histoire de la philosophie européenne (4° édit., p. 168), Weber a écrit : « Chronologiquement, la foi précède l'intelligence : pour comprendre une chose, il faut préalablement l’admettre, credo ut intelligam. » Cf. De Ordine, P. L.,t. XXXII, col. 1007, lib. II, c. 1x, n° 26. — De Trin. : P. L., t. XLII, col. 952, lib. VIII, c. 5, n° 8. — In Joh. evang., P. L., t. XX XV, col. 1609, tr. XL, n° 9. — Mais il ne s’agit, en l’espèce, que « de l’intelligence intime des vérités révélées. Quant à la préparation à la foi, nul n’a marqué avec plus de netteté et de mesure qu’Augustin, le rôle de la raison qui précède et accompagne l’adhésion de l’esprit. » VAcANT, Duct. théol., col. 2338. — Cf. De Praedestin. sanct., P. L., t. XVIV, col. 962-963, c. II, n° 5 : « Nullus quippe credit aliquid, nisi prius cogitaverit esse credendum. » Cf. De vera relig. : P. L., t. XXIV, col. 141, c. 24, n° 45 : « Auctoritas fidem flagitat et rationi praeparat hominem… Ratio. considerat cut sit credendum », col. 142, ©. xxv, n° 46. — P.L,, XXXIII, col. 453, c. 1, n° 8. « 1 igitur rationabule est ut ad magna quaedam, quae capi non possunt, fides praecedat rationem, procul dubio quantulacumque ratio quae hoc persuadet, etiam ipsa antecedit fidem. »

quaerit, intellectus invenit. » La Lettre CXX à Consentius est, sous ce rapport, des plus explicites : « Nous ne pourrions point croire, observe-t-elle, si nous n’avions des raisons de croire. » C’est là cette philosophie «très vraie » que caractérise l’auteur du « Contra Academicos » (1), et qui se présentait comme une conciliation de Platon et d’Aristote.

Toutefois, attendu que Platon était « ressuscité en Plotin », Augustin, — malgré les multiples controverses auxquelles cette déclaration a donné lieu depuis, — s’aidera surtout, du moins dans les débuts, de l’éclectisme plotinien et des catégories alexandrines pour s'expliquer à lui-même sa foi trinitaire. On le verra, au surplus, la méthode de cette dialectique rationnelle sera constamment régie et conditionnée, elle aussi, par la loi de la participation ternaire à la Vérité en soi, à la Vérité dans les êtres, à la Vérité connue.

ARTICLE IV. — La Sagesse (2).

Cest cette Vérité-Sagesse qui, sans doute, était apparue à saint Augustin, au cours de ses méditations sur les Livres Sapientiaux, sous les traits d’une Personne divine. Tandis que le

(1) « La philosophie enseigne — et elle l’enseigne avec vérité — qu’il ne faut absolument pas estimer, mais qu’il faut entièrement mépriser tout ce qui peut être vu par des yeux mortels, tout ce qui peut être atteint . par quelque sens. Elle promet de découvrir Dieu, très vrai, et très caché, et déjà, par degrés, elle le fait entrevoir, comme à travers une nuée transparente. » Cont. Acad., t. XX XII, col. 907, lib. I, ce. 1. — Cf. Epist., 2, 8, 4. L’âme voit le monde intelligible « ir quadam luce sui generis incorporea ». De Trin., P.L.,t: XLII, col. 1041. — Lib. XII, c. 15, n° 24. — Cf. Retract., P.L., t. XXXII, col. 594. — Lib. I, c. 8, n° 2. — Cf. André Marin, S. Augustini philosophia, 11, 176.277. « Nous voyons la vérité immuable » et « nous la voyons à la lumière divine ». — Cf. Cont. Acad., t. XXXII, col. 956, lib. III, c. 19, n° 42 : « Non enim est ista hujus mundi philosophia, sed alterius intelligibilis. »

(2) « Je vous en prie, que faut-il, selon vous, penser de la Sagesse en ellemême ? Croyez-vous qu’il y ait pour chaque homme une sagesse particulière ? Ou bien, n’est-ce pas qu’une Sagesse unique se tient, sans distinction, à la disposition de tous, et que, dans la mesure où chacun y participe, il est d’autant plus sage ? » Or, voici l'explication d’Augustin à Evodius : cette Sagesse « est la Vérité dans laquelle on aperçoit et on saisit le Souverain Bien ». (Cf. De lib. arbit., c. 1x, n°5 25 et 26). Et «si vous me demandez

Verbe plotinien oscillait entre l’abstraction d’un Principe et une hypostase infiniment inférieure à l’hyperintellection de V'Un, qui, lui-même ressemblait fort au non-être, à force d’être supérieur à l’Être, la Sagesse prenait, aux yeux d’Augustin, figure de Vie. Si la forme en est encore indécise aux livres de Job et de Baruch, ainsi que dans les ouvrages de Philon, elle commence à se préciser aux chapitres VIII et IX des Proverbes, où la Sagesse est présentée, tantôt dans ses rapports avec Dieu, tantôt dans ses relations avec les hommes. Voici que s'ouvrent ses lèvres « pour enseigner le Bien ». « C’est au sommet des hauteurs, sur la route, à la croisée des chemins qu’elle se place ; près des portes, à l’entrée des villes; là où passe la foule, elle fait entendre sa voix : Hommes, c’est vous que j'appelle, je m'adresse aux enfants des hommes. Simples, apprenez la prudence ; insensés, apprenez le bon sens. Écoutez, car j’ai à dire des choses magnifiques. » (Prov., vint, 2-6)... Je suis « le Livre des commandements de Dieu et la Loï qui subsiste à jamais. » (Barucx, IV, 1.) — Et le Bien qu’elle promet est celui-là même que Dieu départit, et, tout d’abord, la vie. « Celui qui me trouve a trouvé la vie, dit-elle, il obtient la faveur de Ilahvé. » Puis, nous voyons celle dont on n’avait pas entendu parler dans le pays de Chanaan et qui n'avait pas été aperçue dans Théman, se bâtir une maison et se tailler sept colonnes, avant d’immoler ses victimes, de mêler son vin et de dresser sa table. Déjà n’a-t-elle pas «envoyé ses servantes pour appeler dans les hauts quartiers de la ville » ? Sa personnalité est nettement accusée, son invitation, formelle et des plus pressantes. « Que celui qui est sans instruction entre donc ici! »

où l’âme trouve la sagesse, je vous répondrai : en elle-même, » (Zbid., ©. xIV, n° 31.) — Avec l'intelligence de la sagesse, tous ceux qui écoutent Dieu purement {t. 1, 795 ; Conf., lib. X, c. xxvi, n° 37) en éprouvent aussi le sentiment : « L’harmonie du ccrps humain ne se trouve pas toute dans la statue, mais, à quelque degré qu’elle s’y trouve, elle va de la Sagesse divine aux mains de l’artiste, » Quaest. Lxxxrrr, t. 1v, Col. 90. — Bien plus : « La Sagesse agit elle-même par les artistes, afin qu’ils produisent des œuvres belles et harmonieuses. » (Zbid.) — Enfin, chez les âmes privilégiées, le sentiment s’élève jusqu’à la hauteur de l'inspiration créatrice : « Les belles conceptions, qui, de l’âme, vont aux mains de l'artiste, ont pour origine la Beauté, qui est au-dessus de toutes les âmes. » « Pulchra trajecta per animas in manus artificiosas, ab illa pulchritudine. veniunt, quae super animas est, Cui Suspirai anima mea die ac nocte. » Conf., t. I, col. 801, lib. X, c. 3%, n° 53.

Saint Augustin va même beaucoup plus loin, en maint endroit

de ses ouvrages, où il applique « au Fils unique », au « Christ-

Sauveur », le passage suivant : « Iahvé m'a formée au commencement de ses voies, avant ses œuvres, jadis. Avant les siècles j'ai été établie dès le commencement, avant l’origine de la terre. Il n’y avait point d’abîmes quand je suis née, point de sources chargées d’eaux. Avant que les montagnes fussent formées, avant les collines, je suis née, lorsqu'il n’avait encore fait ni la terre, ni les champs, ni les premiers grains de la poussière du globe. Lorsqu'il établit les cieux, j'étais là ; lorsqu'il traça un cercle à la surface de l’abime, lorsqu'il amassa les nuages là-haut, et qu’il régla les sources de l’abîme ; lorsqu'il fixa une limite à la mer, pour que les eaux ne transgressent pas son ordre ; lorsqu'il affermit les fondements de la terre, j'étais auprès de lui comme une enfant ; j'étais chaque jour ses délices, jouant sans cesse en sa présence, jouant sur le globe de la terre, et trouvant mes délices parmi les enfants des hommes (1). Non seulement Dieu a « formé » la Sagesse, mais Il l’a « engendrée ». (Prov., vint, v. 25.) Que ce mot dut être expressif au regard pénétrant d’Augustin et quelles perspectives ouvrit alors à son esprit le mystère entrevu de la Vie divine !

Ce n’est point non plus dans le sens d’une simple prosopopée

. qu'il interprète le discours que fait prononcer Jésus de Sirach,

dans l’Assemblée des Saints (2), à Celle qui est « sortie de la bouche du Très-Haut ». (Ecczr., xx1v, 5.) Manifestement nous touchons ici au terme de l’hypostase. Et dans le livre de la Sagesse de Salomon, ce suggestif commentaire des Proverbes et de lEcclésiaste, le grand exégète professe la même doctrine, avec plus de netteté encore, et plus d’ampleur, quand il nous montre dans la Sagesse « la splendeur de la Lumière éternelle, le Miroir sans tache de l’Activité de Dieu, et l'Image de sa Bonté» (3).

(1) Cf. Serm. cxxvur, 11. — De Trin. lib., 1, c. x11, n° 24. — Append. de Incarn. Verbi, lib. I, c. vur. — De Gen. ad litt., lib. V, c. 19, n° 38. — Epist. 11, Qu. v, n° 29. — Enarr. in psalm. xxx11, n° 10 ; in ps. CXXXVII, n° 5. — Collat. cum Maxim., n° 16. — Solil., ch. xxxvn.

(2) Tract. in Joh., x1X, n° 5. — De civit. Dec, lib. XIII, c. 24, n° 5. — DeMfrin.; Ib. IV, c! 20, n° 21 ën fin. — Enarr. in ps. LxI, n° 8. — De Trin., lib. 1, c. 6, n° 9 et lib. XV, c. 2, n°2.

(3) GE. Epist. cLxx Maxim. n° 4. — Serm. cxvinr, n° 2. — De Trin 1. 1v, c. 20, n° 28,

RAT A re HET A L'ue RL N LP SYE: *

se LE PRINCIPE 65

Loin d’être la Thora du judaïsme palestinien, qu'Ambroise, nous l'avons vu, avait représentée à Augustin, comme habitant le temple de Sion, la Sagesse apparaît ici clairement à l’auteur du Traité de la Trinité, sous les traits mêmes de l’Ange de Iahvé,

c’est-à-dire de cette Gloire des antiques théophanies, dont lui parlait l’Exode, et que Moïse n'avait pu voir que par derrière, en se cachant dans le creux du « Rocher ». « Ce n’est point sans quelque raison de convenance, dit, en effet, saint Augustin, que ce passage s'entend ordinairement de la Personne de Jésus. »

Ce qu’il appelle le « posteriora ejus » ne serait donc pas autre chose, pour lui, « que le Corps même du Christ, dans lequel Il est né de la Vierge » (1).

La plupart de ces expressions scripturaires furent, d’ailleurs, reprises plus tard par l’auteur de l'Épitre aux Hébreux, où une brillante interprétation augustinienne nous montre par surcroît que la Théologie du Verbe fut mise alors en pleine lumière (2). La comparaison de ces deux séries de textes conduisit progressivement Augustin, et comme pas à pas, — nous en jugerons bientôt, — à voir dans la Sagesse le Verbe fait chair de la fin du prologue johannique.

ARTICLE V. — Le Verbe incarné (3).

La détermination de l’Intelligence plotinienne, sous la pression du rationalisme grec, n’était, en effet, aux yeux d’Augustin, qu'une adaptation insuffisante à son nouveau courant

(1) Cf. De Trin., lib. II, c. xvir.

(2) Cf. Collat. cum Maxim., n° 4, et cont. Maxim. lib. IT, c. 26, n° 10. — Append. de Incarn. Verbi, lib. I, c. 10. — Enarr. in ps. LxxI, n° 8; — Serm. c. cxLvI, append. 4° série. — Enchir. ad Laurent., ©. xL1x. — De fide ad Petr., c. xv1, reg. 13, n° 59. — De cognit. verae vitae, ©. x.— Hypomn., , lib. III, c. 14.

(3) Nous avons relevé dans l’œuvre augustinienne cent quarante-trois témoignages relatifs à cet avènement divin. Nous donnons ici les références d’après l’édition bénédictine Vivès, 1869-1873, avec l'indication des tomes et les renvois aux pages correspondantes : t. II, pp. 87, 219; — t. IV, p.149; —t. V, pp. 191, 192, 197, 198, 244, 549, 624; —t. VII, p. 291 ; — t. VIII, pp. 179, 192, 470 ; —t. IX, pp. 10, 240, 383, 430 ; — t. X, pp. 135, 194, 452, 564 ; — t. XI, 38, 310, 730, 819 ; — t. XII, pp. 73, 146, 355, 463, 610 ; — t. XIII, pp. 176, 205, 292, 349, 432, 666, 678, 681 ; — t. XIV, pp. 38, 252, 300, 322, 569, 571, 622, 673 ; — t. XV, pp. 26, 148, 164 ; —

= PAROLES CANNES à re É | j ra "A ; } à ‘e Ÿ ÿ x M MPandlE D Fr:

de pensée. Une seconde « réfraction de l’infinitisme à travers, le prisme de l'intelligence» devait s’opérer en lui selon le coefficient don « son indice personnel », et qui n’était autre qu’une

t. XVI, pp. 88, 123, 307, 367, 570; — t. XVII, pp. 234, 267, 316, 436, 599, 600 : — t. XVIII, pp. 46, 48, 51, 59, 134, 145, 166, 221, 224, 327, 397, 521 ;: — t. XIX, pp. 69, 124, 131, 300, 353, 366; — t. XX, pp. 130, 179, 292, 411 ; — t. XXI, pp. 21, 87, 92, 107, 228, 312, 381, 382, 454 ; — t. XXII, pp. 248, 355, 385, 402 ; —t. XXIII, p. 155 ; —t. XXIV, pp. 61, 497, 3703; —t. XXV, p. 472: —t. XXVI, pp. 82, 102, 194, 425, 428, 585, 588, 603 ; —t. XXVII, pp. 9, 17, 25, 43, 122, 204 ; —t. X XVIII, pp. 106, 229, 281, 283, 286, 287, 326, 328-328, 465, 468, 499, 523, 525, 553, 554, 598, 658, 697 ; —t. XXIX, p. 11: —t. XXX, pp. 83, 138, 231, 531, 552 ; — +. XXXI, p. 541; — t. XXXII, pp. 35, 301.

C’est cet avènement divin du Fils de l’homme et du Fils de Dieu qu’au témoignage de saint Augustin (De Ciou. Dei, lib. XVIII, ch. xxu1, n° 1) prédit la Sibylle d’Erythrée, — d’autres disent de Cumes (haec autem Sibylla, sive Erythraea, sive, ut quidam magis credunt, Cumea) — dans la sentence suivante : « Inoous Xpetorès Oecu Vos Ewrho ». On le voit, au surplus, les initiales de chaque mot de cette prophétie forment le terme « y », « Nom mystique de Jésus-Christ, qui, dans les abîmes de notre mortalité, comme aux profondeurs de la mer, est demeuré vivant. »… « Piscis, in quo nomine mystice intelligitur Christus, eo quod in hujus mortalitatis abysso, velut in aquarum profundidate, vivus. » (Ibid.)

Quant aux lettres de la prophétie précitée, elles sont les premières de chacun des vers grecs du recueil sibyllin, que le proconsul Flaccianus, « homme remarquable par la facilité de son éloquence et l’étendue de son savoir », avait, « dans un entretien sur le Christ », présenté lui-même à l’auteur de la Cité de Dieu. (Ibid.).

« Or, continue saint Augustin, ces vers... suivant un autre interprète, qui les a mis en vers latins réguliers (au nombre de vingt-sept, cube de trois !) contiennent cette prédiction : « Voici les signes du jugement : la terre sera glacée de terreur. Le roi des siècles va descendre du ciel, et c’est « dans sa chair » qu’il sera présent pour juger l'Univers. Alors l’incrédule et le fidèle « verront Dieu » dans sa gloire avec ses saints, et ce sera la fin du monde, Les âmes paraîtront au jugement revêtues aussi de leur chair, tandis que la terre demeurera inculte et comme ensevelie sous les ronces. Les hommes rejetteront loin d’eux leurs trésors et leurs prétendus biens. Le feu dévorera la terre, et se répandant sur la mer et jusqu’au ciel, il brisera les portes du noir Averne, Une pure lumière enveloppera le corps des saints, et les coupables seront la proie de flammes éternelles. Les actes les plus cachés seront découverts ; chacun dévoilera les secrets de son cœur et « Dieu » ouvrira les consciences à la lumière. Alors, il y aura des pleurs et des grincements de dents. Le soleil aura perdu sa lumière, et le chœur des astres sera éteint. Le ciel sera renversé, et. la lune verra s’évanouir son éclat. Les collines tomberont, et les vallées s’élèveront de leurs profondeurs, Rien dans les choses ne paraîtra ni majestueux, ni sublime. Déjà

Ra AU LE PRINCIPE 67

grâce d’humilité. Sans doute, il existait une philosophie de lIntelligible, mais la raison ne suffisait pas à la persuader, et

c’est pourquoi Dieu la donnait aux âmes par l'autorité, les

préceptes et les actes du Verbe incarné.

les montagnes et les mers d’azur sont au niveau des plaines. Tout cessera ; la terre sera brisée pour disparaître. Le feu dévorera également les fontaines et les fleuves. Alors, du haut des cieux, retentira le son lugubre de la trompette ; ses gémissements rediront les crimes et les divers supplices des malheureux. La terre s’entr’ouvrant laissera voir l’affreux chaos du Tartare. Ici, tous les rois, sans en excepter un seul, paraîtront devant « le Seigneur »; les cieux verseront des torrents de feu et de soufre, »

Voici, d’ailleurs, le texte, avec, en acrostiche, les lettres de l’oracle demeuré fameux :

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