‹ La notion philosophique de la Trinité chez Saint AugustinChapitre 24 sur 36 · ANA A AU · texte numérisé non relu

ANA A AU

Il l’a créé. Et puis, pourquoi la création dans un temps plutôt que dans un autre ?

Plotin croyait avoir « résolu » ces difficultés en considérant PAme sous deux aspects différents, ainsi qu'il l’avait fait pour lIntelligence. « Par sa partie la plus divine et la plus haute, observe, en effet, à ce propos, l’auteur des Ænnéades, l'Ame touche au Monde intelligible… Mais, malgré cette dignité, l'Ame n’est que l’image de l’Intelligence.. Elle est la vie qui s’en échappe pour former une autre hypostase ; de même qu’il y a dans le feu la chaleur latente, qui constitue son essence, et la chaleur qui en rayonne à l’extérieur, cependant l’Ame ne sort pas tout entière du sein de l’Intelligence ; elle y demeure en partie, mais elle forme une essence distincte d'elle. » (Enn., v, 1, n° 3.)

Or, cette partie supérieure de l’Ame, mais inférieure à l’intuition de l’Intelligence, n’est autre que la raison discursive ; et celle-ci suppose la succession. Dans ce cas, « s’il est vrai que l'éternité est une vie en repos, toujours identique à elle-même, et, par suite, infinie, le temps est l’image de l'éternité. La vie, qui existe là-haut, a pour homonyme la vie, cette Puissance, que constitue l’Ame... A la place d’un infini intensif, c’est un infini par succession, et qui n’a plus de terme (1). » Dans ces conditions, l’idée de création proprement dite n’avait plus à intervenir. On l’a justement observé, « par cela même que l’'Essence de Dieu passait à l’existence, son éternité était amenée à se dérouler dans le temps » (2).

Au système de Plotin, l’auteur de la Genèse contre les Manichéens oppose sa magnifique théorie de l'Esprit ; ce qui le conduit à admettre en ces termes, avec l’étendue et le mouvement la « création » du temps : « Bien que nous pensions qu’au commencement du temps, Dieu a fait le Ciel et la terre, nous devons néanmoins entendre qu'avant le début du temps, il n’y avait pas de temps. Dieu, en effet, a produit aussi tous les temps ; et ainsi, avant qu'il fit le temps, il n’y avait point de temps. Nous ne pouvons donc pas dire qu'il y ait eu un certain temps où Dieu ne faisait encore rien. Car, comment y avait-il un temps, que Dieu n'avait pas fait, puisqu'il est lui-même le fabricateur de tous les temps ? Et si le temps a commencé d’être

(1) Cf. Enn., III, lib. VII, n° 11.

(2) Cf. E. LasBax : La Hiérarchie dans l'Univers, chez Spinoza, p. 47.

avec le ciel et la terre, on ne peut trouver un temps où Dieu n’avait pas encore fait le ciel et la terre... Les temps ne sont pas éternels, comme Dieu est éternel. »

« Qui ne le voit, conclut l’auteur de la Cité de Dieu, il n’y aurait pas de temps, s’il n’y avait quelques créatures, dont les mouvements successifs, qui ne peuvent exister simultanément, fissent des intervalles plus courts ou plus longs, ce qui constitue le temps. Or, avant le monde, il ne pouvait y avoir aucun temps passé, puisqu'il n’y avait aucune créature, dont les mouvements pussent mesurer le temps. Le monde a donc été créé avec le temps, puisque le mouvement a été créé avec le monde. » (Cf. DenCieeDelib. x rc: vr.) (D):

(1) Telle est la thèse augustinienne de la création ex nihilo, à la fois distincte de Dieu et expressive de la liberté divine. Toutefois, l’auteur de la Cité de Dieu « ne suppose point... que l’acte instantané du Créateur ait produit l’Univers organisé, tel que nous le voyons aujourd’hui. Mais il distingue entre la création proprement dite et la formation ou développement du monde : cette seconde œuvre due, au moins en très grande part, aux forces déposées dans le sein de la Nature par le Créateur, a été graduelle, progressive, parcourant diverses phases, dont le récit mosaïque peut donner une idée approximative. (Conf., 1. XII, c. 8, n° 8. — De Gen. ad litt., 1. VI, 1. IX.) D’après lui, à l’origine, Dieu créa les éléments du monde à l’état de masse confuse et « nébuleuse » (nebulosa species apparet : lib. I, c. xt, n° 27, De Gen. ad lit.) Ces éléments, selon les données aristotéliciennes, il les appelle matière et forme, ou plutôt matière informée. Parfois, il est vrai, il semble affirmer que Dieu produisit d’abord la matière invisible, sans forme et sans êtres individuels. (Cf. De Gen., cont. Man., 1. I, ©. v. — De Gen. ad litt., lib. imp. n° 10. — Conf., 1.XII, c. virr, n° 8 :.… «fecisti mundum de materia informi, quam fecisti de nulla re pene nullam rem.») Mais il explique sa pensée dans le De Gen. ad litt., 1. I, ©. xv, n° 29 : la matière n’a pu être créée avant toute forme, puisqu'elle ne saurait exister avant toute détermination; elle a donc eu, sans préexistence, simple antériorité d’origine : « {materia) præcedens formationem suam, non tempore, sed origine. » Cf. Zbid., lib. V, c. v, n° 13. — (Vacant, op. cit., col. 2350 et 2351.)

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