‹ La notion philosophique de la Trinité chez Saint AugustinChapitre 27 sur 36 · LL · texte numérisé non relu

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du es est déjà tout entière dans saint Augustin (1). En particulier, l'union de l’âme et du corps, en notre personne humaine (2), lui sert d’analogie pour éclairer l'union hypostatique du Verbe et de l'humanité dans la Personne divine du Christ (3). Aussi bien, de même que pour les vingtsix premiers articles du symbole de saint Athanase, relatifs

a la Trinité, une similitude frappante apparaît, entre les

douze derniers du Quicunque et la pensée augustinienne (4). Bref, Jésus-Christ, c’est l'Homme-Dieu. Quant aux difficultés relatives au minor Paire, de l’article 31, ainsi qu’au Pater major me est de l'Évangile, et au texte du jugement, saint Augustin les explique aisément par les deux natures d’une Hypostase unique.

Jésus-Christ, tel est donc, pour l’auteur du De Trinitate, le Dieu en une seule Personne, Celui qui, en se manifestant au monde, était venu lui révéler un Dieu en trois Personnes. C’est de cette Vérité substantielle qu’en définitive

- Augustin l’apprend. Jésus, en effet, « converse avec Dieu,

comme un Fils converse avec son Père ; Il est en son Père comme son Père est en Lui. Il est envoyé par son Père;

Il apporte au monde l'Évangile du Père; Il vient du Père;

Il est sorti du Père. » Celui qui Le voit, disait-il à Philippe, dans le discours après la Cène, voit aussi son Père (5).

Il confère la primauté à l’apôtre Pierre, parce qu’'Il aime

que celui-ci l'appelle « le Christ, le Fils du Dieu vivant » (6). En présence du sanhédrin, qui le condamne pour s’être dit « le Fils de Dieu », Il continue de revendiquer ce titre, auquel Il donne, par surcroît, une valeur et une vitalité surhumaines (7).

(4) Cf. Enchir., xxxv ; — In Joh.tract., XXVI, & ; — Serm., C. LxxxVI,1; — Epist., CXL, C. 1v, n° 12.

(2) Cf. Némésius : de la nature de l’homme, c. nt, p. 71, trad. Thibault.

(3) Cf. Epist., cxxx VII, C. 11, N° 11. — Zn Joh. tract., x1x, 15.

(4) Cf. art. 28 et Enchur., xxxv , — art. 31 et Epist., cxxxvu, C. Im,

% n° 12 : — art. 33 et 34, et Serm., cLxxX VI, 1 ; — art. 35 et In Joh., xxx, 5.

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(5) Cf. De Trin., lib. IV, c. x1x, n° 26.

(6) Cf. De Civit. Dei, lib. VIII, c. xxx, n° 3, — De Trin., lib. IT, c xvu, n° 28.

(7) Cf. Collat. cum Maxim., n° 4 ; — Quæst. in Evang., MaTTs., lib. I, qu. 38.

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Sans doute, Il recommande à ses disciples d'appeler Dieu leur Père, mais Il distingue.entre « leur Père » et « Son Père ». « Dieu le Père, observe, à ce propos, l’auteur des Traités sur l'Evangile de saint Jean, n’est pas notre Père au même titre qu'il est le Père de Jésus-Christ, car Celui-ci ne nous a point unis si étroitement avec Lui qu'il n’y eût entre Lui et nous aucune distinction. Il est le Fils égal au Père, IL est de toute éternité comme le Père, Il est coéternel au Père ; pour nous, au contraire, nous avons été faits par le Fils, et adoptés par l’Intermédiaire du Fils unique. Aussi, on n'a jamais entendu sortir des lèvres de Jésus, dans les discours qu'il adressait à ses disciples, cette expression : « Notre Père», mais toujours Il dit, ou « mon Père », ou « votre Père » (1): Le Christ, enfin, exhorte ses disciples à devenir les Fils de Dieu ; toutefois, il n’identifie jamais leur filiation à la sienne. Seul, « Il est le Fils », Celui qui « révèle les secrets du Père » (2).

Voilà pourquoi Jésus est, aux yeux d’Augustin, éminemment qualifié pour annoncer au monde que la Paternité ineffable et la Filiation divine doivent s’entendre dans les deux acceptions de l’unité d’Essence et de la distinction des Personnes. Selon la fine remarque de l’auteur du Traité de la Trinité, le Seigneur ne dit point : « Mon Père et Moi, c’est un, comme le prétendent les Sabelliens, mais : « Mon Père et Moi, « Nous » ne faisons qu’Un (3). »

Et, non seulement le Christ est l’unique et parfait Révélateur du Père, mais, seul encore, continue saint Augustin, il

(1) G£. Zn Joh. tract., xx1, n° 3. — Cf. DaLman : Die Worte Jesu, pp.156-

(2) Cf. L. De GRANDMaAISON, art. Jésus-Christ dans le Dict. apol. de la Foi catholique, 11, 1351 : « Ce titre le rend dépositaire de tous les secrets paternels, maître de toute la puissance du Père ; il en fait l’initiateur indispensable au mystère de la vie divine, l’exemple et le consolateur de tous ceux qui se veulent mettre à son école. Nulle misère humaine qu’il ne puisse secourir, nulle blessure pour laquelle il n’ait un baume, nulle lassitude qu’il ne puisse conforter. Quel il est dans son fonds, ce Fils bien-aimé, le Père le sait bien, et lui seul : il ne faut rien de moins que le perçant du regard divin pour apprécier cette richesse — tout comme le regard de ce Fils est Le seul qui puisse scruter et comprendre l’être immense de son Père. »

(3) Cf. De Trin., lib. V, c. III, n° 4 et c. 1x, n° 10.

manifeste le Saint-Esprit. Comme le fait judicieusement observer,

à ce sujet, un penseur contemporain, si « conformément à enseignement du Seigneur, les chrétiens croient à un Esprit divin, personnellement distinct du Père et du Fils, ils n’en ont pu saisir et retenir avec assurance la Personnalité qu'en la mesurant, pour ainsi dire, d’après l’analogie de cette autre Personne divine, qui leur était apparue dans le Christ » (1).

N'est-ce pas à la promesse de l'Esprit qu’au dernier jour de la Fête des Tabernacles, le Christ fait allusion en ces termes ? « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à Moi, et qu’il boive ; celui qui croit en Moi, ainsi que dit l’Écriture, des fleuves d’ « Eau vive » sortiront de son sein. » « Si tu savais le « Don » de Dieu ! » avait-il dit, dans le même sens, à la Samaritaine. Oui, répond saint Augustin, à la suite de saint Jean, «Il disait cela de l'Esprit,

que devaient recevoir ceux qui croyaient en Lui, car PEsprit n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié (2). »

Ce n’est pas à dire, toutefois, observe, à propos de ce dernier texte, l’auteur des traités sur le quatrième Évangile, que l'Esprit de Dieu n’était point. « Il est aisé de le comprendre, lEsprit de Dieu, qui était en Dieu, existait alors, explique-t-il, mais il n’était pas encore dans ceux qui avaient cru en Jésus (3). » Mais il faut en venir à l’impressionnant discours après la Cène, pour faire plus ample connaissance avec la Personne de l'Esprit Saint. Augustin reproduit, d’ailleurs, textuellement, à ce sujet, le passage de PÉvangile johannique (4). C’est pourquoi, nous le citons d’après l’auteur : « Si vous m’aimez, observez mes commandements, et Moi, je prierai mon Père, et Il vous donnera un autre Paraclet, l'Esprit de Vérité, pour qu’il soit à jamais avec vous, cet Esprit, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne Le voit point, et qu’il ne Le connaît point. Mais vous, vous Le voyez et vous Le connaissez, parce qu’Il « demeure »

(1) Cf. LEBRETON, op. cit., Introd., p. xxttI. (2) Cf. De Trin., lib. XV, c. x1x, n° 33.

(8) Cf. Zn Joh. tract., xXxII, 6.

(4) Cf. De Trin. et Unit. Dei, ©. 1v.

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en vous, et qu’'Il est avec vous (1). » (Jox., XIV, 45-17.)

Or, quel est cet « autre Paraclet », cet « Avocat» CA TEIA TE masculin, ’Exeivos, en dépit du nom neutre « rù mveèye » qui le précède, — pour la Mission duquel, confirme Jésus, « il

vous est utile que je m’en aille », sinon une Personne réelle et vivante ? C’est aussi la conclusion de saint Augustin (2). Si, maintenant, l’on rapproche, non seulement des charismes pauliniens, déjà fort suggestifs, en l’espèce, mais encore de la « Création nouvelle » dans la Personnalité de l'Esprit, la pénétrante théologie johannique de l’Esprit-Saint, nous sommes effectivement en présence de la divinité de la Troisième Personne. Et c’est cet Esprit septénaire, dont parle saint Augustin (3), qui, révélé par le Christ, achève, dans l’ineffable splendeur du Cycle transcendantal, l'Unité vivante de la Trinité éternelle.

(1) « I1 « demeurera » en vous. » (Jom., xIv, 17.) « map” Ouiv pevet ». — Cf. Joux., D 32, sur l’Esprit- Bas au Baptème de Jésus : « (ro Iveüp.o)

« épervey » ér” aüréy VAN Eg” v àäv ln To Iedpa xaTabaivoy za « dévoy » Êt” aÙTOv, oùtéc Éortv 6 Barcltu êy [eipare &yiw. — » HOLTZMANN, N: T. Theol., 1, p. 32, voit ici, — à tort, semble-t-il — un fait

« isolé » dans l'emploi de « uévw, », quand il écrit : « Neu ist dabei das mehrfach hervorgehobene « Bleiben » des Geistes (1, 32-33.) Denn nicht mehr um momentane und stossweise Einwirkungen des Geistes

nach jüd. und gemeinchristl. Vorstellung handelt es sich, sondern um fort-

dauernde, zusammenhängende, unbegrenzte Geistesbegabung. » — Après avoir examiné la suite du texte du Discours des Adieux, où Jésus promet à ses apôtres de ne pas les laisser orphelins et de venir vers eux, le même auteur conclut, en ces termes, à l’incompatibilité de deux séries : « Daher die Abschiedsreden das Verhältniss des Geïistes zum verklarten Christus bald unter dem Gesichtspunkt des Auseinandertretens Beider (der Gesit soll den scheidenden Herra ersetzen), bald unter demjenigen der Identität behandeln (das Kommen des Geistes fliesst mit dem Wierderkommen Jesu selbst zu einer einzigen Vorstellung zusammen. ») — Il faut reconnaître, observe, à ce propos, J. LEBRETON/{op. cit., p. 491)... que le Christ, en prédisant ici sa venue, ne veut pas parler de ses apparitions glorieuses, ni de sa parousie au dernier jour ; ce qu’il promet à ses disciples, c’est sa présence en eux, présence vivifiante, que le monde ne connaîtra pas. Il faut ajouter que cette grâce ne se distingue pas de celle qui leur a été

promise plus haut : en recevant l'Esprit, les disciples recevront aussi le :

Fils. S’ensuit-il que l’Esprit soit identique au Fils ? Non, sans doute, pas plus que le Fils ne l’est au Père. Cependant, la venue du Père est pareillement liée à la venue du Fils. » (Jox., x1v, 23.)

(2) Cf. De Trin., lib. I, c. vit, n° 18. — Epist. Aug. Fortunat., 148, CPE: CN 16:

(3) Cf. In Joh. tract., cxxII, S.

FR ARTICLE III. — Analogies.

Parvenus à ce terme ultime, comme si nous l’avions enfin trouvé, mais, en réalité, cherchant encore, sur les sommets radieux de la vision de Dieu dans la Vérité du Christ, à revoir,

comme en de mystérieux lointains, les diverses étapes parcou-

rues, nous pénétrerons plus aisément peut-être le sens précis et profond de la théorie augustinienne de la connaissance. Alors, à l'exemple de l'Apôtre, pour qui « les perfections invisibles de

Dieu, son éternelle puissance et sa Divinité, sont, depuis la

Création du monde, rendues visibles à l’intelligence par le

moyen de ses œuvres, c’est à travers les choses créées qu’Au-

gustin, lui aussi, cherche l’Invisible. Et, peut-être, parce qu’il estime qu’il serait aussi vain que prétentieux de vouloir procéder autrement, il se résigne à ne plus voir Dieu, ici-bas, que dans « l’énigme » et le « miroir » (1). C’est la vision dans l'image. s

Telle est la théorie augustinienne de la « gradation intégrante », que L. de Mondadon formule ainsi : « Le plus contient toutes les perfections du moins. C’est le point vital, et c’est le seul moyen d'éviter le paralogisme qu’il y aurait à brusquement induire de l’aperception du vrai conceptuel l’existence d’un absolu personnel. Au reste, le passage de l’un à l’autre se fait par l’intermédiaire de la causahité, à laquelle on nous renvoie, quand on parle de. Lumière intelligible et de Maître intérieur, ou, plus clairement, quand on nomme la « Vérité » « Vie et Ame » de l’âme raisonnable » (2).

Or, issue du ternaire (3), cette loi « des degrés » devient, ici, septénaire, et se traduit en autant de concepts vitaux que le septénaire lui-même, tels que les nombres ou idées des corps et

du souvenir, puis, de réaction et d’action, enfin, les nombres

sensibles et rationnels. Et c’est en vertu de cette loi qu'Augustin franchit les diverses étapes de son ascension harmonieuse, jusqu’à

ces nombres éternels et divins, dont la Vérité du Christ, » Degré

(1) Cf. De Trin., lib. XV, c. vrrr, n° 14. — C. xx, n° 39. — C. XXIV,

À n° 44. — c, xvir, n° 50.

(2) Cf. L. ne Monpanow, Rech. de sc. relig., n° 2, mars-avril 1913, p. 155. — Cf. De Div. Quæst., LXXXIIT, QU. 54.

(3) Cf. Azcenpy : Le Symbolisme des Nombres, pp. 171 et 178.

suprême », est à la fois la Sagesse, le Nombre et la Mesure {17: C’est en Lui que, dans le silence absolu d’une contemplation souveraine, l'âme augustinienne entend distinctement l’ineffable symphonie des mondes (2).

Et, dès lors, saint Augustin n’a plus à le prouver, il le constate seulement, les trois Personnes divines ne font pas plus trois dieux que la Sagesse, le Nombre et la Mesure ne font trois Christ (3) ; pas plus que l’unité, la beauté et l’ordre ne font trois êtres ; pas plus que l’objet perçu, le sujet qui l’aperçoit et l'acte même de la vision ne font trois hommes ; pas plus que l'être, l'intelligence et la vie, ou l'esprit, la connaissance et l’amour ne font trois âmes (4).

Manifestement, il plaît à saint Augustin de voir dans l’âme la plus belle image de la Trinité. « Par le moyen de l’image que nous sommes, dit-il, en effet, nous avons essayé de voir, en quelque manière, Celui par qui nous avons été faits (5).» Notons, en passant, qu'il s’agit toujours du Christ dans ce mode de connaître, tandis que la Lettre à Consentius (6) considère surtout le Rythme ternaire de l’image. Sous ce rapport, le traité de la Trinité est encore plus explicite : « Considérées en elles-mêmes,

et dans le fond de l’être, remarque, en effet, l’auteur, la mémoire,

l'intelligence, la volonté sont âme, vie et substance ; ce sont leurs relations qui les déterminent et les distinguent. Portez en Dieu la distinction et l’unité jusqu’à l’infinie perfection,

(1) Cf. De quant. animae, ©. xxxin en“entier : théorie des sept degrés - de l’âme. — Cf. Enn., I, lib. IT, n° 4 en particulier : théorie des vertus purificatrices et, des vertus intellectuelles.

(2) Cf. De Musica, lib. VI, ce. 11 à 1x. — Ibid, ©. x, n° 25 ; ©. xx, n°5 35

et 36; — Conf., Lib. IV, c. x11, n° 18 ; — JZbid., lib. X, ©. xvrr, n° 38. — Dialog. quæst. ad Oros, qu. 39 : « Numerus et Mensura et Pondus ipse Deus est. tanquam si diceret : omnia in se disposuit. » — De lib. arbit., lib. IT, c. xvr, n° 42 ; — De Beata vita, ©. 1V, n° 35 : « Veritate perfruaris, per quid connectaris Summo Modo. » — Cf. Enn., vi, lib. VI ; trad. BouILLET, t. II, p. 601 : Théorie des idées et des nombres. — Enn., 1v, lib. IV, n° 5; — lib. V de l’Enn. v.

(SCI Sern, VOLXXXN, D, 1:

(&) Cf. De Trin., lib. VI, c. x, n° 12; — lib. XI, ce. 11, 1, vtr. — De lib. arbit., Gb. II, c. 1, n° 7 ; — De Trin., lib. IX, c. xx, n° 3. — Cf. ÆEnn., iv, lib. VI, n°5 4 et 3. — Enn., vi, lib. VI, n° 3.

(5) Cf. De Trin., lib. XIV, c. vin, n° 14.

(6) CI "Pprsr., CLXIX, CT, 1016,

LA TRINITÉ 149 et vous verrez que trois peuvent être Dieu, sans qu'il y ait plus d’un seul Dieu (1). » — Vision imparfaite que celle-là ! Augustin en convient ; mais, « lorsque se produira la vision face à face, telle qu’elle nous est promise, ajoute-t-il, nous verrons la Trinité avec plus de clarté et avec plus de certitude que nous ne pouvons en voir maintenant cette image que nous sommes. » (Cf. De Trin., lib. XV, ch. xx, n° 44.)

(1) Cf. De Trin., lib. x, c. xr, n° 17. — Cf. Epist., Lix1x ad Evod., n° 6.

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