‹ La notion philosophique de la Trinité chez Saint AugustinChapitre 6 sur 36 · LE PERSONNALISME · texte numérisé non relu

LE PERSONNALISME

De la personnalité divine, saint Augustin dit qu’elle est « l'Être même » (1), à la condition, toutefois, d'entendre, dans

cette définition, le réalisme de la perfection absolue d’un Être

à la fois « tel » (2), et « présent ». Ainsi, observe-t-il, Dieu n’est pas obligé d’être sage, mais il est sage (3). En d’autres termes, substantiellement, Il est. Il échappe, dès lors, à la notion de limite, ce qui ne veut pas dire qu’il se perd dans l’indétermination. « N’attribuons pas un Mode à Dieu, explique, à ce

(1) Cf. De mor. Eccl., lib. I, c. 14.

(2) Dans son premier livre De Doctrina christiana (c. 22) saint Augustin dit, en ce sens, que « si nous sommes, c’est parce que Dieu est bon. » Le bien, est, en effet, objet de volonté. L’Être de Dieu, en conséquence, n’est autre que son vouloir. En particulier, sa bonté est la raison qui lui fait vouloir que nous soyons. Comme le soleil, Dieu répand sur nous les rayons de sa bonté, en*vertu de son Essence, sans motif ni élection, mais avec

sélection. Cf. Saint Denys l’Aréopagite : De divinis Nominibus, ch. 1v.

(3) Cf. SAINT AucusTIN. Epist. CLxII, n° 2, où l’Être « actuel FRANS le concept de perfection absolue réalisée,

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: k ( à / K À < ? CS A Vote #9-c tr sujet, l’auteur du « De Natura boni », (ch. xxn1), car, en l’occurrence, il semblerait qu’il s’agit d’un terme. Cependant, il n’est

pas indéterminé, lui qui donne à toutes choses leur mode propre,

afin que chacune d’elles ait un certain être. Ne disons pas non

plus qu’il a un mode, comme s’il avait eu à le recevoir d’un autre. Maïs, si nous spécifions qu’il est le Mode absolu, « Sum-

mum Modum », peut-être aurons-nous balbutié quelque chose. »

Tel est, en particulier, le Dieu de Moïse, avec lequel il ne faut pas oublier, pourtant, que celui-ci entre seulement en participation sans se confondre avec lui.

On le voit, ce n’est point dans ses Attributs infinis que le saisit directement la pensée augustinienne, mais uniquement dans les modes supérieurs de l’âme (1), quand l’humble et puissant effort d’une patiente recherche a suffisamment purifié celle-ci des souillures de l’inversion magique originelle. C'était, au surplus, — le grand psychologue le comprenait, — la condition indispensable pour parvenir à ce qu’on a si justement appelé le :« monopragmatisme », c’est-à-dire à la « source éternelle de l’Action, à l’Être unique, qui se définit, avant tout, par sa Causalité, qui est « Celui qui est » (2) et qui a produit le Monde (3)».

(1) Cf. E. LasBax : La Hiérarchie dans l’Univers chez Spinoza, p. 182.

(2) C’est à cet éternel « présent » de Celui qui se nomme : « Je suis » que fait allusion l’auteur des Soliloques (lib. I, c. 3), lorsqu'il écrit : « Æcce Jam potes. Deum habere.…. plane notiorem quia « præsentiorem ».… Toutefois, c’est là, pour saint Augustin, savoir seulement comment il ignore Dieu. « Scitur Deus melius nesciendo. » Cf, De Ord., lib. IT, ©. xvi. — « Cujus nulla scientia est in anima, nisi scire quomodo eum nesciat. » (Ibid., ©. 18). « Ce serait, en effet, parler indignement de Dieu, que de croire avoir trouvé des paroles dignes de Lui. » Cf. De die. quæst. ad Simplic., lib. I, qu. 2. Ce qui ne veut pas dire, pourtant, que, pour l’auteur du De Trinitate le Personnalisme divin va se perdre dans la nuit de l’agnosticisme. Via remotionis et eminentiæ, Dieu est, pour lui, le « Mode absolu » de cette « Présence » , que découvre la contemplation de la partie supérieure de lâme : « Concevons donc, dit-il, à ce propos, que Dieu est...‘ partout présent, sans être dans aucun lieu... Quiconque pense ainsi de Dieu, encore qu’il ne puisse de tout point découvrir ce qu’est Dieu, prend du moins, autant qu’il est possible, de pieuses précautions pour ne rien concevoir de Dieu qu’il ne soit pas. » Cf. De Trin., lib. V, c. 1. — Voici maintenant V’application de la méthode : « Qui êtes-vous, Ô mon Dieu | s’écrie saint Augustin, qui êtes-vous, je le demande, sinon le Seigneur Dieu ? Trés grand (sans quantité, cf. De Trin., ibid.), très bon (sans qualité, ibid.)

(3) Cf. E, LasBax, op, cit, p. 38.

Fr.

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We En ce sens, ce n’est donc ni à l'hénothéisme dynastique des Pharaons primitifs, ni même à ce polythéisme hiérarchisé

d'Hammourabi, du troisième millénaire, que se réfèrent la Cosmogonie de la Genèse, la législation du Pentateuque ou les prescriptions du Deutéronome. Celles-ci s’inspirent nettement et en droite ligne du monarchisme monothéiste des Sémites. Selon la judicieuse remarque d’un philosophe contemporain (1), « c’est parce que Dieu est posé comme le Générateur par excellence, et comme la Causalité première, qu’il ne saurait y avoir d'actes humains qui ne participent en premier lieu de cette causalité. Seul, en effet, Iahvé peut se dire à la fois Créateur, révélateur et monarque, parce que son gouvernement du monde et des intelligences n’est que la continuation de son œuvre eréatrice. Il ne se contente pas de s'élever au-dessus des autres dieux, 1l n’admet pas de dieux étrangers à côté de lui. Et cette parole ne signifie pas seulement que le Dieu d'Israël est le premier des dieux, mais qu’il est le seul Dieu, le Dieu unique, le Dieu de l'Univers. » — Telle est, d’ailleurs, la doctrine du judaïsme postexilien, où l’on a coutume de nommer Iahvé, non seulement le roi de toute la Création, mais encore le Dieu du ciel et de la terre, le Maître du Monde partout « présent » : « Où fuirai-je de devant ta Face, s’écrie le Roiïi-Prophète ? Si je monte au ciel, tu y es ; si je me couche au chéol, je t’y trouve ; si je prends les ailes de l’aurore et que j'aille habiter aux extrémités de l'Océan, c’est ta main, qui m'y conduit, c’est ta droite qui me soutient. » (Ps. cxxxix, 9, sqq.)

Comment ne pas reconnaître, par surcroît, la Providence du Roi des siècles (2) dans ce pressant appel à la miséricordieuse paternité de Dieu : « Et cependant, Iahvé, toi, tu es notre Père ; nous sommes l’argile, tu es le Potier ; nous sommes l’ouvrage de tes mains. O Iahvé, ne t’irrite pas à l’excès, ne te rappelle pas toujours l’iniquité : vois, regarde, nous sommes tous ton

très caché et partout présent... toujours actif et toujours en repos... soutenant, remplissant, conservant les créatures auxquelles vous donnez l’être, la nourriture, la maturité... Malheur donc à ceux qui se taisent, puisque ceux mêmes qui parlent ne peuvent passer que pour des muets. » Cf. Conf., lib. 1, ce. 4. — Cf. Enarr. in. Ps. cz, n° 41. — Cf. Ze morib. Eccl., lib. IE, €. 1, no 1. — Cf. Le Genesi ad lut. Liber imperfectus, ©. v, n° 1

(1) Cf. E. LasBax, Cité Humaine, t. I, p. 76. (2) Cf. Tos., vin, 1.

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