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peuple ! ({)» Pourquoi Éléazar ben Azaria n’a-t-il aucun désir de porter des vêtements de tissus mélangés, de manger des viandes prohibées, ou de contracter un mariage illicite ? C'est que son Père du ciel le lui a défendu (2). On trouve une idée analogue dans cet autre passage : « Sois hardi comme un léopard, prescrit Jehuda ben Tema, sois rapide comme un aigle, agile comme une gazelle et fort comme un lion, pour accomplir « la volonté » de ton « Père » dans le ciel (3). » C’est au Père, enfin, que s'adresse la prière du Cheminé-Esré. (Cf. DaLman, Die Worte Jesu, prière d’Aqiba, p. 156). — C’est précisément cette Paternité d'amour qu'Augustin, dont la foi, déjà, est identique à cette croyance invincible d'Israël, évoquera plus tard, dans les purs accents de ses Commentaires sur les Psaumes, où, seul, en face du Très Haut, il sentira si vivement sa chair et son cœur se consumer en les associant à une grande espérance. L’antique vision d’épouvante du Chéol même ne viendra plus la troubler. De toute son âme, devenue eurythmique, il chantera, lui aussi, avec le psalmiste :
« Qui ai-je dans le Ciel en comparaison de toi ? Et sans toi rien ne me plaît sur la terre.
Ma chair et mon cœur se consument.
Dieu est mon rocher et ma part pour toujours ; Car voici que ceux qui s’éloignent de toi périssent ; Tu détruis tous ceux qui forniquent loin de toi. Pour moi, mon bien est d’être près de Dieu.
J’ai placé mon refuge en mon Seigneur lahvé. »
(Trad. Lagrange.)
\ (1) Cf. Isaïe, Lxiv, 7 et sqq. — Cf. LAGRANGE : La Paternité de Dieu dans l’A, T., pp. 481 et sqq. — Cf. DazmaAn, Lie Worte Jesu, 1, pp. 150- 160, — Cf, Apranams, Studies in Pharisaism and the Gospels, 1, p. 139, sqq. — Cf. ABELSON, The Immanence of God, p. 286 ct sqq.. —
(2) Sifrâ, 934, trad. Lagrange : Le Messianisme, p. 152.
(3) Cf. ABorTu, édit. Strack, p. 46.
Zadok, dans Tama dibê Elija, s’exprime en ces termes : « Maître du monde, mon Père, qui es au ciel, tu as laissé détruire ta ville et brûler le temple, et tu restes tranquille et insoucieux. » Mais ce texte est d’une authenticité douteuse. Cf. BAcRER, lie Agada der Tannaüen, 12, p. 45. « D’autres fois, c’est Israël qui est représenté comme le fils de Dieu ; les textes sont ici plus nombreux, et l’accent en est souvent plus familier et plus tendre, » Cf. LEBRETON, Orig. du Dogme de la Trin., p. 132. Cf. Paraboles de R. Jehouda (Mekilta, sur Ex. : x1v, 19).
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É NE à PERSONNALISME | " AAA "a SAR SET NT er. 2 fois, chez Z saint Augustin, la personnalité du Dot ne 0 pas encore à cette idéale contemplation. qui, na , avait : montré un pan de sa robe au Législades Hébreux, lui apparaissait plutôt, dans une sorte de térialité anthropomorphique (1), comme un principe d’acti- Ne visme individualiste. De fait, le parti de Manès, auquel apparte- __ nait le rhéteur de Carthage, lorsqu'il écrivait le « De pulchro et apto », ne sympathisait pas avec l’idée de spiritualité divine. AO bien, il s’en explique ainsi dans ses Confessions : « Tourmenté, je détournais mes regards de la réalité incorporelle vers les lignes, les couleurs et les grandeurs affectées. Et je jugeais mon esprit invisible simplement parce que je ne. pouvais voir en lui rien de pareil. Aimant la vertu pour son harmonie, détestant le vice à cause de ses contradictions, je remarquais que là régnait l’unité et ici la division. C’est dans cette unité que je faisais consister l’âme rai onnable, l'essence de la vérité et du bien suprême. Au contraire, dans cette division de la vie irrationnelle, j’imaginais, malheureux que j'étais, je . ne sais quelle substance souverainement mauvaise, qui, non seulement subsistait, mais encore vivait sans venir de vous, Ô mon Dieu, auteur de toutes choses. J’appelais l’une monade, sorte d'intelligence asexuée, l’autre dyade, c’est-à-dire la colère dans les actes de violence, la débauche dans l’infamie, et je pe savais ce que je disais. Je m’efforçais de m'’élever jusqu’à - vous et vous me repoussiez loin de vous... car vous résistez aux superbes. N’était-ce pas le comble de l’orgueil que d'affirmer, avec une incroyable folie, que j'étais, par nature, ce qe vous êtes vous-même.
J'étais sujet au changement... et je préférais vous imaginer changeant que n’être pas semblable à vous... Je vous attribuais donc des formes corporelles. Et je demandais à vos enfants fidèles : « Pourquoi l’âme faite par Dieu se trompe-t-elle ? Mais je ne voulais pas qu’on me répondit : Pourquoi Dieu lui-même est-il dans l’erreur ? Je soutenais que votre substance immuable s’est nécessairement trompée, au lieu de reconnaitre que ma
(1) Cf. SainT ÉPiPHANE, Ado. haereses, t. 1, lib. III. — Cf. De Schismate Audianorum dans Mine, P. G. t. XLIIT, col. 341. — SocRATES, Hist. ecel., lib. VI, c. 7. — Mens, P. G.,t. Lxvur, Col.683.— TILLEMONT : Mo pour servir à l’Hist. ecclés., t. XI, p. 44i et sqq.
substance changeante s’est spontanément égarée, et que l’erreur constitue pour elle un châtiment (1). »
Serait-ce ce « génie du châtiment » (2) qui aurait conduit alors l’esprit d’Augustin du pur concept de la théocratie sémitique à l’éclectisme des castes védiques, adoratrices d’Agni, le dieu-soleil, au lumineux cortège des dévas, « dont l’arme puissante est l’éclair » ? Un curieux passage de La philosophie augustinienne de Nourrisson (3) autoriserait à le penser. On y lit, en effet : L'auteur de la Cité de Dieu « oppose Platon à ses récents disciples, et semble soupçonner que les Platoniciens et Porphyre ont été égarés par les influences de l'Orient... Comment méconnaiître que ces mêmes influences ont agi sur son propre esprit ?.. On ne saurait admettre davantage que sa manière de voir ne se soit trouvée plus ou moins modifiée. par ces calculateurs mystiques, qu’il suivit d’abord, pour les
(1) Saint Augustin, dans le De hæresibus, résume l’ontologie manichéchéenne en ses trois grands principes du dualisme, de la divinité des âmes et du matérialisme. « Zste (Manes) duo principia inter se diversa et adversa, eademque æterna et coæterna, hoc est semper fuisse, composuit : duasque ‘naturas atque substantias, boni scilicet et mali, sequens alios antiquos hæreticos, opinatus est. Quarum inter se pugnam et commixtionem, et bont a malo purgationem, et boni quod purgari non poterit cum malo in æternam damnationem, secundum sua dogmata asseverantes, multa fabulantur.….. Coguntur dicere animas bonas, quas censent ab animarum malarum naturae scilicet contrariæ commixtione liberandas, ejus cujus Deus est esse naturæ... Lucemque istam corpoream animantium mortalium oculis adjacentem, non solum in his navibus (sc. solis et lunæ), ubi eam purissimam credunt, verum etiam in altis quibusque lucidis rebus, ubi secundum ipsos tenetur admixta, crediturque purganda, Dei dicunt esse naturam. » Cf. De heres., t. XLII, c. 46, col. 34-35. — Isaac BEausoBRE (Hist. crit. de Manichée et du Manichéisme, t. 1, pp. 227 et 436) soutient que saint Augustin, en un certain sens, a ignoré le Manichéisme. Peut-être n’a-t-il pas lu ce démenti du Manichéen Fortunat. S’adressant, en effet, à l’ex-auditeur de la secte : « Tu as été au milieu de nous, dit-il, tu as vécu parmi les Manichéens. Aussi, ce sont bien les principes de notre foi que tu viens d’énoncer. » (Cf. Cont. Fortunat. disput. 1% dieï, n° 1). — Nous avons, du reste, à ce sujet, le témoignage d’Augustin lui-même. Parlant des Manichéens, « je tâcherai, écrivait-il, (De Morib. eccles. cath., lib. I, c. 1) de garder à leur endroit une juste mesure, et de ne point me laisser aller, en réfutant les pernicieuses erreurs d’hommes qui me sont très connus, « qui mihi sunt notissimi», aux mêmes violences où ils s’égarent eux-mêmes contre ce qu’ils ne connaissent pas; car, je désire plus leur salut, s’il est possible, que leur défaite, »
(2) Cf, Lois de Manou, vrr, 14-15.
(3) La philosophie de saint Augustin, pp. 134 et 135, t. III.