MARIS ET FEMMES
Tout homme de sens est forcé de convenir que ce mécontentement féminin a de graves motifs. Dès que Ton s'occupe de cette importante et nouvelle étude que j'appellerais volontiers l'anatomie comparée de la vie domestique, on rencontre sur le seuil le fait incontestable dont j'ai parlé, l'absence de progrès et d'amélioration dans la situation sociale de la femme. Il n'y a pas de condition humaine qui n'élève progressivement son niveau: le sujet en face du prince, le laïque devant le prêtre, l'enfant devant son père, le débiteur devant son créancier. Seule la femme mariée ne tire aucun avantage des progrès généraux de la civilisation ; la loi qui la protège jusqu'à un certain point avant qu'elle soit mariée, cesse de faire attention à elle après la cérémonie. La loi ferme les yeux sur ses souffrances et reste sourde à ses plaintes.
C'est l'homme et non la femme que la loi protège et sauvegarde en Amérique; comme citoyen, comme laïque, comme fils, comme serviteur, ^Européen et l'Américain ont mille fois plus de droits et de privilèges que l'Asiatique. Quel est le paysan ou Eayot de l'Hindoustan qui oserait dire à son maître ce que le premier ouvrier de Boston ou de Philadelphie vous dira : « — J'ai mon vote, je vaux autant que vous, et je ne veux pas travailler pour vous ! » Quel est le fellah égyptien qui osera dire : « Je n'obéirai pas ! » Cent coups de lanière le rappelleraient bientôt à la raison et à l'obéissance. Il y a donc une distance prodigieuse entre la condition virile des races occidentales et orientales. Oui. Mais la femme? elle a moins de droits, une liberté moins assurée dans le Massachussets, en Pensylvanie et à New-