CHAPITRE XV
Depuis le milieu du mois d'août, il se tient un congrès de spiritistes dans RhoderIsland, le moins considérable des États de l'Amérique. La conférence a lieu à Providence, qui est à la fois un port très-pittoresque et une ville d'un aspect assez singulier.
Les disciples sont arrivés en foule de l'est * et de l'ouest.
Quelques-uns d'entre eux sont les délégués d'une association ou d'une ville entière, et représentent des milliers d'individus qui n'ont pas voulu se déranger. Le plus grand nombre cependant affichent une indépendance absolue ; ils n% s'inclinent devant aucune autorité , ils n'acceptent d'autres opinions que celles qui leur sont propres. Dix-huit États ou territoires sont représentés sur la « plate-forme » spirite par des membres accrédités, dont plus de la moitié appartient au beau sexe. Une première assemblée des spiritistes des Etats-Unis, assez nombreuse pour mériter le nom de nationale, avait déjà eu lieu, il y a deux ans, dans la ville de Chicago, et une seconde s'est tenue l'année dernière à Philadelphie. Ces deux réunions, que les organisateurs ne regardaient que comme des ballons d'essai, avaient été convoquées un peu au hasard. Aucune considération morale n'avait présidé au choix du lieu de rendez-vous; on s'était borné à consulter les convenances des fidèles. Mais lorsqu'on eut voté à Chicago un troisième congrès, lorsque les citoyens de Philadelphie eurent fait un nouvel appel au public, les considérations morales prévalurent. Il fut décidé que la troisième Convention nationale des spiritistes se tiendrait à Providence, parce que cette cité, qui pratique la tolérance religieuse, passe aux yeux des États-Unis pour un repaire d'hérétiques et de réformateurs.
Les physionomies étranges et extatiques de ces représentants du spiritisme étaient bien faites pour surprendre un simple spectateur. Leurs yeux, à ce que l'on m'a dit, brillaient d'un éclat surnaturel, leur teint avait une pâleur cadavéreuse. Beaucoup d'entre eux pratiquaient l'imposition des mains. Presque tous les hommes avaient des cheveux qui retombaient sur leurs épaules, tandis que presque toutes les femmes portaient les leurs très-courts.
Les meetings se tenaient dans Broad-Street, où l'on avait loué pour l'occasion une salle immense qui suffisait à peine pour contenir la foule des niortels et des anges qui y affluaient. Oui, il paraît qu'il y avait là des anges aussi bien que des mortels. Tous ces délégués chevelus ont, comme sœur Antoinette, le privilège de voir les morts et de causer avec les esprits de
l'autre monde. Des anges montaient la garde à la porte d'entrée, des spectres se promenaient dans la salle. Nul ne songeait à mettre en doute la présence de ces êtres impalpables ; on croyait à leur concours sympathique, et on n'hésitait pas à leur demander conseil. L'orateur adressait ses discours nonseulement aux délégués en chair et en os dont il se trouvait entouré, mais aux messagers célestes qui assistaient à la séance.
L. K. Joslin, le chef d'un des centres spiritistes de la localité, félicita les délégués, en leur qualité d'hérétiques et d'incrédules, d'avoir trouvé un refuge dans cette cité hospitalière,
« Aujourd'hui, dit-il en s'adressant à son auditoire mortel, les spiritistes des Etats-Unis sont les hérétiques par excellence; c'est à ce titre que leurs frères de Providence leur souhaitent la bienvenue, car nous sommes persuadés que vous repoussez tous ces anciennes croyances qui ont fait à l'humanité plus de mal que de bien. »
Ces paroles figurent dans le compte-rendu officiel, ainsi que les phrases suivantes où le même orateur invoque la partie céleste de l'assemblée :
« Mais ce n'est pas à vous seuls, poursuivit-il d'un ton solennel, que nous demanderons des avis et des inspirations, nous chercherons ailleurs une harmonie plus divine. Cette réunion est plus nombreuse qu'elle ne le paraît. Les esprits ont répondu à notre appel. Les hommes du temps passé, les avant-coureurs qui ont contribué les premiers à dissiper les ténèbres, les êtres courageux qui ont bravé le martyre ici-bas afin de faire triompher la vérité, les sages des siècles les plus reculés et les maîtres bien-aimés d'un passé moins éloigné manifesteront l'intérêt qu'ils prennent à nos travaux ; ils honoreront notre réunion de leur présence; car jamais, sur ce continent, assemblée plus nombreuse n'a reconnu leur puissance. »
De bruyants applaudissements saluèrent cette façon de recevoir les envoyés célestes, qui auraient sans doute préféré un accueil plus calme et plus révérencieux.
John Pierpont, de Washington, prédicateur célèbre et ancien élève de l'Université d'Yale, la pépinière des prophètes
américains, avait déjà accepté cette qualification d'hérétique. « Oui, s'était-il écrié, le jour où il avait quitté, au Congrès de Washington, le fauteuil de la présidence, je suis un hérétique. Je repousse, ainsi que tous les spiritistes, un grand nombre des pratiques de la religion populaire, parce que je ne crois pas à beaucoup de choses qui sont des articles de foi non-seulement pour la plupart des chrétiens, mais pour la plupart des protestants. » Puis il avait ajouté qu'au lieu de s'en rapporter aux credos et aux canons de l'Eglise, il croyait « au progrès, à la liberté et aux esprits ».
Dix jours après avoir prononcé ce discours, le vieillard avait cessé de vivre: et moins de dix jours après l'enterrement de l'orateur, madame Conant, un médium de Boston qui rédige des messages spirites pour la moitié de ses compatriotes, annonçait au public qu'elle avait attiré dans son salon l'âme du défunt. Le médium avait vu cette àme — d'autres l'avaient entendue. Charles Crowell et J. M. Pebbles racontent que madame Conant s'étant endormie en leur présence, l'âme de John Pierpont avait passé en elle (selon la mode mise en vogue par Anne Lee) et, par l'entremise du médium, leur avait parlé du monde meilleur où il allait vivre désormais. « Il était évident, déclarent ces messieurs, qu'un esprit étranger venait de s'emparer de la voyante ; car cet esprit répétait, pour l'édification des témoins, la dernière scène qu'il eût jouée ici-bas. » La scène n'avait pas été fort pénible apparemment, à en juger par te seconde représentation : la poitrine se souleva avec effort à plusieurs reprises, les yeux se levèrent au ciel, puis se fermèrent, et tout fut dit. Au bout de quelque temps, l'esprit qui animait la dame essaya de parler et prononça enfin cette sentence mémorable :
« Bénis, trois fois bénis, sont ceux qui meurent dans la connaissance de la vérité ! »
Après un instant de silence, l'esprit ajouta :
« Mes frères et mes sœurs, le grand problème est maintenant résolu pour moi. Et parce que j'ai vécu, vous vivrez aussi ; car le divin Père et la divine Mère qui donnent l'immortalité à une àme l'accorderont à toutes les âmes. »
Pierpont, en passant de vie à trépas, ne semble guère avoir augmenté la somme de ses connaissances célestes; pendant son séjour sur cette terre, ses arguments en faveur des esprits frappeurs se bornaient à peu près aux formules suivantes : « J'ai vu, donc je sais; j'ai senti, donc je crois. » L'àme de Pierpont devina sans doute que ses communications ne devaient pas satisfaire ses anciens amis, attendu que beaucoup de gens sont on ne peut plus désireux de s'initier aux secrets de l'autre monde. Dans tous les cas, le défunt jugea à propos d'adresser quelques excuses à Crowell et à Pebble, toujours par l'intermédiaire de madame Conant. « Je regrette — telles sont les paroles qu'on lui prête — ■ de ne pouvoir vous décrire le merveilleux spectacle qu'il m'a été donné de contempler au moment où je passai dans le monde des esprits. Rien ne saurait vous donner une idée des beautés de mon nouveau séjour — nulles paroles ne sauraient les peindre. » Avant la mort de John Pierpont les mortels avaient déjà entendu un langage de ce genre.
Lorsque Pierpont quitta le fauteuil de la présidence, il eut pour successeur Newman Weeks, de Vermont. Au nombre des vice-présidents nommés pour la même année, il y avait plusieurs dames.: madame SarahHorton, de Vermont, madame Deborah Butler, de New-Jersey, madame Juliette Stillman de "Wisconsin, docteur en médecine.
Warren Chace, de l'État d'Illinois, un autre des vice-présidents, affirme que plus de trois millions d'Américains et d'Américaines sont entrés dans le mouvement spirite. Trois millions — c'est là un chiffre formidable. Aucune Église des États- Unis , même celle des Méthodistes , ne compte un million et demi de membres. Il y a, dans les rangs des spiritistes, d'habiles avocats, de braves officiers, d'aimables écrivains; mais à côté de ces quelques hommes vraiment distingués on en voit d'autres qu'il est difficile de ne pas prendre pour des charlatans et des fripons. Leur force numérique est un fait redoutable. Une société de trois millions de personnes serait redoutable partout; dans une république gouvernée par le suffrage universel, elle doit exercer une grande puis-
sance pour le bien ou pour le mal. On ne s'étonne donc pas d'entendre les chefs se vanter de pouvoir contrôler l'opinion publique, non-seulement sur les questions de paix et de guerre, de dogme et de pratique, mais sur les questions plus délicates qui touchent à la vie sociale et à la morale. Lorsque des ennemis si puissants se mettent en mesure de défendre des doctrines qu'ils croient vraies, on ne peut guère refuser d'entrer en lice avec eux, quelque étranges que paraissent leurs théories.
Ces millions de spiritistes — qu'il y en ait plus ou moins, peu importe — se déclarent convaincus que les vieux évangiles religieux sont épuisés, que les Eglises fondées sur ces évangiles sont mortes, que l'homme a besoin de révélations nouvelles. Ils proclament que les phénomènes qui se produisent aujourd'hui dans cent villes américaines — que ces signes d'une origine mystérieuse, ces coups frappés par des agents inconnus, ces dessins que trace une main cachée, manifestations qui ont lieu d'ordinaire dans une chambre mal éclairée ou sous une table, offrent une base acceptable pour une foi nouvelle, véritable et définitive quant aux choses invisibles. Ils ont déjà leurs Lycées Progressifs, leurs catéchismes, leurs journaux, leurs prophètes et leurs prophétesses, leurs médiums et leurs clairvoyants, leurs offices du dimanche, leurs fêtes religieuses, leurs réunions en plein air, leurs bals, leurs sociétés locales ; bref, ils ont dans chaque Etat une organisation spéciale, tout le mécanisme administratif de nos sociétés les plus actives, les plus agressives. Il se peut que Warren Chace ait exagéré leur force numérique ; il serait difficile pour un étranger de les compter, puisqu'ils ne figurent pas sur les listes des recensements ; mais le nombre de leurs lycées, la fréquence de leurs pique-niques, la circulation de leurs journaux sont des faits qui peuvent servir de base à un calcul approximatif. On ne se trompera pas de beaucoup en estimant qu'un dixième de la population des États de la Nouvelle-Angleterre, un quinzième de la population des Etats de New-York, de l'Ohio et de la Pensylvanie sont plus ou moins soumis aux impressions qui viennent « du monde des esprits ».
Quelques-uns de ces zélateurs revendiquent pour leur foi une origine des plus anciennes; d'autres au contraire prétendent que les spiritistes sont un peuple nouveau, éclairé par une révélation toute neuve; ils se vantent d'être un produit du sol américain, la propriété exclusive de l'Eglise américaine. Ils font rarement allusion à la secte des Quakers, à laquelle ils paraissent cependant avoir emprunté presque toutes leurs doctrines et une grande partie de leurs usages. Ils aiment à faire remonter leur origine aux visions d'André Jackson Davis et aux innovations audacieuses de Catherine et de Caroline Fox. La majorité des délégués de la Convention Nationale aurait peut-être repoussé comme une insulte la moindre tentative ayant pour but d'attribuer au mouvement spirite une date antérieure à celle des premières visions de leur prophétesse de Poughkeepsie.
Poughkeepsie (prononcez Pokîpsie), la Mecque, le Bénarès, la Jérusalem de cette nouvelle Église, est une cité florissante et travailleuse en dépit de la verdure qui lui donne l'air d'un jardin. La cité s'étend à mi-chemin entre Albany et New- York, au pied d'une colline pittoresque , sur les bords du Hudson. Vue de la rivière, cette ville gracieuse, avec ses vieux quais, ses hôtels affairés, sa bourse délabrée, rappelle la Suisse. Une courbe de la rivière, qui à cet endroit a une largeur de 5 à 600 mètres, forme pour ainsi dire deux jolis petits lacs derrière lesquels s'élèvent le Catskill et les hauteurs du Hudson. La rive la plus rapprochée, dominée par des rochers et couverte de maigres broussailles, a un aspect sauvage et désolé; mais la. côte occidentale est une pente où verdoient les sycomores, les hêtres et les chênes. Les écoles et les églises abondent dans la ville ; ceux qui n'ont jamais été favorisés de communications invisibles citent, parmi les produits de la localité, les armes à feu, les tapis, la b;ère et le coton. Aux yeux des élus, le seul produit de Pokîpsie qui mérite d'être nommé, c'est Mère Anne.
Lorsque la prophétesse avait été enfermée dans la prison de cette cité riveraine, elle avait rassemblé autour d'elle une petite cour assez bizarre qu'elle s'était empressée d'initier aux étran-
ges secrets du monde invisible. André Davis, le pauvre savetier, est un des descendants spirituels d'Anne Lee, une ouvrière aussi pauvre que son disciple. Davis reçoit des messages d'en haut et raconte ses rêves aux croyants ; mais il se borne à répéter les révélations de Mère Anne. Dans ses heures d'extase, il se contente de nous annoncer que les trépassés ne font que changer de vêtements, que leurs âmes circulent partout autour de nous et que les gens doués de sens délicats peuvent s'entretenir avec elles. Il déclare que les médicaments sont inutiles et mêmes nuisibles — qu'il suffît d'une simple imposition des mains pour guérir les maladies les plus rebelles. Il explique son nouveau système d'éducation où une sorte de danse qui ressemble assez à celle des Trembleurs joue un grand rôle. Il dénonce l'Eglise chrétienne. Cette Église, selon lui, est une institution charnelle qui a fait son temps, et il propose de la remplacer par une alliance spirituelle qui réunira à tout jamais le ciel et la terre.
Tels- sont , en somme , les principes fondamentaux que Newman Weeks, Sarah Horton, Deborah Butler et les autres délégués de la grande association spirite ont proclamés dans Prafs Hall comme formant la base de cette nouvelle alliance qui doit régénérer l'humanité. Suivant en cela l'exemple de l'Ancien Frederick, ils ont maintenu la dualité de la puissance divine, dont la nature est à la fois mâle et femelle, le Créateur étant en même temps le Père et la Mère du genre humain. Comme sœur Marie et l'Ancienne Antoinette, ils concluent de cette dualité du principe divin, que la femme doit jouir ici-bas des mêmes droits et des mêmes privilèges que l'homme. Dans toutes les séances du congrès de Providence, les dames semblent même avoir eu la haute main chaque fois qu'elles se sont mêlées d'exposer leurs doctrines ou d'adresser des remontrances à l'assemblée. Elles n'ont épargné à leurs frères ni les explications ni les reproches. Mademoiselle Lucie Johnson a déclaré qu'elle était fatiguée de parler et qu'elle désirait agir. « Je suis prête , s'écria la jeune réformatrice, à travailler avec tout homme ou toute femme, avec toute communauté qui me montrera un moyen pratique d'arriver peu à peu à un plus haut
degré de moralité, d'introduire plus de probité dans nos relations sociales ou politiques, et d'améliorer ainsi le sort du genre humain. J'aspire à faire quelque chose et je voudrais trouver des gens disposés à me seconder. Il est beaucoup plus facile, je le sais, de prier pour le salut de l'humanité que de mettre la main à l'œuvre soi-même, et trop souvent on gagne plus à prier qu'à travailler; mais ce ne sont pas des éloges que je recherche. Je suis sincèrement dévouée aux intérêts des enfants de la génération qui va naître. »
Madame Lucie réprimanda ses frères spirituels avec encore plus de hardiesse. Cette dame, qui représentait au congrès la « Société Indépendante des Spiritistes de Charleston», déclara qu'elle défendait depuis huit ans la cause du spiritisme, mais qu'elle avait toujours rougi de ses collègues. Le rapport officiel lui prête ces paroles : « Je n'ai pas encore rencontré un spiritiste qui possédât une âme assez noble et assez fière; mais j'espérais au moins trouver dans cette enceinte des gens dignes de porter le nom d'homme, le nom de femme. J'avais espéré que l'on voterait ici des mesures décisives qui ne seraient pas une lettre morte, — que l'on ne rétrograderait pas vers le passé, que mes frères et mes sœurs tenteraient quelque chose pour le bien de l'humanité. S'il existe dans l'univers une seule âme à laquelle on refuse l'entrée de ce congrès, je demande à en être exclue avec elle. S'il existe une seule personne condamnée à tomber dans l'enfer, je demande à y tomber avec elle; s'il reste une besogne à accomplir dans les régions infernales, je veux y aller, afin d'aider le Père Eternel à l'accomplir. »
Beaucoup de ces délégués prétendaient posséder une puis-, sance miraculeuse, le don des langues, la clairvoyance et le talent de guérir. Du reste, presque tous les adeptes se chargent de vous débarrasser d'une maladie par la simple imposition des mains. Les railleurs disent que c'est là « en imposer beaucoup. » Dans chaque numéro du journal le plus répandu des Spiritistes, vous trouverez l'adresse d'une vingtaine de médiums des deux sexes, qui promettent, moyennant un certain nombre de dollars, de guérir toutes les maladies possibles en vertu du pouvoir qu'ils tiennent des esprits. Le médecin vous
rendra la santé par un mouvement des mains emprunté aux rites apostoliques. Les réclames de ces médiums, dont la plupart sont des femmes, sont souvent fort curieuses et donnent à réfléchir. Madame Éliza Williams, sœur d'André Jackson Davis, fait savoir au public « qu'elle examine les malades, prescrit des remèdes pour toutes les souffrances et les guérit par l'effet d'une puissance souvent éprouvée. » Madame S.-J. Young annonce qu'on peut la consulter « pour affaire et pour maladie. » Madame Spafford et madame, H. -S. Seymour se donnent simplement pour des médiums extra-lucides. Quelques-unes de ces annonces sont pleines de mystère pour les profanes. Madame Spencer, par exemple, se charge de combattre les rhumes et les fièvres à l'aide de « ses poudres positives et négatives, » et elle ajoute qu'afin de se prémunir contre le choléra, on doit toujours avoir sous la main une bonne provision de cette merveilleuse médecine spirite. Le docteur Main, qui demeure « à l'Institut de la Santé, » prie les personnes qui pourraient tenir à le consulter « de lui adresser sous enveloppe un dollar, un timbre-poste et une mèche de leurs cheveux ». Celle-ci « continue à guérir les malades dans la rue des Pins ». Madame Gale, clairvoyante et médium trans-lucide, « voit les esprits » et au besoin poussera l'obligeance jusqu'à vous « faire voir un ami absent. » Madame H.-B. Gillette, médium électrique, magnétique, progressif et médical, « guérit l'esprit et le corps ». Mais cette dame paraît avoir été distancée par le docteur Georges Emerson qui annonce que « par suite d'un nouveau développement de la puissance spirite », il se charge « de guérir les malades en absorbant leurs maladies ». Ce philanthrope se déclare prêt à exécuter ce miracle de l'art spirite, quelle que soit la distance, pour la somme de dix dollars. Cependant, sous certains rapports, les dames montrent encore plus d'aplomb que les hommes. Madame S.-W. Gilbert, qui se qualifie de « dermapathiste, » offre non-seulement de guérir les malades, mais d'enseigner son art au commun des mortels — en tant de leçons, à tant le cachet !
Les discours des orateurs des deux sexes qui figuraient au dernier Congrès Spirite , sont remplis d'attaques ouvertes
contre les croyances religieuses et morales de toutes les nations chrétiennes; dans le compte-rendu officiel on ne s'est guère donné la peine d'atténuer la violence de ces attaques.
Mademoiselle Julie Johnson déclare que, pour sa part, elle ne construira plus d'églises, « attendu que les églises n'ont déjà que trop contribué à opprimer et à aveugler l'humanité. »
M. André Fofs « remercie le ciel de l'avoir fait naître dans un siècle où l'on n'adore plus, mais où l'on examine. »
Le docteur H. -T. Child dit : « Le spiritisme a comblé l'abîme qui existait entre le ciel d'Abraham et l'enfer du riche. Félicitons-nous de chaque coup qui vient ébranler l'édifice de ces lois inhumaines, au nom desquelles l'homme accuse et punit ses semblables. »
M. Perry dit : « En ma qualité de spiritiste, je ne reconnais pas qu'il existe quelque chose que l'on doive qualifier de sacré, et je m'oppose à toute résolution où figurera ce mot. »
M. Finney dit : « La vieille religion est en train de mourir. Nous sommes réunis dans cette enceinte comme représentants d'une religion nouvelle, engendrée par l'Union et par les types de l'humanité dans une géographie cosmopolite, dont le sceau a été frappé dans les ateliers de la Divine Providence. »
Telle est, en somme, la substance de ce qui a été dit devant les délégués — mortels et célestes — de la troisième Convention Nationale.
L'assemblée mit aux voix et adopta trois propositions que les Spiritistes regardent comme très-importantes. Elle résolut : 1° de s'opposer à l'enseignement donné dans les écoles du dimanche et de le remplacer par celui des Lycées Progressifs ; 2° de provoquer la publication d'une série d'essais sur le Spiritisme; 3° de combattre l'usage du tabac et des liqueurs fortes.
Il fut aussi question de fonder une « Université Nationale Spiritiste ; » mais la discussion de ce projet fut renvoyée à l'année suivante. Une autre résolution, bien qu'elle n'ait eu aucun résultat immédiat, montre quelle influence les Spiritistes pourront exercer sur les affaires politiques, s'ils deviennent plus nombreux et apprennent à agir avec plus d'accord.
Cette résolution a trait à la question du travail et a été formulée dans les termes suivants :
« L'assemblée reconnaît que le sceptre souverain de la civilisation repose dans la main des travailleurs honnêtes, et que les droits du travail sont proportionnés à sa nature et à son importance. Par conséquent, le travail doit être rémunéré de façon à fournir à nos millions d'artisans les moyens et le temps de s'instruire, de se perfectionner, de se divertir, et le salaire sera le même pour l'homme et pour la femme qui auront exécuté le même travail. »
Ces réformateurs ne tiennent aucun compte des principes d'économie politique admis par les savants de l'ancien monde.
Si nous voulons juger avec impartialité un système si parfaitement contraire à nos idées, à nos institutions, il importe de ne pas oublier que, telles étranges que semblent les doctrines de l'école spirite, elles ont été embrassées par des milliers d'hommes d'un savoir incontestable, par des milliers de femmes dont la moralité est à l'abri de tout soupçon. C'est là sans doute la particularité la plus bizarre de ce mouvement.
Il étonnera beaucoup de personnes; mais nul n'oserait traiter de pure sottise, de niaiserie indigne de fixer l'attention des observateurs une théorie qui a été acceptée par des esprits tels que le juge Edmonds, le docteur Hare, l'Ancien Frederick et le professeur Bush.