‹ La Nouvelle-Calédonie et les Iles Loyalty;Chapitre 14 sur 39 · PARTIE NUS · texte numérisé non relu

PARTIE NUS

monté d’un gros coquillage marin, qui rend la défense plus visible. Placées près de ces «tabous», quelques noix de coco jonchent le sol. Les indigènes ont une peur terrible de ces engins, dont l'aspect est pourtant bien inoffensif; ils prétendent qu’enfreindre la défense, c’est attirer sur soi toutes sortes de maladies et de calamités. Quand il arrive que, sans le savoir, on a mangé des noix de coco déclarées «tabous », il n’y a rien d’autre à faire que d’aller avouer son méfait au propriétaire qui, seul, pourra détruire l'effet funeste du charme par un remède quelconque. La peur des «tabous» provient de ce que, près des pieux, est enterrée une amulette, formée, par exemple, de deux pierres, entre lesquelles un indigène initié a broyé une certaine plante, tout en évoquant les esprits; la bouillie résultant de cet acte symbolise ce qui adviendra du voleur qui s’estpermis de transgresser la défense.

Les villages calédoniens respirent la paix la plus profonde, et la nervosité du monde moderne n’y a pas encore pénétré. | Fr Te Quand les travaux des champs ne les appellent pas au dehors, les hommes sont assis en groupes, fumant tranquillement sous les palmiers, dont les grandes feuilles découpées laissent filtrer une douce lumière. On peut en voir d’autres, occupés à dépecer une grosse tortue de mer, tandis que leurs compagnons mettent au feu les pierres qui serviront à la cuire. Les femmes, entourées d’enfants et de chiens, sont assises à part, occupées peut-être à réparer des filets, à tresser des nattes et des corbeïlles, ou encore à racler des tubercules au moyen de coquillages; d’autres femmes arrivent, apportant l’eau et le bois nécessaires à la cuisine.

Les repas jouent un rôle prépondérant dans la vie de l’indigène; celui-ci peut ingurgiter des quantités prodigieuses de nour-

Fig. 21. Battoirs d’écorce, pour les danses. Longueurs 24 et 37 cm.

riture, lorsqu'il en à à sa disposition. Mais il peut tout aussi bien Jeûner, quand la récolte a été maigre et que les provisions sont épuisées, ou quand la mer, de méchante humeur, lui interdit la pêche ou la récolte des crustacés et des coquillages. Alors, il serre d’un cran sa ceinture, et fait bonne mine à mauvais jeu! L’idée de prévoyance pendant les périodes d’abondance n’effleure même pas le cerveau de ce grand enfant.

Il est à supposer que la vie était autrefois moins uniforme qu'aujourd'hui; les différends entre tribus se réglaient alors par les armes. De nos jours, les guerres ont cessé; tout au plus éclate-t-il, de temps à autre, des disputes entre deux villages ou entre deux tribus voisines.

Dans les cas les plus graves, elles peuvent amener la destruction des cultures ou l'incendie de quelques cases; l'apparition des gendarmes suffit cependant presque toujours à rétablir l’ordre. Le cannibalisme, qui accompagnait autrefois les guerres, appartient également au passé.

On ramenait au village les corps des ennemis tombés, et ces morceaux rares étaient dégustés par les guerriers. Certains colons prétendent que, dans les contrées retirées de l’île, il arrive encore quelquefois qu'un pauvre libéré égaré, ou même un in- He 22 Cerin ele digène soit mangé; cela n’est pas imposdanse. Longueur 60 cm. sible, mais cependant peu vraisemblable. Actuellement, c’est l’agriculture qui remplit principalement la vie de l’indigène; quant à ses heures de loisir, sa fantaisie les peuple des souvenirs des fêtes passées et lui permet de se réjouir à la pensée de celles qui s’approchent. Car le Calédonien a une existence étonnamment riche en fêtes, partout ou l’église n’est pas encore intervenue pour les supprimer. Les prétextes à fêtes sont légion. La naissance, la puberté, le mariage, sont les occasions d’une catégorie de fêtes très répan-

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