‹ La Nouvelle-Calédonie et les Iles Loyalty;Chapitre 16 sur 39 · RARE RS · texte numérisé non relu

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ments singuliers. Ils portaient sur l’épaule soit une hache, soit une massue et avaient orné leurs cheveux, de houppes de plumes blanches; quelques-uns avaient passé autour de leurs hanches une ceinture de paille tressée (fig. 22). Au milieu des hommes, des enfants couraïient et sautaient en se donnant la main, tandis que d’autres agitaient des rameaux feuillés. Deux vieilles femmes seulement, armées de bâtons, prirent part à la ronde; les plus jeunes se tenaient assises à l’écart, probablement intimidées par la présence des spectateurs européens. De temps en temps, un cri général, poussé par tous les danseurs, Sur un signal des musiciens, arrêtait la ronde, qui recommençait de la même façon un peu après. Les danses et les intervalles qui les séparent ne durent que quelques minutes, mais se succèdent pendant la nuit entière, souvent jusqu’au lever du soleil, si les infatigables danseurs sont encore en nombre suffisant, Quant à nous, notre patience n’alla pas si loin!

Des festivités semblables coûteraient une quantité énorme de victuailles au village organisateur, si les invités n’apportaient eux-mêmes des cadeaux consistant précisément en produits agricoles, en poisson séché ou en argent. Dans ces cérémonies, l'argent français n’a pas encore cours; c’est toujours l’ancienne monnaie de coquillages qui est en usage. Celle-ci est, du reste, acceptée par les colons du Nord de Pîle à raison de 1 fr. le mètre courant. Elle se compose de disques blancs, très fins, faits de petites coquilles marines qui sont enfilées en chaîne, et séparées les unes des autres par des nœuds distants d'environ 1 cm. Un lambeau d’étoffe ou une enveloppe de balassor sert de bourse (fig. 23). Il existe encore d’autres espèces de mon-

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naies plus fines, faites également de coquillages, auxquelles les indigènes attachent une valeur bien supérieure à celle de la monnaie ordinaire,

Fig. 25. Champ d'ignames.

Ces nombreuses fêtes sont, certainement, une des causes qui empêchent les indigènes de se livrer à un travail suivi chez les Européens, soit dans les plantations ou les mines, soit dans le service domestique; elles les attirent invinciblement vers leurs villages. En tout cas, pour les deux serviteurs calédoniens que nous avions engagés, c'était toujours une douce nécessité; ils

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disparaissaient de temps en temps, pendant un ou plusieurs Jours, et revenaient à la maison dans un assez piteux état.

Il faut cependant rendre cette justice à l'indigène qu'il peut travailler avec assiduité quand les circonstances l’exigent. Ses cultures méritent toutes nos louanges et commandent même l'admiration, quand on songe qu’il n’a pour tout instrument que deux pieux pointus, l’un court et l’autre plus long (fig. 24). Les

Fig. 26. Haches en pierre de diverses formes. !/10 grand. nat. Nouvelle-Calédonie.

tubercules du taro et les racines de l’igname forment le fond de son alimentation. La culture de la première de ces plantes, une Aracée: Colocasia antiquorum Schott, lui donne beaucoup de peine. Elle exige, en effet, du moins pour les bonnes qualités, tout un système d'irrigation, car elle doit se développer sous l’eau. On capte un ruisseau, dans un vallon de la montagne, au moyen d’une digue faite de pierres et de terre, et on conduit le courant d’eau horizontalement sur le flanc des collines. Il vient baigner les semences placées dans des terrasses légèrement creuses,

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étroites et superposées les unes aux autres. De cette façon, quand l’une des terrasses est suffisamment pleine, le surplus de l’eau s'écoule, par une ouverture ménagée sur l’un des rebords, dans une terrasse inférieure, et ainsi de suite, jusqu’au pied de la colline. Vues de loin, les pentes ainsi cultivées paraissent striées de lignes parallèles. Cette culture du taro rappelle beaucoup celle du riz dans l'Inde et dans l'Archipel Malais.

La culture de l’igname (Dioscorea batatas Dcsne), qui est une Convolvulacée, exige moins de peine, car elle ne nécessite aucune irrigation. Elle se pratique, soit sur les pentes des collines, dans des champs semi-circulaires ou en forme de fer à cheval, soit en terrain plat, sur des talus de 3 à 5 m. de large, séparés les uns des autres par des fossés pour l’écoulement de l’eau. Sur de longs pieux, fichés en terre, S’enroulent et grimpent les plantes (fig. 25), dont les feuilles d’un beau vert et les jeunes pousses rougeâtres sont d’un agréable aspect. Parmi les autres plantes comestibles les plus importantes, citons: la banane, la canne à sucre et le cocotier.

Ce dernier procure aux indigènes, outre la chair succulente et le lait de ses noix, maint autre produit utile pour l’économie domestique, par exemple les fibres pour la fabrication des cordes et des ficelles et les feuilles pour le tressage de toutes sortes d’ustensiles.

L'agriculture calédonienne s’est perpétuée jusqu’à nos jours sans modification quelconque et n’a aucunement subi l'influence européenne. Mais, dans d’autres domaines, cette dernière a eu raison de toute une série d'industries indigènes qu’elle a fait totalement disparaître. C’est le cas, tout d’abord, pour le travail de la pierre,

Fig. 27. Hache en fer. Koindé, Longueur 40 cm.

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