PES
autrefois très développé. Les haches de pierre emmanchées, qui étaient encore partout en usage lors de l’occupation de l’île, sont
RS M TUE à ;
Fig. 29. Collier de perles de serpentine. Hienghène.
Longueur du collier 64 cm,
devenues maintenant des objets fort rares, conservés dans Fig. 28. Hache de parade. Oubatche, les musées. Par contre, les Longueur 64 em. pierres finement polies qui for-
maient les lames de ces haches
sont encore nombreuses et attestent l'emploi général qu’on faisait, autrefois, de ces instruments. La hache de fer a maintenant r°mplacé partout sa devancière. Quelques formes d'anciennes haches de pierre emmanchées sont représentées dans la fig. 26. Quant
à la fig. 27, elle montre une hache, encore en usage actuellement, dont la lame est formée d’un ciseau européen, mais le mode de fixation de celle-ci rappelle encore celui de certaines haches de pierre.
Les magnifiques haches de parade que possédaient les chefs, sont également deve-
Fig. 30. Coquille de l’huître Meleagrina utilisée $ I $ comme couteau. Largeur 13 em.
nues très rares. Elles se composent d’un grand disque de néphrite ou de serpentine soigneusement poli, fixé dans un manche entouré de cordons brun-rouge faits de poils de roussette et orné d’un lacis délicat de paiiles tressées. Tout ce travail dénote une
Fig. 31. Marteaux servant à la fabrication du balassor. a. Oubatche. longueur 28 em; b. et c. Houaïlou, longueurs 35 et 31 cm.
habileté d'exécution consommée et un parfait bon goût; ces armes de cérémonie sont de vraies fleurs de Ia technique néolithique. Le spécimen reproduit dans la fig. 28 appartenait à un chef d’un village voisin d’Oubatche. Ce chef vint chez nous de nuit et à l’insu de ses administrés, pour nous en proposer l'achat. Son prestige dans le village eût souffert, si les habitants avaient appris qu'il se dépouillait ainsi volontairement de l’'emblême de son rang.
En même temps que la technique de la fabrication des haches se perdait, disparaissait aussi l’art de percer les perles de serpentine qui composent les colliers calédoniens.
Avec leurs flots de cordons bruns, en poils de roussette, ces colliers étaient une parure d’un goût exquis, très appréciée, autrefois, des grandes dames calédoniennes (fig. 29). Les beaux couteaux, faits de la coquille de l’huître Meleagrina (fig. 30), sont aussi hors d’usage; ils servaient principalement à couper les tubercules comestibles. Mais l'instrument de fer, venu d'Europe, s'étant révélé plus pratique, a fait partout disparaître le couteau de coquillage.
L'art de la poterie s’est également éteint; c'était autrefois le travail des
Fig. 33.
ensemble,
Peigne fait de baguettes fixées o o Oubatche, longueur 20 cm.
f Fig. 32. Bracelet fait d’un coquillage marin (Conus), Dia-
mètre 7 cm.
femmes, dans certains vil-
lages. Depuis longtemps, les
grandes marmites de terre, fragiles et mal cuites, ont dû céder le pas aux récipients de fonte, importés d'Europe.
Le même phénomène s’est
produit aussi pour les étoffes
indigènes (balassor), faites de fibres végétales, patiemment travaillées à l’aide de
marteaux de bois (fig. 31).
La cotonnade européenne,
meilleur marché et bien plus
solide, a tué aussi cette branche d'industrie, tout comme l’allumette suédoise
js SANS
a condamné l’emploi des bois frottés pour l'obtention du feu. On conçoit que l’adoption des vêtements à l’européenne ait fait presque disparaître, chez l’homme comme chez la femme, les objets de parure. Par-ci par-là, les hommes portent encore un bracelet fait de la coquille d’un Conus (fig.32), ou une Ovula fixée au poignet et les adultes des deux sexes s’ornent volontiers
Fig. 34 Peignes calédoniens de diverses formes.
a. Kanala, long. 10 cm; b. Hienghène, long. 20 cm; c.et d. région de Koné, long. 21 et 22 cm; e. Ouaoué, long. 26 cm; f. Bopope, long. 25 cm.
de colliers formés d’un cordon de poils de roussette. C’est l’ornementation de la chevelure qui est restée le plus en honneur. Les peignes qui, outre leur effet décoratif, sont d’un usage pratique, sont beaucoup portés. Les uns sont formés de fines baguettes attachées solidement ensemble à une extrémité (fig. 33), les autres sont taillés dans du bois ou du bambou. Leur forme varie notablement dans les diverses parties de l’île (fig. 34a—f). Pour les fêtes, l’homme pique dans sa perruque de petites houppes de plumes blanches fixées à une mince baguette qui se détachent
Fe 0 ES
élégamment du fondsombre des cheveux.
Le Calédonien fait aussi preuve d’un : Ne di goût très sûr en ornant sa chevelure D |
de fleurs aux teintes vives ou de feuilles finement découpées, comme celles des
fougères, par exemple, qu’il affectionne | RER particulièrement. Du reste, homme est Ras
très vaniteux en Calédonie; il l’est, en tout cas, beaucoup plus que la femme, et se perd volontiers en longues contempla- Fis- 55: Fe neccre D tions devant son petit miroir qui jamais ; à ne le quitte. On est étonné, en constatant les effets décoratifs qu’obtient le Calédonien, avec d’aussi simples moyens. C’est ainsi qu’une feuille de bananier, finement découpée en languettes, passée autour de son cou et retombant sur la poitrine, fait valoir, de magnifique façon, la belle couleur brune de son torse. Il entoure volontiers ses hanches de guirlandes de branches, ou recouvre sa ceinture de cuir d’une feuille de Pandanée, portant des ornements très simples, faits au moyen d’une épine.
Un autre genre de parure, c’est le tatouage, mais il n’est que fort modeste, car les lignes bleues qui le composent sont très peu apparentes sur la teinte foncée de la peau. Chez les hommes, on ne remarque plus guère que leur nom ou celui d’un ami ou d’une amie, incrusté sur leur bras, en caractères européens. Par contre, chez les femmes, un modèle Fig. 36. Indigène de la tribu de tatouage encore très répandu est des Pamboas, portant le deuil. celui qu’elles appellent, du nom d’un
id
Fig. 37. Sagaies calédoniennes de diverses formes. a. Oubatche, long. 2 m 15; b. Hienghène, long. 1 m 95; c. et d. Oubatche, long. 2 m 75 et 2 m 35; e. sans provenance exacte, long. 3 m 5; f. Oubatche, long. 2 m 45; g. Thio, long. 3 m; h. et i. Kanala. long. 2 m et 3 m: k. Oubatche, long, 2 m 10.
oiseau marin, la « frégate » (fig.35). Il consiste en rangées parallèles de deux lignes, légèrement courbées, représentant les ailes, et reliées entre elles par une courte partie centrale, figurant le corps de l'oiseau. Ces rangées commencent, en général, de chaque côté sur un des doigts de la main et se continuent sur le bras jusqu’à l'épaule, pour redescendre ensuite sur la poitrine, et quelquefois même au déla, une des rangées se reliant alors à l’autre au-dessous du nombril.
Dans les périodes de deuil réapparaissent parfois d'anciennes coutumes, tombées en désuétude dans la vie ordinaire. Le vieil indigène que représente notre fig. 36, et qui appartient à la tribu montagnarde des Pamboas, à l'Ouest d’Oubatche, porte le deuil du chef de son village. Il a enduit sa poitrine et son ventre d’une masse noire qui reluit au soleil et a frotté, de même, le cordon de poils de roussette qu'il porte à son cou; un lambeau d’étoffe noire pend à son poignet gauche. Sa tête est surmontée d’une espèce de chapeau sans fond, qu’on ne porte plus que dans ces funèbres circonstances; c’est un cylindre tressé, pig. 38. Cordon serouvert aux deux extrémités, et orné vers le vant à lancer les bas de quelques petites franges jaunes. sagaies. Long.24 cm.
Quand je voulus lui enlever ce couvrechef, afin de procéder aux mensurations de sa tête, l’indigène s’y opposa formellement; l’usage veut, en effet, qu’il porte cette coiffure pendant toute la période de deuil et qu’il laisse croître tous ses cheveux.
Nous avons observé une autre coutume de traiter la chevelure dans un cas de deuil. Une femme, de cette même tribu des Pamboas, avait une longue tresse, retombant dans le dos, soigneusement enveloppée d’un ruban fait de poils de roussette. On rencontre encore quelquefois de vieux indigènes qui portent un autre signe visible de deuil: le lobe de leur oreille est déchiré. Tous les indigènes, ou du moins la plupart d’entre eux, se faisaient pratiquer, autrefois, un trou dans l'oreille; on agrandissait ensuite
NEA
démesurément l'ouverture, en y introduisant des objets cylindriques. La partie inférieure du lobe auriculaire, devenue ainsi un mince cordon, était déchirée, en cas de deuil, comme marque
Fig. 39. Massues calédoniennes de diverses formes, a. Oubatche, long. 67 cm; b. Vallée Négropo, long. 67 cm; c. Koné, long. 71 cm; d. Vallée Tiouaka, long. 71 cm; e. Vallée Négropo, long. 67 cm; f. Oubatche, long. 72 cm.
tangible de chagrin. Aujourd'hui, la mode des oreilles trouées a disparu et, avec elle, la possibilité de témoigner sa douleur de cette curieuse façon.
Les femmes en deuil ont, fréquemment, sur le haut des bras et sur la poitrine, des verrues assez saillantes, placées en groupes
ou en rangées. Ce sont des cicatrices de brûlures dont l'effet est assez joli et qui, de ce fait, se pratiquent souvent aussi par simple coquetterie.
Etant donnée la tranquillité actuelle du pays, il va sans dire que les armes de guerre, lances et massues, ne sont plus employées. On ne les aperçoit que lors des fêtes et pour les danses; quelquefois on en fait encore des neuves pour ces oc-
Fig. 40. Strombus luhuanus L.,
utilisés comme rabots, */: grand. nat.
casions, tout comme chez nous on fabrique des cuirasses du
PE DR RS Re a NE
Fig.41.Racloir fait d'une coquille de Pecten. Long.20 cm.
moyen-âge pour les cortèges historiques. La sagaie devait être une arme fort répandue, car on peut en acheter encore partout en grand nombre. La forme la plus fréquente est la sagaie simple et lisse, sans aucune décoration, terminée en pointe aux deux extrémités (fig.
37a). Les lances avec une couronne de crochets à une extrémité sont plus rares (d), comme aussi celles qui sont ornées d’une ou de deux figures humaines sculptées (b et c). D’autres, munies d’une petite plaque allongée (e et f), recouverte d’un réseau tressé et de cordons de poils de roussettes, sont devenues rares également. Il en est encore qui possèdent, à côté de la pointe principale, une épine latérale, plus courte, consistant en un piquant de raie artistiquement fixé (g et h), mais elles ont presque disparu aujourd’hui. Les lances à pointes nombreuses (i et k) ne sont pas des armes de guerre, elles servent à la capture du poisson en eau peu profonde.
Pour donner plus de force à la sagaie, on la lançait au moyen d’un cordon tressé, court et solide, muni d’un trou à une extrémité (fig.
Sarasin, Nouvelle-Calédonie. 5