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été établies à grands frais, n’ayant pas rendu à Pam ce qu’on en espérait, des ouvriers étaient occupés, lors de notre passage, au transport des tas de matériaux bruts à Dila, sur la presqu'île d’Arama, où une fonderie a été établie près d’une mine encore en pleine exploitation. La vieille bâtisse qui abrite l'unique auberge de Pam étant occupée par une famille fort nombreuse, nous dûmes nous installer, tant bien que mal, dans une maison délabrée près de la côte, essayant de nous protéger des vents froids de la nuit en bouchant, avec des sacs et des toiles, les ouvertures béantes des anciennes fenêtres!
Les environs de Pam sont peu attrayants; c’est une région montueuse, aux collines couvertes d’un haut gazon; à cette époque, où les herbages étaient jaunis et brûlés par le soleil, ces étendues ressemblaient, à distance, à de vastes champs de blé mûr. Quelques arbres isolés s'élèvent, ça et là, sur le dos de ces mamelons que des blocs de quartz, visibles de loin, parsèment de taches blanches. Dans cette contrée, le nombre des indigènes a considérablement diminué. C’est là une conséquence du voisinage des centres miniers qui, avec leurs gains faciles et leurs nombreux estaminets, ont exercé partout une influence néfaste sur la santé des Calédoniens des villages environnants. Ces indigènes appartiennent à la tribu d’Arama peuplant également la longue presqu'île du même nom, qu’on voit se profiler vers le Nord, à l'Ouest de Pam. La tribu entière ne compte plus que 150 âmes.
Dans le voisinage de Pam s'étend, vers le Sud, une immense plaine marécageuse envahie par les palétuviers et comprenant tout le territoire de l'embouchure du Diahot. Nous avons traversé une partie de cette plaine pour visiter un curieux monument de pierres, érigé par les indigènes d’autrefois, et dont Lemire parle dans son ouvrage sur la Nouvelle-Calédonie. Après avoir longé, en bateau à rames, le bord oriental de la baie du Diahot, jusqu’au point où commence la région des mangliers, nous nous dirigeons à pied le long des collines limitant, sur la rive droite, la plaine d’alluvions. On aperçoit bientôt, sur le sol à demi durci de celle-ci, non loin de la berge plus élevée et plus sèche, une rangée de pierres d'environ 220 mètres de long. Les blocs (fig. 68) se suivent à une distance d'environ 4 à 5 mètres, tantôt plus, tantôt
moins. Ce sont des pierres quelconques, prises aux alentours, sauf, pourtant, la 4e à partir de l'extrémité Sud de la rangée qui a la forme d’une pierre milliaire ou d’un petit menhir (fig. 69). Celle-ci fait une saillie d’environ 50 centimètres au-dessus du sol boueux, tandis que la plupart des autres émergent à peine de la vase durcie. Nous avons compté en tout 40 pierres, maïs quelques espaces trop larges indiquaient clairement que plusieurs blocs
Fig. 68. Alignement de pierres, dans le bassin du Diahot, près de Pam.
avaient été enlevés. Ainsi que j'ai pu m'en convaincre peu après, on les a employés comme soutiens des poteaux télégraphiques d’une ligne voisine. Au temps où Lemire visita le monument, il comptait encore 45 pierres.
Que représente cet alignement de pierres? Lemire dit qu’il est destiné à rappeler une victoire des Nénémas, habitants des îles du Nord, sur les Aramas; chaque bloc indiquerait un ennemi tué et mangé et, celui qui est plus haut que les autres, devrait sûrement représenter le chef. L’Arama qui nous servait de guide prétendit, naturellement, que c’étaient les Nénémas qui avaient été vaincus; en interrogeant, à ce sujet, un homme de