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dures conditions d’existence dans ce milieu. De même aussi, la faune du lac semble avoir subi une sorte d’atrophie; des crevettes minuscules, de petits escargots et des poissons nains sont les seuls animaux qui furent retirés de l’eau, malgré un travail de plusieurs heures. Les poissons, dont le plus grand exemplaire mesure 76 mm. de longueur, appartiennent à un genre très remarquable et à une espèce nouvelle pour lîle, qui
Fig. 129. Paysage dans la région serpentineuse du Sud de la Calédonie; au milieu, le Mont-Dore.
semble manquer partout ailleurs dans le pays (fig. 128). C’est le genre Galaxias, qui a été trouvé jusqu'ici au Cap de Bonne- Espérance, au Sud de l'Australie, en Tasmanie, en Nouvelle-Zélande et dans l'Amérique du Sud et dont on ne connaissait encore aucun habitat aussi septentrional que celui que nous avons découvert pour l’espèce calédonienne (G.neocaledonicus W. et de Bft.).
D’après mes observations, le «Lac en 8» se trouve à environ 230 m. d'altitude. Malheureusement, une forte pluie nous empêcha de visiter le «Grand Lac», situé près de l’autre et dont il n’est séparé, vers le Sud, que par une petite colline. La carte montre que la grandeur des deux lacs est à peu près semblable; comportant environ 2 km. de longueur, elle doit cependant varier
notablement selon la saison. La profondeur du «Grand Lac» est notée et serait de 6 mètres, celle du «Lac en 8» n’est pas indiquée.
Cette région est si particulière et d’un aspect si étrange qu'elle fait songer à une autre planète. Balansa a dénommé le Sud de e] l'île et le Plateau des Lacs «Caledonia petraea», la Calédonie pétrée; mais il serait plus indiqué, à mon avis, de l'appeler « Caledonia ferrea », la Calédonie ferrugineuse.
Du Carénage, nous continuons notre voyage en canot jusqu’à Prony, situé non loin de là; cette localité fut autrefois l’un des cenires de l’administration pénitentiaire et jouit, à cette époque, d’une certaine prospérité. Aujourd’hui, elle est abandonnée, et il n’en reste guère qu'une dizaine de maisons, en partie en ruines. Nous sommes accueillis à notre arrivée par les deux gardiens et leur chien, les seuls habitants qui s’y trouvent encore. Nous passons la nuit dans une des maisons délaissées.
De Prony, nous comptons 3 jours de voyage pour atteindre Nouméa par voie de terre. Le territoire qu'il faut traverser est un pays sauvage et montagneux, présentant de nombreuses dépressions en forme de cuvettes. La grande carte de l’île ne donne pas une idée exacte du relief de cette partie de la colonie; peutêtre a-t-on trouvé que ce n'était pas la peine d’avoir un relevé détaillé de cette contrée serpentineuse, ennemie de toute culture et complètement inhabitée. Non loin de Prony, sur la hauteur du bord Ouest d’un large bassin, au fond duquel dorment plusieurs nappes d’eau, on jouit d’une vue admirable sur un vaste pays montagneux; l’aspect général de cette contrée n’est pas sans analogie avec une mer agitée par de hautes vagues (fig. 129). Au centre de ce paysage on aperçoit, dans le lointain, le dôme imposant du Mont-Dore, à l'Est de Nouméa, qui domine la région et au devant duquel viennent s’échelonner toute une série de chaînes de montagnes; à nos pieds, s'étale la large vallée d’un affluent de la rivière Ngo. Les sommets et les contreforts qui nous avoisinent étincellent des couleurs les plus brillantes: la végétation les revêt d’une légère robe d’un vert clair, nuancé de bleu, à travers laquelle transparaissent les tons rouges, pourpres ou noirs de leur sol. De nombeux glissements de terrain et les em-
placements de mines abandonnées ressortent, dans l’ensemble du tableau, en taches de couleurs particulièrement vives.
Une marche d’une heure dans la plaine nous amène au bord de la rivière Ngo: celle-ci descend d’une vallée coupant profondément les terres et arrose, en cet endroit, un bassin d’environ 3 km. de diamètre, pour aller ensuite se jeter dans la mer, après s'être frayé un passage par une brèche presque invisible entre de basses collines.
Le lendemain, nous parcourons une région de même caractère; à partir de l’étroite «baïe des Pirogues», nous restons en vue de la mer, tantôt longeant assez haut les flancs des montagnes, à travers un terrain minier aux couleurs vives et tout creusé de sillons, tantôt avançant, en bas, sur la côte sablonneuse elle-même.
Ce n’est qu'après avoir contourné le massif du Mont-Dore, large et dénudé, et être arrivés à sa base septentrionale, dans la vallée de Boulari, que la contrée change totalement d'aspect. En effet, on atteint ici le territoire de formation sédimentaire, au relief montueux, et dont le sol, propre aux cultures et à l'élevage permet à l’homme de s’y fixer. Pendant tout notre voyage, de Yaté jusque en cet endroit, nous n'avions pas rencontré sur les routes un seul être humain. Nous passons la première nuit de ce retour en pays civilisé dans ... l’étable inoccupée d’une auberge appelée « Au Petit Robinson ».
Nous disposons, pour atteindre Nouméa, d’une bonne route carrossable, aussi, faisons-nous ce trajet en voiture. Les montagnes serpentineuses sont séparées de la mer par une bande de terre, d’abord étroite, qui va s’élargissant peu à peu vers le N.O. Cette contrée est tantôt plate, tantôt ondulée de petits coteaux couverts d’herbages et de niaoulis; le long de la plage s'étendent de nombreux marécages envahis par les palétuviers. Nous passons devant les deux grands centres missionnaires catholiques: Saint Louis et La Conception qui réunissent, dans leurs écoles, des élèves indigènes venus de toutes les parties de l’île. À mesure qu'on se rapproche de Nouméa, les maisons de colons — et, avec elles, les auberges — se multiplient, jalonnant une ennuyeuse route qui se déroule entre des collines herbeuses jusqu’à l'entrée de la capitale.
Les îles Loyalty.
Situées à l'Est de la Nouvelle-Calédonie, les îles Loyalty sont disposées en une rangée parallèle à ce pays et orientées du N.0. au S.E. Cette rangée commence au Nord, à environ 20° de latitude Sud, par les récifs de l’Astrolabe, auxquels succèdent l’île d’Ouvéa avec son lagon et le récif de Beaupré qui le précède; elle se continue ensuite par les îles de Lifou et de Maré — entre lesquelles émergent plusieurs petits îlots — et se termine, enfin, par le rocher isolé de Walpole, situé tout au Sud, par 22° 2 de latitude. Des trois îles principales, c’est celle du milieu, Lifou, qui est la plus grande, tandis qu'Ouvéa est la plus petite. Comme il n'existe pas encore de relevé topographique exact de ces îles, les indications relatives à leur superficie varient de notable façon selon les sources auxquelles on a recours; par exemple, pour Lifou, la différence atteint 500 km?. Les mesures que nous donnons ici sont empruntées au livre de M.A. Bernard: Lifou 1150 km?., Maré 650 km?., Ouvéa 160 km°?.; les autres îles sont toutes d’étendue beaucoup plus minime.
Le bras de mer qui sépare ce chapelet d’îles de la Grande Terre — nom donné là-bas à la Calédonie, par opposition aux îles Loyalty a une largeur moyenne d’un peu plus de 100 km. et une profondeur considérable; on a sondé, par endroits, 2006 m. et même davantage. Cependant, l’étude systématique du relief, manifestement très tourmenté, des fonds marins de cette région du Pacifique est encore à faire. Tout autour des îles Lovyalty, la mer atteint de suite à de grandes profondeurs.
L'histoire de la découverte de cet archipel est enveloppée d’un certain mystère et, même, la provenance du nom «Iles Loyalty », paraît aussi être inconnue. James Cook, qui découvrit la Nouvelle-Calédonie, ne soupçonnait pas encore leur existence.
En 1873 d'Entrecasteaux signala le récif de Beaupré près d’Ouvéa; le rocher de Walpole, et peut-être aussi l’île de Maré, furent découverts par le capitaine Butler en 1794. D’après d’autres sources, Maré aurait été signalée vers 1800 par le capitaine Raven, avec la «Britannia». C’est à Dumont d'Urville que nous devons une connaïissance plus exacte de la position de tout cet archipel; en effet, c’est lui qui, au cours de la fameuse croisière de « l’Astrolabe » en 1827, découvrit Lifou, Ouvéa et le récif auquel on a donné le nom du vaisseau de l'expédition. En 1840, d’Urville compléta les relevés hydrographiques.
La découverte, dans ces îles, de forêts riches en bois de santal conduisit, dès 1840, à un trafic maritime assez intense avec l'Australie, mais aussi, malheureusement, à de sanglantes rencontres avec les indigènes, dues bien souvent, à la brutalité des équipages européens. C’est à peu près à la même époque que commença l'invasion pacifique de ces îles par des instituteurs indigènes de Samoa, envoyés par la Société des Missions de Londres; à ces pionniers succédèrent, en 1854, des missionnaires européens protestants. Plus tard, la mission catholique, qui opérait en Nouvelle-Calédonie, prit également pied sur ces îles que la France incorpora, en 1864, à son territoire colonial.
Un bateau qui dessert les trois îles Maré, Lifou et Ouvéa assure chaque mois le trafic entre la Grande Terre et les îles Loyalty; en outre, un certain nombre de voiliers, appartenant aux indigènes, servent aussi occasionnellement à l’exportation et à l’importation des marchandises.
Maré.
16 Novembre — 18 Décembre 1911.
C’est par un temps idéal et une mer absolument tranquille que nous avons fait la traversée de Nouméa à Maré; le passage de la Havannabh, lui-même, était tout à fait calme. Nous avions quitté la capitale le matin et, déjà au cours de la nuit suivante, vers les 2 heures du matin, nous jetions l’ancre devant Maré: toutefois, le débarquement ne s’effectua qu’au lever du jour.
Sur le bateau, se trouvaient avec nous deux hommes qui devaient nous être grandement utiles pendant notre séjour dans l’île. L'un était M. le missionnaire Et. Bergeret, représentant de la Société des Missions protestantes de Paris, à qui nous fûmes redevables, entre autres, de pouvoir occuper une maison que la dite société possède à Nétché; l’autre, était le fils du grand-chef Naisseline qui réside également dans la même localité.
La baie de Tadine ou Tadinou, située à la côte Ouest de l’île et où mouillent les bateaux, est une rade sans aucun abri; Île débarquement s’effectue entre d'énormes blocs calcaires sur lesquels, par le gros temps, la mer déferle en vagues majestueuses.
Vue de l’océan, Maré paraît revêtue d’un délicat manteau de verdure, ce qui ne manque pas de surprendre agréablement le voyageur qui vient de Nouméa dont les environs sont, à cette époque de l’année, complètement desséchés et jaunis. Dans ce fond vert, ressort vivement la couleur claire des parois rocheuses, le long desquelles des lignes horizontales sombres trahissent d’anciennes terrasses côtières.
La différence de paysage entre Maré, ou l’une des autres îles Loyalty, d’une part, et la côte orientale de la Nouvelle- Calédonie, d'autre part, est tout ce qu’il y a de plus marquée. Sur la Grande Terre, un pays montagneux, haut et accidenté;
ici, des plateaux calcaires bas, ne s’élevant nulle part à 100 m. au-dessus de l’eau, tombant à pic dans la mer, ou n'étant séparés d'elle que par une terrasse côtière, étroite et plate. Tandis qu’en Calédonie, c’est la ligne verticale qui domine, ici c’est la ligne
Cap Roussin
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