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Fig. 140. Le grand-chef de Pénélo, au milieu de sa cour.
surmonté d’un bloc rocheux dressé, à parois rectangulaires, de 1 m. 25 de haut (fig. 141). La position de ce tumulus est fort bien choisie, car, non seulement on aperçoit, de là, une grande partie de l’île, mais le regard plonge encore sur l’océan. C’est pour cela que le monument porte le nom de «Ouapoulanod», ce qui signifie « ce qu’on voit de partout ».
Demandez aux indigènes qui a érigé ce monument, ils vous répondront: »C’est une œuvre des Elétoks»; ils vous raconteront, en outre, qu'un certain jour, sur le commandement du chef, chacun avait dû apporter une pierre en cet endroit et, qu’enfin, un
jeune homme avait, à lui tout seul, placé au sommet du tas, le gros bloc qui s’y trouve perché. D’après ce qu’on nous a dit, il existe encore des tumuli semblables dans d’autres parties de l’île; en rentrant de Pénélo à Nétché nous avons vu sur le plateau désert un de ces tas de pierres, haut de 4 m. environ; il n’était cependant pas surmonté d’un gros bloc à son sommet.
Fig. 141. Tumulus près de Pénélo.
Mais, qui étaient ces Elétoks légendaires? D’après un renseignement de M. Bergeret—qui m'a été confirmé de divers côtés — c'étaient les possesseurs primitifs de Maré. Le nom Elétok signifie « vrai chef », ou « possesseur du pays »; ce mot vient de élé — tête et retok — prince. Ils ont dû habiter l’île avant l’arrivée de la population actuelle qui les a en grande partie anéantis. D’après une des versions, c’étaient des gens sans habitation fixe, des nomades, qui vivaient dans des grottes; d’après une autre source, ils possédaient des maisons et des villages. Ces deux versions peuvent être exactes, et l’état nomade n’est, probablement, qu’une conséquence de l'oppression des ennemis.
Il y a encore actuellement dans l’île des gens qui se disent descendants des Elétoks; nous en avons vu deux, mais sans remarquer aucune différence avec les autres habitants, ce qui, après tout, n’est pas surprenant puisqu'ils vivent depuis de nombreuses générations avec le reste de la population. Un Elétok de Médou, qui faisait ses études d’instituteur à RÔ, nous dit égale-
Fig. 142. Plage près de Pénélo.
ment ne pas pouvoir reconnaître extérieurement les indigènes qui se réclament de cette origine; il était Elétok par son père, mais ni sa mère, ni sa grand'mère ne l'avaient été. Il sera donc probablement toujours impossible de déterminer à quelle race appartenaient ces Elétoks; mais la tradition est importante, en ce qu’elle témoigne que Maré fut habitée à diverses époques.
La contrée de Pénélo est particulièrement riche en souvenirs des Elétoks. Au cours de la descente rapide vers la côte, on nous montra un trou profond dans un rocher, c'était «le puits des Elétoks »; à propos d’un énorme bloc calcaire, aux angles droits,
Sarasin, Nouvelle-Calédonie. 16
on nous dit « ce sont les Elétoks qui l’ont placé là »; près d’une paroi rocheuse, haute de plusieurs mètres, on nous assura que «les Elétoks pouvaient y monter d’un seul bond, ce que personne ne peut plus faire aujourd’hui » etc. Au pied boisé de la falaise, s'étend vers la mer une étroite zone côtière, bordée de sable blane, très fin; assez bien peuplée par endroits, elle était recouverte de belles plantations de cocotiers.
Devant les maisons, on remarque souvent une sorte de cour semi-circulaire, entourée d’un mur épais de blocs de pierres; elle sert d’abri aux animaux domestiques contre les vents du large. La partie habitable de la côte n’est, du reste, que très peu étendue, car les roches se rapprochent bientôt de la mer et rendent toute culture impossible (fig. 142).
Cachée dans les taillis qui couvrent la base de la falaise, s'étale une petite nappe d’eau nommée « Léon ». Elle peut avoir à peu près 20 m. de diamètre et une profondeur d'environ 4 m. L’eau est d’une transparence cristalline; elle est saumâtre, bien qu'une source l’alimente. Ce petit lac sert de station balnéaire et chaque indigène, en souvenir de son baïn, plante dans un trou du rocher qui se mire dans l’eau, un rameau feuillé; cette coutume dérive sûrement d’une offrande qu’on présentait, autrefois, à une divinité d’origine aquatique. On rencontre fréquemment à Maré une autre espèce de souvenirs, le long des sentiers, dans la forêt; ce sont des blocs de pierre placés dans l’enfourchure des branches d'arbres, parfois assez haut au-dessus du sol. D’après les renseignements reçus, les indigènes ne feraient cela que pour pouvoir dire plus tard, en passant de nouveau par le même chemin: «C’est moi qui ai placé cette pierre, quand j'allais à X. ».
Pour atteindre, de Nétché, la station missionnaire protestante de Rô, située sur la côte Nord, il faut aussi gravir le plateau, si l’on ne veut pas faire le long détour par le cap Nord-Ouest qui s'étend très avant dans la mer. Près de Padaoua, un sentier conduit sur le bord rocheux du plateau s’élevant ici à 80 m., tandis que la brèche qui le coupe près de Rô, et par laquelle on passe pour redescendre vers ce village, n’a plus que 60 m. d'altitude.
Les constructions de la mission se trouvent sur l’étroite terrasse côtière et forment entre elles un petit groupe à part. La maison
du missionnaire européen est entourée de petites habitations où les élèves — souvent avec femmes et enfants — sont logés pendant leurs études. Tout près de là s'élèvent des bâtiments d'écoles, les ateliers de menuiserie ou d’autres métiers et une imprimerie. La vaste église, voisine de la demeure du missionnaire, se trouvait,
Fig. 143. Entrée d’une grotte funéraire près de Nétché.
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lors de notre visite, dans un triste état de délabrement; le dernier cyclone avait fortement endommagé le toit et les fenêtres, tandis qu'un tremblement de terre en avait fait écrouler la tour. Les séismes sont plus fréquents à Maré qu’en Nouvelle-Calédonie; d’après M. Bergeret, on ressentirait des secousses presque chaque mois.
Non loin de Rô, on nous montra un emplacement remarquable, ayant servi de lieu de sépulture pour d'anciens chefs. Sous une corniche de la falaise, à environ 5 m. de hauteur, se trouvaient deux pirogues, ou pour mieux dire, deux moitiés de
pirogues fortement abîmées par le temps et dont la longueur dépassait légèrement 3 m.; chacune d'elles ne présentait qu’une extrémité pointue, tandis que, de l’autre côté, on voyait la coupe transversale du canot (voir le bateau représenté dans la fig. 138). Dans chacun de ces cercueils ouverts gisait, sur un reste de natte, un squelette d'homme, étendu sur le dos; l’un d’entre eux était encore bien conservé alors que l’autre était incomplet, quelques
Fig. 144. Cadavre momifié dans la grotte de Médith, près de La Roche.
os étant tombés par les interstices et les fentes du bois pourri. L'une des deux pirogues contenait, en outre, le squelette d’une jeune femme, placé dans une position inverse de celle de l'homme, de sorte que les os de leurs jambes s’entrecroisaient. Le long du corps, probablement en guise d'ornement, étaient alignées des pierres de couleur blanche.
Au moment où nous voulûmes enlever les squelettes, un indigène s’avança pour protester hautement contre cet acte; de fait, il en avait parfaitement le droit, l'un des squelettes étant celui de son grand'père Eaténé et l’autre, celui du frère de cet aïeul, Thengetcho (th anglais). Cependant, nous nous aperçûmes bientôt que l’indignation du petit-fils n’était pas très profonde; en effet, dès que nous fûmes convenus de lui verser la somme de
20 frs., il nous donna de suite l’autorisation d'enlever squelettes et pirogues! Les deux chefs sus-nommés, dont nous venions d'acheter les dépouilles, ont Joué un certain rôle dans lhistoire missionnaire de l’île; ce sont eux qui, vers 1840, ont reçu les premiers pasteurs de Samoa et les ont sauvés d’une mort certaine. À ce propos, les autres Maréens calomnièrent leurs chefs, prétendant qu’ils n'avaient préservé de la mort ces pionniers missionnaires que pour pouvoir les gaver en vue d’un prochain repas de cannibales; partant de cette idée, ils surnommèrent ces pasteurs de Samoa, les «porcs des chefs ». Il est exact que ces deux chefs furent les deux premiers chrétiens de l’île de Maré, car M. Bergeret nous a, plus tard, confirmé cette histoire qui serait, peut-être, tombée dans l’oubli sans notre intervention anthropologique.
La sépulture dans les pirogues était regardée comme une marque de distinction; nous n’en avons constaté que quelques cas, entre autres, dans le grand rocher de La Roche. Là-bas, les pirogues ont été hissées à grand’peine Jusque dans les grottes des falaises rocheuses auxquelles on ne peut accéder que d'en haut, à l’aide de cordes. Dans l’une d’elles repose un chef de Médou qui mourut à La Roche et qui choisit lui-même ce lieu de sépulture pour pouvoir, de là haut, apercevoir sa patrie. Un exemple analogue nous a été cité par le propriétaire de notre maison à La Roche. Son père, habile pêcheur, avait voulu qu’on déposât son cadavre dans une grotte, près de la mer, afin qu’il pût voir ses fils exercer son métier de prédilection et les protéger contre les dangers de l'océan.
Le dépôt des morts dans les grottes était, il n’y a pas longtemps encore, une coutume généralement répandue. Dans des centaines de cavernes, grandes et petites, et dans les trous de rochers, on découvre partout des ossements humains. Une fort belle grotte funéraire se trouvait non loin de notre demeure de Nétché: s’ouvrant dans le rocher, derrière un imposant rideau de stalactites, elle s’enfonçait en biais dans le calcaire, sur une longueur d'environ 15 m. (fig. 143). Dans le fond, éclairé seulement par quelques rayons obliques, gisaient, étendus par terre, plusieurs squelettes placés entre les stalactites, dans des niches qu’en-
touraient des murs de pierres, quadrangulaires ou semi-circulaires, hauts de 30 à 40 cm. Aux ossements étaient encore collés des restes de nattes et de tissus.
A Maré, il arrive assez souvent que dans les grottes sèches, les cadavres ne se décomposent pas, mais qu'ils se transforment en momies jaunes et dures, plus ou moins bien conservées. Ainsi, nous avons trouvé dans la grotte de Médith (th anglais), près de La Roche, un squelette gisant dans une niche entourée d’une bordure semi-cireulaire de blocs de pierres et que la peau recouvrait encore en partie; sa tête reposait sur un coussin de bois (fig. 144).
Les tombes, encadrées de murs de pierres, dans lesquelles les morts étaient placés, soit isolément, soit par groupes (familles?) et séparés ainsi des sépultures voisines, indiquent toujours que les personnes décédées occupaient un certain rang social: ce sont surtout des cadavres d'hommes qui ont été ainsi traités.
Les gens du peuple trouvaient leur dernier repos dans des tombeaux communs, sans aucune séparation de leurs cadavres. Le sol de ces grottes-là est souvent jonché d’une épaisse couche d’ossements et de crânes dans laquelle il n’est plus possible d’opérer le triage des os ayant appartenu à tel ou tel squelette. Souvent, ces sépultures communes ne contiennent que des restes de femmes et d'enfants.
Il arrivait aussi, dans des cas très rares, qu’on inhumât vrainent les cadavres — ce qui est aujourd’hui le mode usuel de sépulture au lieu de les exposer simplement sans les recouvrir de terre. C’est ainsi que, dans un abri près de Nétché, où je faisais des fouilles préhistoriques, je mis au jour, à 50 cm. de profon-
deur, un squelette étendu sous de grossières plaques calcaires.
Contrairement aux observations faites en Nouvelle-Calédonie, je n’ai jamais pu constater que les cadavres fussent placés en position accroupie; au contraire, les squelettes étaient toujours étendus, souvent avec les genoux légèrement repliés. Nous n’avons jamais observé non plus à Maré (mais bien à Ouvéa) que les crânes aient été déposés à l'écart des autres os du squelette, mis en évidence et réunis pour les besoins d’un ‘culte, dans un endroit spécial. Et cela est d'autant plus étonnant, que lergologie des
indigènes de Maré, ainsi que nous le verrons bientôt, a des attaches étroites avec celle des Néo-Calédoniens.
L'influence européenne, apportée par les missions, s’est fait sentir à Maré encore bien plus fortement qu’en Nouvelle-Calédonie, dans tout le genre de vie des indigènes, soit dans leurs
Fig. 145. Case à Nétché.
mœurs et coutumes, soit dans leur habillement ou leurs ustensiles de ménage. Les instruments de fabrication autochtone, sauf quelques rares vestiges, ont entièrement disparu.
Mais, chose remarquable, il semble aussi que la civilisation maréenne ait toujours été plus pauvre que celle de la Grande Terre, ce qui est d'autant plus surprenant que les Loyaltiens sont décidément mieux doués au point de vue intellectuel que leurs
voisins calédoniens. Cet amour de la décoration, par exemple, qui se traduisait en Calédonie, il n'y a pas longtemps encore, par les sculptures ornementales des cases, paraît avoir toujours fait défaut aux Maréens.
La hutte primitive des indigènes de Maré, qui tend aujourd'hui à disparaître, correspond par sa forme à la case calédo-
Fig. 146. Case à Médou.
nienne; c’est aussi une construction circulaire, avec un toit conique (fig. 145 et 146). Son aspect est seulement un peu différent par le fait qu’il y manque toute espèce de sculptures et que les matériaux dont elle est construite sont autres que ceux qu’on emploie en Calédonie. A la place de l'écorce de niaouli, arbre qui n'existe pas aux îles Loyalty, les indigènes se servent de paille desséchée de canne à sucre pour revêtir les parois et le toit de leurs cases. Les faisceaux de paille sont cousus, comme sur la Grande Terre, au moyen de longues alênes de bois sur le bâti sous-jacent C’est seulement par l'ouverture qui sert d'entrée que
l'air et la lumière pénètrent à l’intérieur. Cette ouverture est pourvue, parfois, d’une véritable porte (voir fig. 146), mais, c'est là une influence européenne car, habituellement, on y suspend tout au plus une natte. On orne volontiers de morceaux de corail blanc le chemin qui mène à la hutte, ou bien on le recouvre de sable, ainsi que l’espace qui, dans la paillote, fait suite à l'entrée. Dans la case, non loin du poteau central, se trouve le foyer, de forme rectangulaire ou arrondie, entouré de petits troncs d'arbres ou de pierres; le reste du sol de la hutte est recouvert de nattes. Outre cette forme primitive d'habitation, on trouve, à Maré, tous les stades intermédiaires entre celle-ci et la maison européenne. Ce sont, tout d’abord, les huttes carrées, recouvertes de paille de la base au sommet, comme les précédentes; elles sont pourvues d’une porte, mais pas encore de fenêtres; puis, dans les parois latérales de quelquesunes d’entre elles, on a pratiqué des ouvertures entou-
Fig. 147. Hamecçons faits du bord de la coquille d’un Placostylus.
rees d’un cadre de bois et Longueur 4 cm env.
munies de volets. Dans un
stade encore plus avancé, les parois faites de paille ont été remplacées par des murs crépis à la chaux; enfin, le toit de chaume disparaît également et cède le pas à la tôle ondulée, et c’est ainsi que l’on arrive à la construction de l’homme civilisé.
A côté de la case ronde, qu’on doit regarder comme la forme typique d'habitation de Maré, on rencontre aussi, dans l'île, les restes imposants de grandes huttes rectangulaires. Ces dernières proviennent, selon toute probabilité, d’une ancienne source polynésienne et ne doivent pas être attribuées, comme les cases plus petites et de même forme, à une influence européenne. J'en connais une à Nétché et une autre à la côte, près de Pénélo. La première, dont on ne voit plus que les piliers verticaux, en bonne partie consumés, forme un rectangle de 15 m. de long et de 7 m. { de large. L’un des longs côtés, au milieu duquel se trou-
vait une double entrée, est marqué par une rangée de 5 poteaux, tandis que l’autre n’en possède que 4; ils ont une circonférence énorme de 2 m. 30 sur 1 m. 60 de hauteur. Ils servaient de supports à des poutres qui ont complètement disparu. D’après un renseignement du vieux chef Naisseline, cette construction était autrefois une maison destinée aux jeunes gens.
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Le fait que ces ruines d’anciennes cases se trouvent près de la côte vient à l’encontre de l’assertion si souvent répétée, d’après laquelle les villages de Maré se trouvaient, primitivement, tous situés sur le plateau et n'auraient été établis dans le voisinage de la plage que sous l'influence européenne. Les nombreuses grottes
Fig. 148.
Pierre conique
d’un piège à poulpes.
Long. 6,5 cm. funéraires de la ré-
gion côtière démentent aussi cette manière de voir:
enfin, à ce propos également, il est opportun de rappeler que la réception solennelle de l’évêque de la Nouvelle-Zélande Selwyn et du capitaine EÉrskine, en 1849, eut lieu dans un village bâti près de la mer.
A l’époque des travaux agricoles, ces villages côtiers sont presque déserts durant la semaine, tous les gens valides étant occupés aux cultures sur
le plateau. Ils n’en reviennent que le
samedi, chargés des produits du sol, Ris 149 Piece inculnes afin d’assister au service divin du di- Longueur 30 cm. manche; le mardi suivant, ils retour-
nent à leurs occupations champêtres. Pendant ces deux jours, la route, habituellement si tranquille, qui descend du plateau vers Nétché, est d’une animation extraordinaire et très divertissante. On
en
y rencontre, en longs cortèges, de nombreuses familles cheminant à pied, à cheval ou à dos d’âne, que suivent, en général, une quantité d'animaux domestiques. A la théorie des chevaux et des ânes bâtés succède celle des chiens, des porcs, des petits cochons de lait et des chèvres; parfois un bœuf, tout chargé de butin, prend également part à ces déplacements bi-hebdomadaires.
Nous avons déjà dit que l’agriculture est très développée à Maré; les indigènes se servent souvent encore, pour leurs travaux, des mêmes instruments primitifs, des pieux, que nous avons observés en Nouvelle-Calédonie. Par contre, la pêche joue un rôle plus effacé qu'on ne pourrait s'y attendre. La cause en est au fait que la mer, dans le voisinage immédiat de l'île, atteint de suite à de grandes profondeurs, de sorte que les plateaux côtiers qui, en général, offrent aux pêcheurs indigènes toutes les conditions requises sont très peu étendus. C’est pour cela que le poisson ou les crabes ne firent que des rares apparitions sur notre table, malgré la richesse de l'Océan Pacifique.
Les filets et les nasses sont de fabrication indigène; ces dernières, aux dimensions parfois considérables, sont repêchées du fond au moyen de crochets de bois, alourdis d’une pierre.
On se servait, autrefois, de très jolis hameçons faits du bord épaissi d’une coquille d’escargot (fig. 147); aujourd’hui, ils sont presque partout remplacés par les hameçons de fer. Il faut encore mentionner le piège à poulpes, que nous n'avons jamais rencontré en Calédonie et qui est un instrument de pêche d’origine polynésienne. Il se compose d’une pierre cylindrique dont une extrémité est amincie en cône (fig. 148) et sur laquelle est attaché un fragment de la coquille luisante d’une Cypraea. A ce corps, est fixé un long bâtonnet qui en porte deux transversaux plus courts, de sorte que, de loin, cet appareil a l'aspect d’une bête munie de 4 pattes ou de 4 nageoires et d’une longue queue (fig. 149). Ce pseudo-animal est mû dans l’eau au moyen d’une ficelle et rapidement retiré lorsque un poulpe, trompé par ce fantôme, y a fixé ses ventouses. Pour la chasse aux chauvessouris, les indigènes se servent, comme en Calédonie, de simples bâtons de bois lancés à main libre.
Fig. 150, Couteaux de bois de Maré et de Lifou.
Longueurs 20 à 38 em.
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A titre de curiosité, il nous faut relever le fait qu’on mange, à Maré, du calcaire désagrégé, réduit en fine poudre et, parfois aussi, de la terre rouge qu’on a préalablement brûlée. On nous a dit que ces ..…..aliments étaient regardés plutôt comme desserts que comme véritables mets et que les femmes en sont toujours plus friandes que les hommes; c’est une coutume qui est en passe de disparaître et qu'on rencontre aussi en Nouvelle-Calédonie.
Le manque absolu de toute espèce de roche se prêtant à la fabrication d'instruments de pierre fut d’une importance capitale pour le développement de la civilisation à Maré et aux autres îles Loyalty; il ne pouvait se créer aucune industrie autochtone de la pierre. Toutes les lames 9ANOI} UO ,j onb oxto1dap soyoeu op à Maré, à Lifou ou à Ouvéa sont faites de matériaux calédoniens et sont parvenues, très probablement déjà travaillées, comme objets d'échange, aux îles Loyalir lNentestidermeèeme pour les A St Un colliers de perles serpentineuses, Env. ‘> grand. nat. qui sont très rares. M. Bergeret nous a appris, à ce propos, qu'un indigène du village de Ouabao avait eu, une fois, le monopole de la fabrication de ces colliers dans l’île même, avec des matériaux calédoniens; ce n’est sûrement là qu'une exception. Du reste, dans ce cas également, il faut considérer ces colliers comme un élément d'emprunt dans la culture loyaltienne; il en est probablement de même des bracelets blancs faits de coquilles de Conus.
Fig. 151. Coquilles de Placostylus
L'absence totale de toute terre propre à être modelée a également empêché l’art de la poterie de naître dans ces îles. Les marmites étaient achetées, à l’occasion, en Nouvelle-Calédonie; ces cas devaient être peu fréquents, à en juger par la rareté extrême, à Maré, des débris de poterie.
Le manque de pierre a naturellement conduit à l’utilisation d’autres matériaux sur une plus grande échelle qu’en Calédonie. Aujourd’hui encore, le couteau de boïs joue un rôle important dans les ménages indigènes et c’est là, sûrement, une ancienne tradition.
Fig. 152. Rameau de corail servant de perçoir.
Longueur 10 cm.
Ces instruments pouvaient se fabriquer facilement, en tout temps, sans l’aide de pierres, avec des coquillages tranchants; leurs manches affectent une infinie diversité de formes, comme on peut s’en rendre compte dans la fig. 150 qui représente une série de couteaux provenant de Maré et de Lifou
L'emploi de valves de mollusques pour gratter et pour racler est encore très répandu aujourd'hui et l’on utilise aussi, ici et là, comme rabots, des coquilles d’escargots. Ce sont principalement celles du genre terrestre Placostylus qui sont employées dans ce but (fig. 151). Pour percer les trous ronds des calebasses servant de récipients, on se sert d’un rameau de corail pointu (fig. 152) qui se prête très bien à ce travail. Tous les instruments primitifs dont ïil vient d'être question doivent être considérés comme des vestiges de la période pré-européenne.
On ne porte plus d'armes à Maré; nous avons cependant pu obtenir quelques vieux spécimens de massues et de sagaies. Les formes qu’elles affectent, soit à Maré, soit
dans les autres îles de l’archipel Loyalty, sont absolument semblables à celles de la Grande Terre, mais elles sont en général moins soigneusement travaillées que ces dernières, et les cassetêtes sont volontiers plus lourds et plus massifs (fig. 153). Il semble que la forme préférée soit celle dont la tête s’élargit en chapeau, tandis que celle dite « bec d’oiseau » est la plus rare. Les lances sont, ou de simples sagaies de bois sans aucun orne-
ment, ou sont munies, latéralement, d’un piquant de raie. On se servait, pour projeter ces armes, du même cordon qu’en Calédonie.
D’après un renseignement du vieux chef Naisseline, l'arc et la flèche, de même que la fronde, ont toujours fait défaut à
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