‹ La Nouvelle-Calédonie et les Iles Loyalty;Chapitre 34 sur 39 · RE · texte numérisé non relu

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a b C d e Î Fig. 153. Diverses formes de massues des îles Loyalty. a. Lifou, long. 60 cm; b. Ouvéa, long. 60 cm; c. — f. Maré,

long. 67, 78, 67, 74 cm.

Maré et, en effet, nous n’en avons trouvé aucune trace, pas même comme Jeux d'enfants; or, on sait que, souvent, l’usage des armes se perpétue longtemps encore sous cette forme, lorsqu'elles ne sont plus employées comme telles.

Les garçons jouent plutôt avec de petites lances de bois et prennent comme buts de minces troncs d'arbres; ils aiment aussi à s'amuser avec un cerceau de bois (fig. 154) qu'ils lancent en repliant le bras en arrière de l’épaule, comme l'antique discobole. Les adultes ont, comme moyen de distraction, un autre jeu d’adresse: ce sont de petites rondelles de bois qu’on pousse sur une natte tressée; chaque joueur doit s'appliquer, au moyen de ses petits disques, à faire glisser en dehors de la natte ceux de l’adversaire. Nous avons observé un jeu semblable en Calédonie où les rondelles de bois étaient remplacées par les gros fruits d’une Papilionacée. Enfin, on nous a aussi montré des coquilles du genre Strombus qui sont utilisées comme toupies.

Toute la population de Maré ayant été gagnée au christianisme, on ne peut plus savoir grand’'chose de ses conceptions religieuses d'autrefois. En tout

Fig. 154. Cerceau de bois, jeu cas, comme en Calédonie, les

d'enfants. Diamètre 39 cm. pierres sacrées étaient très employées, et il est même possible

qu'on s’en serve encore en cachette aujourd’hui. À ce groupe d'objets appartient le fragment de stalactite (fig. 155) qui servait à tuer les ennemis; il est barbouïillé de rouge et entouré d’un chiffon de laine de même couleur. Voulait-on, au moyen de ce talisman, provoquer la mort de quelqu'un? ül fallait alors se rendre dans une grotte, v recueillir un fragment de crâne et une dent, attacher ces restes humains au stalactite, puis, cracher, sur sa partie coupée, les feuilles préalablement mâchées d’un certain arbre; si l’on voyait apparaître une petite tache rouge, c’était le signe que la personne mourrait certainement. D’autres pierres magiques facilitent la prise du poisson, d’autres encore, placées sous l'entrée des cases, préservent les maisons ou suggèrent aux gens d'apporter des cadeaux à ceux qui les habitent. On nous a

montré une petite hache de pierre qui était utilisée dans ce but; ce fait prouve combien rapidement peut s’éteindre le souvenir d’un instrument hors d’usage.

Il va de soi que les danses païennes, dont la tradition s’est maintenue en Calédonie, ont presque totalement disparu aux îles Loyalty par suite de l'éducation chrétienne donnée aux indigènes. Cependant, elles ont dû exister autrefois sous une forme analogue, ainsi qu’en témoignent quelques instruments récoltés, par exemple, une ceinture faite d’une forte liane tressée et plusieurs de ces petites houppes de plumes blanches qui ornaïent la chevelure; ces dernières sont absolument semblables à celles de la Calédonie.

Nous avons eu l’occasion d’assister à une fête de nuit, avec danses, donnée à

Fig, 155.

Pierre magiquepour tuer un ennemi.

Long. 12 cm.

l’occasion d’un mariage dans un petit village, près de Nétché; l'intérêt qu’elle présenta ne résidait que dansle grotesque mélange des coutumes anciennes et modernes. C’est ainsi que, pour l'éclairage, des flambeaux de feuilles de cocotiers étaientemployés simultanément avec des lampes à pétrole et que, pourlamusique, les sifflements, les battements de mains, et les sons criards d’un accordéon en ryth-

maient la cadence. Les

Fig. 156. Calebasses clissées,. hommes, les enfants et Longueurs 64 et 34 cm. les femmes se tenaient en

Sarasin, Nouvelle-Calédonie.

cercle; ces dernières, vêtues de leurs longues robes à l’européenne, avaient poudré de blanc leur visage, selon l’ancienne coutume. Deux femmes commencèrent à danser en faisant quelques mouvements des bras et des jambes et s’enlacèrent pour esquisser ensemble quelques pas qui ressemblaient vaguement à une valse; des couples d'hommes et de jeunes garçons suivirent leur exemple. Nous ne restàâmes pas longtemps à contempler cette pauvre caricature des fêtes d’autrefois.

En fait d'objets de fabrication autochtone, nous devons mentionner: des corbeilles, des nattes, des assiettes en Joncs tressés, des pochettes et des éventails, des pinces à feu, des cordes faites de fibres de cocotiers ou de poils de roussette, des récipients confectionnés de

Fig. 157. Marteaux de bois servant à la fabrica- : tion du balassor. a.long 30 em; b.27 cm; c.31 cm. noix de coco et des cale-

basses, soigneusement clissées d’un réseau de fines cordelettes; on retrouve ces mêmes récipients (fig. 156), absolument semblables, en Nouvelle-Calédonie. Les marteaux de bois servant, autrefois, à la fabrication de l’étoffe indigène étaient aussi utilisés aux îles Loyalty; ils diffèrent légèrement par leur forme de ceux de la Grande Terre (fig. 157, comparez fig.31). Par contre, les démêloirs taillés dans du bois (fig. 158) sont beaucoup plus grossiers que les peignes en bambou des Néo-Calédoniens (comparez fig.34). Un outil, qui semble manquer en Nouvelle-Calédonie et dont l’origine est probablement polynésienne, c’est la râpe à coco (fig. 159), tandis que les morceaux de bois qu’on frotte Fun contre l’autre pour obtenir le feu sont semblables à ceux qu’on emploie sur la grande

île. Le vieux Naisseline nous a assuré que les masques n’avaient jamais existé à Maré.

Quant à leur aspect, les habitants de Maré sont, sous maints rapports, différents de leurs voisins, cependant si proches, les Néo-Calédoniens; ils font l'impression d’être une variété humaine d’un rang notablement plus élevé. Tous les caractères qui donnent au Calédonien ie cachet d’un « sauvage » sont, chez eux,

Fig. 158. Peignes de Maré et de Lifou. Longueurs 16—20 cm.

adoucis et atténués. La forme du visage est d’un ovale plus allongé, le front plus droit, les arcades sourcilières moins proéminentes; bien que large, le nez est cependant moins épaté et pourvu d'un dos plus élevé. La bouche est un peu moins large, les lèvres sont plus fines et forment, vues de profil, un cône moins saillant; les sourcils ne recouvrent pas autant l'œil, etc.

D'autre part, les Maréens diffèrent très peu, par leur taille, des Calédoniens (tandis que, pour ces derniers, la moyenne est: 166,4, celle de 29 hommes de Maré donne un chiffre très voisin: 167,8); ils n’atteignent cependant pas à la stature de beaucoup de tribus de la Grande Terre. Quant à la couleur de leur peau, elle correspond à celle des Calédoniens les plus foncés, c’est-à-

dire des habitants du Nord de l’île. Les indigènes de Maré se rapprochent également de ces populations de la Calédonie septentrionale par une dolichocéphalie extrême et très homogène; par là, ils diffèrent notablement des indigènes calédoniens du Sud de la côte orientale, auxquels les relient, cependant, d’autres caractères tels que, par exemple, la moindre largeur du nez.

La différence la plus frappante entre l’habitant de Maré et le Calédonien réside dans la constitution de la chevelure. Elle présente, chez le premier, une variabilité extraordinaire; à côté des cheveux crépus, à spirales plus ou moins étroites, les cheveux ondulés et bouclés sont richement représentés. Une statistique exacte des diverses formes de chevelure n’est cependant pas possible, car les hommes se coupent parfois les cheveux si courts, qu’il est impossible de savoir comment ils seraient s'ils étaient plus longs, tandis que les femmes cherchent à lisser leur chevelure tant qu’elles peuvent, et à lui donner un aspect aussi européen que possible en la peignant et en l’oignant d'huile. Une chose est Fig. 159, Râpe pour noix de coco. toutefois certaine, c’est, qu’en

ÉOHSHONT 06m: moyenne, le cheveu du Maréen est moins spiralé que celui du Calédonien; il est également plus fin, moins aplati en ruban et, souvent, d’une nuance moins foncée qu’en Calédonie.

Pour pouvoir étudier la chevelure des enfants, nous avions demandé à l’instituteur indigène de Nétché la permission de visiter sa classe qui compte environ 50 écoliers. À notre entrée dans la salle d’étude, les enfants se levèrent et entonnèrent une «Marseillaise», joliment exécutée, dont les mâles paroles semblaient cepen-

dant presque comiques dans la bouche de cette bande d'enfants de la Mélanésie! L'examen de la chevelure de ces petits Maréens nous montra que, plus l’enfant est jeune, plus les cheveux sont clairs et d'autant moins spiralés; la forme la plus répandue était la chevelure bouclée (fig. 162). Beaucoup d’enfants de Maré sont revêtus aussi, comme les petits Calédoniens, de ce duvet jaune, très fin, qui garnit le corps et fait que plusieurs d’entre eux ont l’air d’être recouverts d’une toison dorée.

La question se pose maintenant de savoir à quelles causes pourraient être rapportées les différences corporelles que lon constate entre les gens de Maré et leurs voisins, les Calédoniens. La science anthropologique les explique en admettant, pour les îles Loyalty, un apport de sang polynésien dans une souche d’origine mélanésienne, par conséquent calédonienne.

On raconte, en effet, à Maré, qu'à plusieurs reprises, des indigènes des îles Tonga, dont les bateaux avaient été empor- Fig. 160. Indigène de Nétché, Maré. tés par les tempêtes et poussés sur ses rives, auraient été obligés d'aborder dans l’île. La famille des chefs Naisseline prétend, également, être venue d’une contrée étrangère, sans pouvoir fournir de données plus précises à cet égard. Il me semble douteux que de tels apports isolés aient suffi à faire naître les différences que nous avons constatées avec la souche calédonienne; pour ma part, je suis plutôt disposé à voir, en somme, dans ces divergences un simple effet de la va-

riabilité, et à croire à la formation, sous l’influence de l’isolement, d’une nouvelle variété humaine qui correspondrait à celles de beaucoup d'animaux et de plantes que nous avons constatées dans ces îles. Il ne m'est pas possible d'entrer ici plus avant dans la discussion de ces questions scientifiques.

Nous ne savons pas depuis quelle époque Maré a été habitée par l’homme; l’histoire des Elétoks, dont il a été question plus baut, montre seulement que des invasions se sont produites à diverses reprises. De même aussi, les fouilles que nous avons faites dans les différentes grottes n’ont donné aucune indication sur l’âge de la population. Les objets que nous avons trouvés, faits de coquillages, d’escargots et de coraux, présentent absolument les mêmes formes que ceux qu'on utilise encore aujourd’hui.

La faune de Maré et des autres îles Loyalty ne peut pas être qualifiée de riche. Cela provient, tout Fig. 161. Femme indigène de Nétché, Maré. d’abord, de la nature

même de ces îles, de leur petitesse et de leur sol aride, puis, de l’absence de montagnes et du manque complet d’eau courante. D’une façon générale, on peut dire que c’est une faune calédonienne appauvrie, car la plupart des espèces loyaltiennes se rencontrent aussi en Calédonie ou représentent des variétés insulaires de celles-ci. Mais, chose surprenante, ces îles possèdent, en outre, une série d’espèces qui leur sont propres et qui manquent dans la Grande Terre voisine. C’est une constatation qu’il est facile de faire, même chez les

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