‹ La Nouvelle-Calédonie et les Iles Loyalty;Chapitre 35 sur 39 · LE, F · texte numérisé non relu

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oiseaux, dont on pourrait cependant penser que la propagation ne peut être empêchée par l’étroit bras de mer séparant ces groupes d'îles. Chez les reptiles, ce fait apparaît plus clairement encore, les îles Loyalty ayant deux espèces de serpents terrestres, animaux qui font entièrement défaut en Calédonie. De ces deux

Fig. 162. Groupe d'enfants à Eni, Maré.

espèces, l’une est spécialement intéressante au point de vue z00géographique, c’est le Typhlops willeyi Blgr., qui vit sous la terre et qui est particulier aux îles Loyalty. Le naturaliste À. Willey, dont il porte le nom, l'avait découvert à Lifou et le Dr Roux a constaté également son existence à Maré. Des cas semblables se rencontrent aussi parmi les invertébrés. On peut, par exemple, citer chez les Phasmides, les espèces du genre Gigantophasma, spécial à ces îles, et dont le corps, si bizarre de forme, peut at-

teindre une longueur de 20 cm. L’archipel loyaltien héberge en outre, dans divers groupes d'animaux, des espèces qui sont très répandues dans le Pacifique, tout en faisant défaut en Nouvelle- Calédonie. Ces faits, qu’il serait trop long d’analyser en détail ici, témoignent d’une certaine indépendance géographique et d’une histoire géologique moins simple que celle qu’on admet d’habitude pour cet archipel.

Dans les ouvrages traitant de la région qui nous intéresse, on regarde généralement ces îles comme de simples récifs coralliens plus ou moins récents qui, couronnant une chaîne de montagnes sous-marines, ont été amenés à la surface, soit par un exhaussement périodique du terrain, soit par un abaissement, périodique également, du niveau de la mer. En tout cas, les anciennes terrasses côtières et les corniches visibles sur les rochers des 3 îles, indiquent des périodes de repos, que l’on admette, soit une élévation des terres, soit un abaïissement du niveau marin. D’après cette hypothèse de formation, les îles Loyalty seraient d’origine purement océanique et leur peuplement en plantes et en animaux n'aurait pu se faire que par le vent et les vagues, ou bien aussi par l’homme. Mais, la composition de la faune, telle que nous venons de l'indiquer, s’oppose à cette manière de voir.

Le géologue Edouard Suess a déjà émis la supposition que les îles Loyalty n'étaient peut-être pas d’origine aussi récente qu’elles le paraissent, mais qu’elles représenteraient plutôt le reste d’un ancien plateau calcaire. L'examen, fait dans l'institut géologique du Prof. C. Schmidt à Bâle, des échantillons de roches que nous avons prélevés, apporte à cette théorie un sérieux point d'appui; en effet, il a été prouvé que les formations calcaires loyaltiennes, du moins dans leur majeure partie, ne sont aucunement récentes, mais appartiennent, au contraire, au Tertiaire ancien. Des calcaires semblables se rencontrent aussi dans le Sud de la Calédonie (voir p.208), aux Nouvelles-Hébrides, aux îles Salomon etc. et il est fort probable qu’ils représentent tous ensemble les restes d’un seul et même plateau. Nous arrivons ainsi à admettre l'existence d’une ancienne terre étendue, ou tout au moins d’un archipel qui, de la Nouvelle-Calédonie, s’étendait loin vers le Nord et vers l'Est. Ce pays a dû être plus élevé que

ne le sont les vestiges actuellement visibles et posséder des volcans; nous avons, en effet, relaté plus haut la présence de masses éruptives dans les calcaires de Maré. Ce territoire a donc pu jouer le rôle de pont, facilitant la migration des animaux et des plantes et c’est probablement à lui que la Nouvelle-Calédonie est redevable de son contingent important d’espèces malayo-pacifiques (voir p. 35). Les îles Loyalty, que je considère comme un reste minuscule, rudement éprouvé, de cette terre ou de cet archipel, ont réussi, de leur côté, à conserver jusqu’à la période actuelle, une partie du monde animé qui les peuplait alors. On peut admettre hypothétiquement que ce plateau s’est élevé dans le Pliocène et qu'il s’est disloqué dans le cours de la période Quaternaire.

Le 18 Décembre, par une mer démontée, le bateau nous ramena à Nouméa.

Lifou.

16 Avril — 10 Mai 1912.

Le but de notre second voyage aux îles Loyalty, c'était la visite des deux îles Lifou et Ouvéa que nous ne connaissions pas encore. Notre plan était de nous rendre avec le vapeur, tout d’abord à Lifou, où nous voulions rester 15 jours, puis de nous transporter, à bord d’un voilier indigène, à Ouvéa, où nous aurions eu aussi deux semaines à passer avant l’arrivée du bateau du mois suivant qui nous ramènerait à Nouméa. Mais, le mauvais temps nous retint dans la première de ces îles plus longtemps que nous ne l’aurions désiré, de sorte qu’il ne nous resta qu’une semaine à consacrer à Ouvéa.

Le vapeur qui, après avoir desservi Tadine, dans l’île de Maré, se dirige vers le Nord-Ouest, arrive en quelques heures en vue de Lifou et longe alors, à faible distance, la côte occidentale de cette île. Celle-ci apparaît comme une muraille rocheuse uniforme qui se dresse hors de la mer et sur laquelle se dessine nettement, outre la voûte creusée par les vagues actuelles, une seconde excavation, située à environ 15 m. plus haut, et qui s’étend, sans interruption, sur une grande distance. Faisant dans la mer de légères saillies, des promontoires rocheux, couronnés d’Araucarias, succèdent à de petites baies en une série presque interminable (fig. 164). Tout d’un coup, le bateau change de direction vers l'Est pour pénétrer dans la vaste Baie du Sandal (Wide Bay des Anglais); il était à peine possible, à cause du temps maussade et pluvieux qui nous tenait trop fidèle compagnie, de se rendre compte de son étendue. Enfin, le vapeur jette l’ancre dans la partie N.E. du golfe, en face du petit village de Képénéé.

La falaise rocheuse qui entoure l’île s’interrompt ici pour faire place à un terrain verdoyant, légèrement incliné vers la mer. Seul, un puissant bloc de calcaire se dresse, majestueux, tout

près de la côte (fig. 165); il faut probablement le considérer comme un vestige du plateau qui s’est effondré en cette région. Quelques maisons européennes sont disséminées sur la pelouse

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