‹ La Nouvelle-Calédonie et les Iles Loyalty;Chapitre 5 sur 39 · HN NES · texte numérisé non relu

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trois semaines. L’un d’eux, dessert la côte Ouest, l’autre, la côte orientale. Les voyages à bord de ces bateaux sont extrêmement instructifs, car ils permettent de se faire une excellente idée de la configuration de l’île. Tout d’abord ils ne s’éloignent jamais des côtes, et en outre ils circulent à une allure très modérée; à la nuit ils Jettent l’ancre dans un endroit abrité, après s’être arrêtés devant les nombreux ports, pour embarquer ou débarquer passagers, marchandises et sacs postaux. En voyageant de cette façon, trois jours sont nécessaires pour arriver à Oubatche.

Comme on peut le voir en jetant un coup d’œil sur la carte, la Nouvelle-Calédonie a la forme d’un fuseau allongé, dirigé du Nord-Ouest au Sud-Est; tandis que sa longueur est d’environ 400 kilomètres, sa largeur moyenne n’en compte guère que 40 à 50. L’extrémité Nord-Ouest de l’île est située assez exactement sur le 20° de latitude Sud, tandis que l’île des Pins, au Sud de l’île principale, n’est pas éloignée du 23°, atteignant ainsi presque à la limite Sud de la région australe du tropique. Par suite de son orientation, la Calédonie s'étend sur trois degrés de longitude, approximativement de 1640 au 1679 Est de Greenwich.

Nous avons déjà mentionné plus haut une formation très particulière: le grand récif corallien qui entoure l’île. Il en suit les deux longs côtés et se prolonge, très en avant d'elle, vers le Nord. C’est un récif-barrière, distant du rivage de 10 kilomètres en moyenne, tantôt plus rapproché, tantôt plus éloigné, courant ici en ligne droite et présentant, plus loin, de légères courbures. Il ne forme pas une muraille continue, mais est, au contraire, interrompu par des coupures plus ou moins larges, dont beaucoup correspondent aux vallées de l’île. Ces «passes » sont les seuls endroits où les bateaux puissent entrer dans le chenal intérieur et en sortir.

En dedans de ce puissant massif corallien, dont la présence se révèle tantôt par une blanche ligne de brisants, tantôt par des îles plates et sablonneuses, la profondeur de la mer est très faible; elle varie ordinairement entre 30 m. ou moins encore et 50 m. et ne dépasse probablement nulle part 90 m. Cette barrière forme donc un canal abrité, très propice’ à la navigation côtière, mais dans lequel il convient, néanmoins, d'avancer avec pru-

dence. Il n’est guère praticable la nuit, car il présente de nombreux bas-fonds et des formations coralliennes locales. En certains points de la côte occidentale, il est même totalement impossible d’y naviguer vu que l’abondante croissance des coraux a relié le récif au rivage. En dehors de cette ceinture calcaire, la mer atteint tout de suite à de grandes profondeurs. L'île se trouve ainsi entourée d’une sorte de plateau ou de socle sous-marin que rendent visibles les formations coralliennes auxquelles il sert de base.

Le 10 Mars au matin, par un temps pluvieux, nous quittons Nouméa, à bord du « St Pierre ». Mais déjà au bout de deux heures de mer, un accident qui se produit dans la machinerie, nous oblige à Fig. 4. L’îlot « Porc-Epic ». rester ancrés devant une petite île de fort étrange aspect (Fig. 4). Elle paraît être couverte de longs piquants, et mérite bien le nom de « Porc-Epic» dont on l’a baptisée. Ces piquants ne sont cependant pas autre chose que de hauts Araucarias, démesurément minces, et dont les troncs ne portent que de très courtes branches. Ils appartiennent à l'espèce célèbre Araucaria columnaris (Forst.) Hook., dont le port bizarre avait déjà frappé le capitaine James Cook qui découvrit l’île en 1774. A l’époque de cette croisière, ce conifère devait être beaucoup plus répandu dans le Sud de la Nouvelle-Calédonie, où il est aujourd'hui en forte diminution. L'aspect de ces arbres sembla si singulier aux deux compagnons de l'explorateur, les Forster père et fils, que ceux-ci prétendirent à l'encontre de Cook qui avait vu juste — que ce devaient être non des végétaux, mais des colonnes basaltiques.

En arrière de l’île aux Araucarias, le Mont-Dore arrondit son énorme massif, dont la couleur rouge luit à travers la brume. A partir de là, du côté du Sud, le paysage change totalement de caractère. L’étroite ceinture de roches sédimentaires qui, dans la

région de Nouméa, sépare les monts serpentineux de la mer, a disparu; on entre dans le domaine de la serpentine, dont les puissants épanchements ont recouvert presque tout le tiers méridional de l’île. Une végétation peu dense recouvre ici collines et montagnes d’un voile délicat, qui laisse transparaître, par places, un sol nu aux teintes rouges ou jaunes. Cette région stérile renferme, comme nous le verrons plus loin, les seules richesses véritables de la colonie, les minerais de nickel, de chrome et de cobalt.

A l’extrémité Sud-Est de l’île, nous traversons le détroit de la « Havannah », passage réputé dangereux, bordé de récifs, dont le nom perpétue le souvenir du navire anglais qui entreprit une croisière dans le Pacifique en 1849. Vers l'Est, à la sortie de la passe, le récif corallien fait défaut sur une grande étendue et les vagues, poussées par l’alizé du S. E., arrivent sans encombre dans ce détroit. Quand elles s’y heurtent aux courants de marée, il se produit parfois une mer très démontée dont nous eûmes à sentir les effets. La côte calédonienne se montrait comme enveloppée d’un brouillard d’écume d’où, pareïls à d'immenses peupliers, s’élevaient des groupes d’Araucarias.

Mais nous doublons bientôt le cap de la Reine Charlotte et arrivons dans des eaux plus tranquilles qui deviennent même tout à fait calmes au Sud de Yaté, à l’endroit où le récif corallien réapparaît et oppose de nouveau sa digue à la violence des vagues. La première nuit à bord se passa dans une petite anse abritée. La côte Est de la Nouvelle-Calédonie, que nous longeons le lendemain en nous dirigeant vers le Nord, se présente comme une muraille à pente raide se dressant soit directement au bord de la mer, soit un peu en retrait, en arrière d’une bande de terre, étroite et plate. On n’aperçoit aucune trace d'habitation humaine sur ces montagnes serpentineuses aux versants arides et abrupts. Sur la côte, quelques groupes de cocotiers révèlent seuls la présence de l’homme dans ces parages. Par les coupures de quelques vallées, on a l’occasion de se faire une idée du dédale des montagnes qui couvre l’intérieur de l’île. À cet égard, la vallée de Ngoï est particulièrement belle; les chaînes de montagnes, placées les unes derrière les:autres, apparaissent là comme les gigantesques coulisses d’un décor grandiose. Au fond

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de cette merveilleuse scène naturelle, trône l’imposant massif du Mont Humboldt.

La station suivante, Thio, est située à l'issue d’une large vallée entourée de montagnes arides. C’est là que fleurit l’industrie du nickel, dont les installations ont donné à l'endroit son caractère de centre minier. Dans la suite, nous visitâmes souvent Thio, où un ingénieur suisse, M. Sfierlin et son aimable épouse, nous réservèrent toujours le plus charmant accueil.

Au Nord de Thio, la région serpentineuse, toujours dépourvue d'habitations, se continue encore sur une grande étendue de la côte. Dans cette partie de l’île, les golfes profonds qui découpent le rivage sont des plus remarquables. Entourés de hautes montagnes, ils ont tout à fait l'aspect de lacs; c’est le cas en particulier pour celui de Kanala qui s’allonge et se ramifie dans l’intérieur des terres. Ceux de Nakéty et de Kouaoua sont semblables, mais de plus petites dimensions.

Après avoir passé devant Houaïlou, que précède un large estuaire couvert de palétuviers et semé de nombreux cocotiers, le paysage change encore de caractère. Les serpentines disparaissent et font place à des schistes sédimentaires appartenant probablement au Trias, et cette nouvelle formation prédomine ensuite sur une assez grande région. Ici, les hautes montagnes manquent près de la côte, que surmonte un ensemble de collines aux formes molles et douces. Recouvertes pour la plupart de bois de niaoulis, dont la teinte vert-grisâtre contraste avec le vert clair des pâturages, elles s’abaissent jusqu’au rivage qu’orne un feston presque ininterrompu de cocotiers.

Le 12 Mars, à la nuit tombante et sous une légère pluie, nous atteignons Hienghène. A l’entrée de son vaste golfe surgissent du sein même de la mer d'immenses rochers aux formes fantastiques: le Sphinx et les Tours de Notre-Dame, ainsi que les appellent les colons. Vaguement éclairés par la lune, ïls se dressent là comme de gigantesques fantômes. Nous aurons l’occasion d’en reparler en narrant le séjour d’assez longue durée que nous fîimes plus tard à Hienghène.

Continuant notre route vers le Nord, nous longeons de nouveau une côte plus abrupte. Une chaîne de montagnes, formées

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de gneiss et autres roches semblables, s'élève presque directement de la mer, présentant plusieurs sommets dont l'altitude varie de 1300 à plus de 1600 mètres. Tandis que les croupes inférieures de cette chaîne et les collines qui s’y adossent sont recouvertes de niaoulis et d’herbages, les épaulements élevés des monts et leurs sommets sont couronnés de magnifiques forêts. Celles-ci descendent également le long des cours d’eau, se déroulant jusqu’à la mer en rubans vert foncé. Etincelantes en leur écrin d’émeraude, de nombreuses cascades sillonnent les murailles rocheuses, se précipitant parfois directement sur les sables de la côte.

Le 13 Mars, vers 11 heures du matin, le capitaine nous annonce Oubatche; le coup de canon obligatoire, signal avertissant les colons de l’arrivée du vapeur impatiemment attendu, déchire l'air d’un bruit sec et tôt après le bateau stoppe. Mais de l’endroit nommé Oubatche, nous n’apercevons rien, si ce n’est une jetée à moitié démolie qui conduit à la côte et, un peu en arrière du rivage, une petite maison isolée au dessus de laquelle en apparaît une seconde, qui se dissimule à demi dans la verdure! Ces deux maisons et, à dix minutes de là, mais cachées pour le moment à la vue, la demeure des gendarmes et celle du médecin, voilà tout Oubatche! car on ne peut vraiment pas compter comme en faisant partie, quelques habitations de colons, distantes de cet endroit de 6 kilomètres et plus. Quoiqu'il en soit, nous sommes très bien reçus dans ce coin perdu de la colonie. Le médecin, Dr Ch. Nicolas, vient avec sa femme nous saluer à bord et nous aviser que la maison qu'il habite sera bientôt disponible; le poste qu'il occupe venant d’être supprimé, il compte quitter Oubatche par le prochain vapeur. Nous faisons aussi la connaissance de M. Bourgade, le propriétaire des maisons sises près de la côte. C’est avec plaisir que nous apprenons que deux chambres et une véranda ont été aménagées chez lui à notre intention, ainsi qu'une cuisine et une chambre à manger dans une dépendance voisine.

Une fois rassurés sur notre sort, nous gagnons la terre ferme et faisons débarquer sur la plage nos nombreux colis.

Oubatche.

13 Mars 1911 — 9 Octobre 1911.

Nous étions alors dans la seconde moitié du mois de Mars, c’est-à-dire en automne pour l'hémisphère austral. La Nouvelle- Calédonie étant située à la limite de la zone tropicale, on peut distinguer déjà clairement dans son climat, une saison plus fraîche et une saison plus chaude. La première, l'hiver austral, dure environ du milieu d'Avril à la mi-Octobre; la seconde, l’été austral, d'Octobre à Avril. La longueur des jours, au cours de ces deux saisons, présente une différence notable.

Il ne m'a pas été possible de tenir un journal météorologique suivi, notre séjour à Oubatche ayant été souvent interrompu par des excursions et des voyages de plus ou moins longue durée. Aussi, me bornerai-je à citer quelques données à cet égard. Les mois les plus frais furent Juin et Juillet, au cours desquels la température n’excéda jamais 27°; le maximum diurne s’éleva à 2504 seulement pendant ces deux mois, pour une moyenne de 42 observations (avec écarts de 23° à 270). Le minimum nocturne moyen fut de 1709 (écarts 159 à 220). Les mois de printemps, Septembre et Octobre (20 observations), furent un peu plus chauds, avec un maximum moyen de 2693 (écarts 249 à 2805) et un minimum moyen de 1709 (écarts 16° à 19°). En Mars et Avril (42 observations), la température s’éleva encore; le maximum moyen fut de 2995 (écarts 28% à 31°) et le minimum moyen de 23° (écarts 209 à 25°). Le mois de Mai établit le passage à la saison fraîche, avec un maximum moyen de 270 1 (écarts 2505 à 30°) et un minimum moyen de 20°5 (écarts 18° à 230) pour 21 jours d'observation.

Ces chiffres indiquent une chaleur tempérée, facilement supportable, Nous devons cependant faire remarquer que notre séjour

Sarasin, Nouvelle-Calédonie. 2

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