‹ La Nouvelle-Calédonie et les Iles Loyalty;Chapitre 6 sur 39 · EU CRE · texte numérisé non relu

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à Oubatche ne coïncida pas avec les mois les plus chauds en Calédonie, qui sont Décembre et Janvier.

La saison chaude se trouve être celle pendant laquelle les précipitations atmosphériques sont les plus nombreuses. Tandis que de Juin à Octobre, nous n’avons constaté à Oubatche que 22 jours de pluie (souvent même très légère) sur 76 jours d’observation (rapport 29%), ce nombre est monté, en Mars et Avril, à 27 sur 46 jours d'observation, c’est à dire à 59%. Le mois de Mai, avec un rapport de 41% (9 jours de pluie sur 22 d’observation), établit ici aussi le passage à la saison fraîche.

Le régime des pluies est soumis, en Nouvelle-Calédonie, à des variations annuelles fort considérables. À. Bernard indique pour Nouméa une quantité moyenne annuelle de 1145 mm. D’après les chiffres que je tire des données du Bureau central météorologique de France, pour les 14 années allant de 1898 à 1911, la quantité est de 987 mm. L'année la plus sèche de cette période fut 1905 avec 499 mm. seulement et la plus humide 1910 avec une quantité ne comportant pas moins de 2038 mm. C’est là, comme on le voit, une différence énorme. D'autre part, la quantité de pluie varie d’une côte à l’autre et, à cet égard, la côte orientale est plus favorisée que la côte opposée. Comme exemple, on peut citer les chiffres suivants: En 1910 et 1911, tandis que les chutes de pluie accusent respectivement 2038 et 901 mm. à Nouméa, les chiffres correspondants sont 3875 et 1426 mm. pour Pouébo, au Nord d'Oubatche et 3031 et 1494 mm. pour Houaïlou, situé plus au Sud, sur la côte orientale également.

La quantité de pluie est aussi très variable selon l'altitude. A Oubatche, on remarquait souvent que les régions montagneuses voisines étaient enveloppées d’épais brouillards, alors que les parties basses de la côte étaient baignées de soleil. Les jours où les montagnes restaient entièrement découvertes furent extrêmement rares, et cette constatation s'applique aussi bien à la saison chaude, plus riche en pluies, qu’à la saison plus fraîche et plus sèche. Au lever du jour, le ciel était généralement d’une admirable pureté et les montagnes se profilaient nettement sur l'azur, mais souvent, vers 7 heures déjà, apparaissaient sur les

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cimes des lambeaux de brouillards qui, bientôt après, devenus des masses compactes, se précipitaient, vers les régions basses, en gigantesques cascades blanches.

Il faut aussi noter, comme caractéristiques, les fluctuations considérables qui peuvent se produire dans la nébulosité, au cours d’un seul et même jour. Les journées entièrement claires sont aussi peu fréquentes que celles pendant lesquelles il pleut sans interruption.

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La chaîne orientale, vue d'Oubatche; à droite le sommet de l’Ignambi, 1310 m.

Les pluies sont souvent accompagnées de violentes tempêtes, mais il est frappant de constater combien les phénomènes dûs à l'électricité atmosphérique sontrares. Je n’ai noté, à Oubatche, que deux orages pendant notre séjour. La transition rapide du beau temps à la pluie ou vice versa amène avec elle des effets d’éclairage fort beaux et, parfois, de magnifiques arcs-en-ciel. Les couchers de soleil sont souvent aussi d’une splendeur idéale, soit que les nuages parsèment le fond d’azur de leurs petites taches orangées, Soit que leurs masses, plus puissantes, se fondent en une symphonie de couleurs où dominent le jaune et le rouge. Sur

l'immense écran d’or se détachent alors, sveltes et élégantes, les sombres silhouettes des palmiers.

On peut dire, d’une manière générale, que la Nouvelle-Calédonie est un pays sec. Le relief de l’île est tellement accidenté que, même après les plus fortes précipitations, les eaux s’écoulent rapidement. De plus, les vents qui soufflent presque continuellement, activent aussi de notable façon l’assèchement et l’évaporation. Le vent régnant, notamment pendant la saison sèche, est lalizé du S-E. A Oubatche, il était souvent interrompu par de violentes rafales du vent d'Ouest, venant de terre.

Le 30 Mars, le médecin et sa femme quittèrent Oubatche pour aller se fixer ailleurs. Les médecins de colonisation, installés par le gouvernement, ont en général une vie très dure. Les districts qu'ils desservent sont immenses et il leur arrive fréquemment d’être appelés par un colon malade à 50 km. de leur demeure, distance qu'ils doivent parcourir à cheval, dans des chemins rendus souvent dangereux par le mauvais temps. C’est ainsi que le médecin passe parfois en selle la plus grande partie de sa journée.

La maison précédemment occupée par le médecin et dont nous prenons possession après son départ, est très modeste, mais suffit cependant entièrement à nos besoins. Elle se compose de 3 chambres, un peu surélevées au-dessus du sol, et entourées d’une étroite véranda; son toit est recouvert de tôle ondulée. A côté de la maison se trouve une dépendance contenant la cuisine et le logis des domestiques.

La pièce centrale devint notre laboratoire et les deux autres les chambres à coucher, tandis qu’un petit pavillon circulaire, placé derrière l'habitation, nous servit de salle à manger. Dans le laboratoire, une vie active et mouvementée ne tarda pas à régner, car les indigènes eurent bien vite appris que deux étranges voyageurs étaient arrivés dans la région et qu’ils payaient en bel et bon argent tout ce qu’on leur présentait: animaux, ustensiles de ménage ou armes. Et chacun de rassembler et de vendre ce qu’il put trouver pour saisir l’occasion de voir ce qui se passait chez nous. Dans des boîtes de fer-blanc, des bouteilles, des noix de coco, des tubes de bambou, les gens nous apportaient toutes les bêtes imaginables. Avec une joviale gri-

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mace, ils secouaient le contenu de leurs divers récipients sur la table de travail et donnaient libre cours à leur joie lorsque les bêtes, délivrées de leurs prisons, s’envolant ou détalant de tous côtés, une chasse épique commençait pour rattraper les fuyards!

Puis, la nouvelle se répandit aussi qu’on pouvait facilement gagner 20 sous en se soumettant à une série d'opérations mystérieuses avec d’étranges appareils et en s’asseyant devant une boîte à trois pieds recouverte d’un drap noir! Les indigènes accoururent, non seulement des villages voisins, mais encore des tribus éloignées de la montagne, pour profiter de cette source de revenus à la fois nouvelle et facile. Quelles n’ont pas dû être les réflexions faites ensuite sur les deux étrangers, lorsque, un peu après — comme cela arrivait très souvent —, l'argent gagné se changeait en vin, sur le comptoir de M. Bourgade! Pour nous, l’essentiel était de voir s’augmenter rapidement nos collections zoologiques et ethnographiques ainsi que nos matériaux anthropologiques.

Mais, durant les jours de pluie, quand les indigènes restaient chez eux, la vie à 'Oubatche était des plus calme. Et pourtant, notre demeure était située sur la grande route nationale qui, longeant la côte orientale, relie ce coin perdu au reste du monde! De notre maison, cette route n’est guère carrossable que jusqu’au port; pour le reste, ce n’est qu’un chemin muletier, peu commode à suivre en temps de pluie, lorsque les nombreux cours d’eau, que nul pont ne traverse, roulent dans leurs lits de cailloux des eaux tumultueuses.

Les seuls Européens qui animaient un peu la route étaient le prêtre catholique et les gendarmes. Penché sur son bréviaire, le bon curé s’en allait, de temps à autre, faire visite aux indigènes des villages d’alentour. Quant aux deux gendarmes, nos voisins, ils habitaient un bâtiment assez délabré, ayant un aïr de forteresse, et séparé de notre demeure par un ruisseau que — chose exceptionnelle — on franchissait sur un pont. Pendant une période de troubles, ce fortin a abrité un contingent de soldats.

Les gendarmes sont, en Calédonie, des personnages fort importants; dans la brousse, ils sont, de fait, les organes du gouvernement colonial, fixé à Nouméa. L'île est divisée en un certain

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