‹ La Nouvelle-Calédonie et les Iles Loyalty;Chapitre 8 sur 39 · RO NE · texte numérisé non relu

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tarde pas à reverdir, comme s’il ne s'était rien passé. Un incendie de bois de niaoulis et d’herbages desséchés offre, pendant la nuit, un spectacle grandiose. La muraille de feu, poussée par le vent, avance, en crépitant, avec une extrême rapidité. Pareils à de gigantesques flambeaux, les arbres s’enflamment pour s’éteindre bientôt après, car ce n’est que l’écorce sèche qui brûle et s’envole en étincelles. Le bois lui-même n’est que noirci pendant le court instant où les flammes, alimentées par les herbages sous-jacents, lèchent le tronc; le feuillage se consume également très vite, en répandant une odeur aromatique. Quand un incendie de ce genre se déclare de jour, on voit des groupes d’oiseaux du genre Artamus (A. melanoleucus Forst.) voleter tout près des flammes et, pareils à de petits éperviers, donner la chasse aux insectes apeurés. Après ces feux de brousse, le paysage présente un aspect lamentable, mais aux premières pluies, l'herbe nouvelle repousse et les niaoulis, qui paraïissaient morts, voient leurs frondaisons reverdir.

De même, la Lantana n’est pas détruite par le feu; bien que ses feuilles se dessèchent et que ses rameaux se consument, la plante elle-même n’en subit aucun dommage et ses tiges, riches en sève, restent inattaquables. Si l’on veut débarrasser complètement un terrain de cette peste, il faut non seulement abattre les buissons, les laisser se dessécher et les brûler, mais encore remuer profondément le sol de façon à enlever toutes les racines.

Disons maintenant quelques mots de la faune néo-calédonienne, pour autant qu'elle joue un rôle dans le paysage. Nous renvoyons le lecteur qui désirerait en avoir une idée plus complète à notre œuvre scientifique: Nova Caledonia, dans laquelle les divers groupes sont traités monographiquement. On ne peut pas dire que la faune de l’île soit riche, tout au moins pour ce qui a trait aux animaux supérieurs. Le groupe des Mammifères est à peine représenté. D’après le travail de M. P. Revilliod, il ne compte guère qu’une douzaine d'espèces et parmi elles 7 seulement qui n’ont pas été introduites par l’homme. Ces 7 espèces sont toutes des chauves-souris; le reste comprend des rats et des souris qui, à diverses époques, ont suivi l’homme dans ses migrations. Le sanglier, que l’on rencontre parfois dans l’île, n’est également pas autre chose que le porc redevenu sauvage. Parmi

les chauves-souris dignes de mention, il faut signaler la roussette (Pteropus ornatus Gray) que l’on aperçoit, ici et là, voletant mystérieusement dans le silence des hautes forêts.

Le groupe des Oiseaux est mieux représenté, bien qu’il ne soit pas riche non plus, eu égard à l’étendue du territoire. Si l'on fait abstraction des espèces marines telles que mouettes, goélands etc. et de la faune des îles voisines, les Loyalty, dont il sera question plus loin, on ne compte guère que 76 espèces d'oiseaux qui se répartissent dans 67 genres; 6 de ces genres et 32 espèces sont particuliers à l’île, un autre genre et 7 espèces se retrouvent aussi aux îles Loyalty, le reste étant formé d’espèces dont l'aire géographique est plus étendue, et appartenant en partie au groupe des oiseaux migrateurs.

Maintes espèces calédoniennes habitent exclusivement les forêts des montagnes, d’autres se rencontrent, en outre, dans la zone des niaoulis, d’autres, enfin, ne peuplent que ce dernier territoire et les régions découvertes. Dans toutes les parties marécageuses de l’île et dans le voisinage de la mer, on est certain d’apercevoir le martin-pêcheur (Halcyon sancta Vig. et Horsf.). L'absence presque totale d'oiseaux granivores dans les pâturages qui, surtout sur la côte Ouest, occupent de vastes étendues, est très frappante. On n’y rencontre, presque exclusivement, qu’une petite espèce de Tisserand, Erythrura psittacea (Gm.), dont le plumage rouge et vert rappelle celui d’un perroquet. Une autre espèce de la même famille, dont les vols sont nombreux dans les mêmes régions, est une petite Estrilda à bec rouge; mais, comme elle a été introduite dans la colonie par les Européens, elle ne peut être comptée dans la faune autochtone.

Je conclus de ce manque d’oiseaux adaptés à la vie des savanes que ces terrains découverts n’ont pas une origine ancienne, géologiquement parlant, mais qu’ils sont, au contraire, un produit secondaire, dû à l’action destructrice de l’homme à l’égard des forêts. Ce fait coïncide avec la constatation faite par le botaniste Balansa que les Graminées, si nombreuses dans les pâturages de l’île, de même que les Composées et les Papilionacées qui les accompagnent, ne sont pas des espèces spécifiquement calédoniennes. Il s’agit là, au contraire, de plantes cosmopolites, ré-

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