‹ La Nouvelle-Calédonie et les Iles Loyalty;Chapitre 9 sur 39 · UT ALES · texte numérisé non relu

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pandues dans toute la zone circumtropicale, et possédant ainsi une aire d'extension et une faculté d'adaptation très grandes. Il est certain qu'elles se sont propagées dans l’île lorsque l’homme, en détruisant les forêts, a créé les conditions d'existence qu’elles réclament. C’est là un phénomène qui, comme nous l'avons vu plus haut, se continue encore de nos jours.

Pendant leur floraison, qui se produit surtout en Mai, les bois de niaoulis présentent une faune avicole un peu plus riche que de coutume quoique encore très uniforme, puisque un peu plus d’une douzaine d'espèces seulement y sont sédentaires. On voit partout, s’accrochant aux bouquets de fleurs des niaoulis, des représentants de la famille des Méliphages: c’est, tout d’abord, une espèce commune, à plumage peu apparent, Glycyphila incana (Lath.) et une autre, du même genre, un peu plus grande et plus rare, aux plumes striées, G. undulata Sparrm. Elles sont quelquefois accompagnées de la petite Myzomela caledonica Forbes, qui habite principalement la haute montagne et dont le plumage éclatant est d’un rouge écarlate. Un autre oiseau de cette même famille est aussi très répandu, c’est le Philemon lessoni (Gray), d’une drôlerie achevée dans ses chants qu’il sait varier à infini. Nous avons déjà mentionné les Artamus, au plumage gris-ardoisé et blanc, qui sont aussi très fréquents dans la zone des niaoulis. Quand ils ne sont pas à la chasse des insectes, on les voit, posés sur les branches, serrés les uns contre les autres, par groupes de 4 ou plus. Il faut citer aussi le Zosterops griseonota Gray, petite espèce vêtue de vert-jaunâtre et de gris et une espèce de pie-grièche peu sauvage, à plumage terne (Pachycephala xantherythraea Forst.) qui sont les hôtes habituels des niaoulis, des fourrés et des buissons. Parfois, on y rencontre également deux petits sgobe-mouches du genre Rhipidura qui, sans se soucier de lobservateur, se livrent à leurs gracieuses danses amoureuses, étalant en éventail les plumes de leur queue. Mentionnons encore le corbeau calédonien (Physocorax moneduloides Less.), qui habite l’île entière, la plaine et la montagne. Son cri étrange peut se comparer à l’aboiement d’un jeune chien. Quand nous aurons signalé enfin un oiseau gris d’ardoise, aux appels affreusement criards, le Graucalus caledonicus (Gm.), nous aurons passé en revue toute la

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gent ailée de la région que nous habitons, omettant seulement quelques espèces très rares et d’autres hôtes accidentels, comme les oiseaux de proie. Parmiles oiseaux de passage, lors de la floraison des niaoulis, il faut citer l’une des plus belles espèces de l’île, un perroquet du genre Trichoglossus. S’abattant en groupes, avec force cris, dans les branches des arbres, ils ressemblent, parmi la verdure, à d’énormes fleurs vivantes aux éclatantes couleurs; leur poitrine est d’un rouge feu et leurs ailes d’un vert d’émeraude. Le soir, ils fuient d’un vol rapide vers les forêts des montagnes où se trouvent leurs nids; ils échappent ainsi au danger de voir leur progéniture devenir la proie des incendies, comme c’est malheureusement le cas pour les oiseaux vivant à demeure dans la zone inférieure.

Tandis que les bois de niaoulis retentissent de cris d’oiseaux, un silence imposant règne dans les grandes forêts des sommets. Peutêtre est-ce le revêtement de mousses et de fougères qui contribue à étouffer les bruits, ou que les chants des oiseaux retentissent très haut, dans les frondaisons des arbres?

Cependant, un cri des plus caractéristique se fait entendre dans ces Fig-7. Le «Notou» Phaenorhina forêts, c’est celui d’un grand pigeon, M 1 Une au plumage gris d’ardoise, la Phaenorhina goliath des naturalistes, le « Notou » des indigènes (Fig. 7). Dans le calme profond retentit son appel qui sonne, lugubre, comme le cornet du feu. Parmi les oiseaux qui peuplent ces régions élevées, citons encore

deux pies-grièches à ventre jaune, appartenant aux genres Pachy-—" x # RUE A f4 w

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cephala et Eopsaltria et,en outre, un oiseau de proie assez fréquent et remarquablement beau, avec son dos gris et son ventre d’un blanc immaculé, c’est l’Astur haplochrous Sel. Outre ces espèces, on en aperçoit plusieurs de celles que nous connaissons déjà de la zone des niaoulis et d’autres qui, à cause de leur rareté ou de leur peu d'apparence, peuvent être laissés de côté. Parmi les 4 espèces calédoniennes de perroquets, seul le Trichoglossus déjà cité a une valeur décorative pour la forêt; les autres sont beaucoup plus rares ou se perchent si haut dans le feuillage, que leurs couleurs ne sont plus visibles. Quant à l'oiseau calédonien par excellence, le « Cagou », c’est plus au Sud du pays que nous le rencontrerons; il manque dans le Nord de la colonie.

A propos des Reptiles, il faut, tout d’abord, noter l'absence de groupes importants. La Nouvelle-Calédonie ne possède aucun serpent terrestre, tandis que les espèces marines n’v sont pas rares; elle n’a non plus ni crocodile, ni tortue de terre. L'absence des deux premiers groupes ne sera guère regrettée que par le zoologiste, encore qu'il lui soit agréable de savoir qu'il peut parcourir la brousse la plus £ épaisse sans crainte d’une morsure de

RS eee DER serpent, ou traverser les rivières sans (Cuv.) ‘4 grand. natur. souci des crocodiles. Les reptiles ne sont représentés dans la colonie que

par deux familles de lézards, celle des Geckos et celle des Scinques. Toutes deux sont richement développées et ont créé dans l’île des espèces géantes. Citons, par exemple, un Gecko, le Rhacodactylus leachianus Cuv. (Fig. 8), dont le corps mesure 33 em. et qui est le plus grand Gecko vivant actuellement sur le globe; par son aspect hideux, il évoque le souvenir des monstres

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antédiluviens. Une espèce de Scinque, du genre Lygosoma atteint environ 60 cm. de longueur.

D’après le travail de M. J. Roux, on peut distinguer en Nouvelle-Calédonie 8 genres de lézards comprenant au total 34 espèces et sous-espèces. De ce nombre, 4 espèces seulement possèdent une aire de dispersion plus étendue, tandis que toutes les autres, de même que 3 des genres, sont confinés dans la Nouvelle-Calédonie et, en partie aussi, dans les îles Loyalty.

Etant donné leur genre de vie, les lézards calédoniens passent presque inaperçus du voyageur que l'intérêt scientifique ne pousse pas spécialement à les rechercher. Les grands Geckos sont des animaux des forêts qui échappent facilement au regard; ils se tiennent immobiles, le ventre collé contre le tronc des arbres, dont ils affectent la coloration gris d’écorce. D’autres vivent parmi les fourrés, ou se cachent sous les pierres et sous le bois mort. Les Lygosomes sont plus mobiles et de couleurs plus vives, aussi les aperçoit-on plus souvent, soit sur les arbres ou les arbustes, soit sur les rochers, dans le voisinage des cours d’eau.

La tribu des Amphibiens fait totalement défaut en Calédonie. La cause de cette absence ne doit pas être cherchée dans des conditions d'existence défavorables offertes par le pays, car, la rapide propagation dans l’île, d’une espèce d’Hyla, rainette au dos vert et doré, introduite d'Australie par les Européens, viendrait à l’encontre de cette assertion. C’est plutôt par des causes connexes à l’histoire géologique de l’île qu'il faut expliquer l'absence de ce groupe animal, comme de ceux dont il a été question plus haut.

Les véritables Poissons d’eau douce manquent également, bien que la faune ichthyologique des ruisseaux et des rivières soit assez riche, puisque les naturalistes M. Weber et L. F. de Beaufort ont pu déterminer 30 espèces parmi les matériaux que nous avons rapportés. Cependant, tous ces poissons, à l'exception d’un seul, peut-être, que nous mentionnerons plus tard, sont des immigrants, plus ou moins récents, venus de la mer ou habitant aussi les eaux saumâtres des côtes.

Le monde des Invertébrés accuse une richesse de développement bien plus grande que celle des animaux supérieurs. Des papillons aux vives couleurs et de gracieuses libellules animent

Sarasin, Nouvelle-Calédonie. 3

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les sentiers et les bords des ruisseaux, tandis que, dans les taillis et dans la forêt, de ravissantes punaises et des scarabées aux élytres brillants habitent le feuillage. Dans les bois, on rencontre assez fréquemment des Phasmides épineux qui ressemblent à s’y méprendre à des rameaux secs; quant aux régions découvertes, elles sont peuplées de nombreuses sauterelles. La Phyllie, ou «feuille errante», cet Orthoptère si curieux, excite toujours à nouveau l’'étonnement de l’observateur.

Dans les cours d’eau pullulent crabes et écrevisses, et le groupe des mollusques terrestres est particulièrement bien développé. Il présente des formes géantes, appartenant au genre Placostylus, à coquille épaisse, le plus souvent brune ou rougeâtre, dont la longueur peut atteindre 12 centimètres. Notre figure 9 représente une de ces espèces, trouvée près d’Oubatche et réduite aux 4 de sa grandeur naturelle.

Dans la forêt, c’étaient principalement les Pandanées qui fournissaient le plus riche contingent d'animaux. Les ais-

Fig. 9. Placostylus souvillei Mor. selles de leurs longues feuilles, 3/4 grand. nat. (d’après J. B. Gassies). étroites et dentelées, s’emplissent d’humus et de terre, probablement rejetée par des vers. Cette masse humide est le lieu de retraite d’une quantité d'animaux divers: planaires, limaces, mille-pieds, araignées, scorpions, fourmis, grillons, blattes, perce-oreilles, cloportes et d’autres encore.

Le produit de nos chasses fut des plus fructueux, grâce avant tout au zèle infatigable de mon compagnon de voyage. Nos recherches ont fait connaître plusieurs centaines d’espèces nouvelles, qui ont pu être ajoutées à la faune calédonienne.

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