RESSOURCES NATURELLES MINIÈRES
Découverte de l'or. — Ce fut en 1863 que 3 géologues australiens parcoururent la Calédonie et affirmèrent qu'elle renfermait des gise-
ments aurifères.
Les colons dont l'esprit s'échouffa à l'annonce de cette nouvelle,
entrevirent comme la Perrette de la fable, des trésors à l'horizon, sous la forme de lingots. Chacun hésita cependant à entreprendre directement des recherches. Celui-ci manquait de l'expérience nécessaire; celui-là n'avait pas les capitaux et l'intérieur de l'ile n’était encore ni d’un accès facile, ni bien sûr. Ce fut à ce moment que quelques mineurs hardis, arrivés des derniers à la curée australienne, eurent l'idée de prendre les devanis en Calédonie et s'offrirent pour aller à la découverte du précieux métal. L'accueil qui leur fut réservé est digne d'être relaté.
Une souscription fut immédiatement ouverte pour pourvoir aux premiérs frais de l'expédition et le Gouverneur, toujours prêt à stimuler l'initiative individuelle quand elle a pour but la prospérité générale, accorda aux chercheurs d’or une escorte de trois hommes de la Compagnie indigène, la faculté de recevoir des cessions de vivres dans les différents postes, et donna aux chefs Canaques amis l'ordre de fournir à l'expédition des guides se relevant de tribu en tribu.
I est inutile de dire quels vœux accompagnèrent les mineurs el quels rèves enchanteurs on fit sur l’avenir de cette colonie favorisée d’un climat si exceptionnel que les Européens pouvaient y travailler manuellement au cours de toutes les saisons.
Les premières traces du précieux métal furent trouvées à Pouebo, mais les prospects furent rapidement abandonnés, les quantités rencontrées n’élant pas suffisamment importantes pour en permettre l’exploitation. Delà, les recherches s'étendirent. dans différentes directions, sans que les efforts et les sommes déjà dépensés fussent réellement compensés, et le découragement s'empara des chercheurs au point que
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tous abandonnèrent successivement les prospections qui, cependant, avaient été entreprises sous d'aussi heureux auspices,
L'on doit à la vérité de dire que cet abandon eût bien plus pour cause le manque de ressources de toute nature que la qualité du sol qui contient sûrement le métal tant rêvé. '
A deux ans de là, en 1866, furent découvertes d’abord les mines de chrome, puis le cuivre et enfin le nickel. Avec elles disparurent les tendances qui paraissaient vouloir faire de la Calédonie une colonie agricole. On trouva que le bien-être et la fortune étaient trop longs à venir par letravail de la terre. La perspective de s'enrichir rapidement sans travailler se généralisa même au point que chacun porta ses vues du côté de la mine. Les désillusions qui suivirent la recherche de l’or furent bien vite oubliées et on ne se rappela plus que la terre, capricieuse et souvent avare pour ceux qui veulent la dépouiller des métaux précieux qu'elle renferme, ne pouvait être, au contraire, que pleine de largesses pour les efforts patients et soutenus de ceux qui
auraient su se livrer à son exploitation agricole. ,
Cest cet esprit particulier qui présida dès lors aux destinées du Pays, créant des préjugés et un parti-pris qui voulurent s'ériger en tradition. La terre calédonienne fut, en effet, décrétée stérile jus-
. qu'en 189?, un peu en raison des résultats médiocres, obtenus par lAdministration Pénitentiaire qui a régné en maîtresse pendant 30 ans, dans cette colonie, laquelle aurait pû et dà devenir un véritable Eden si l’on avait voulu tirer réellement parti des dix mille bras dont a disposé le Pays d’une façon continue.
A partir de 1892, la Calédonie entra dans une ère tout à fait nouvelle. Un jeune Gouverneur, M. Feillet, se rendit rapidement compte des énormes possibilités que renfermait ce’ domaine avancé de la France et résolut à ne pas les laisser plus longtemps inexploitées. Il se donna complètement à la colonisation libre, reprenant, en la circonstance, l'œuvre entreprise dès 1862 par l’Amiral Guillain. Il réussit à faire déclasser la Calédonie comme lieu de transportation et à créer un véritable courant d'immigration qu'il crat pouvoir accroître encore à partir de 1895, date à laquelle les convois de condamnés furent définitivement dirigés sur la Guyane.
En 3 ans, 415 familles, choisies parmi celles qui disposaient d’un capital minimum de 5.000 francs, émigrèrent de France et créèrent en Calédonie les centres agricoles de Voh, Pouembout, Saramea et la Negropo.
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Dans ces régions, où n'’existaient que d’impénétrables fourrés delantanas, de goyaviers et de lianes de toutes espèces, domaine alors. incontesté du bétail sauvage, — car on ne pratiquait encore à ce moment que l'élevage, et quel élevage! — il avait fait surgir de véritables petits villages qui n’ont pas pu se développer commeils l’auraient dû, faute de voies de communication. La plupart même de ceux qui étaient venus peupler ces régions lointaines y avaient été poussés par l’idée de quitter un milieu trop compact où la concurrence leur rendait impossible tout espoir de se procurer en Europe un modeste: bien-être et peu d’entre eux avaient les qualités et les notions indispensables à l’agriculteur. Ne
Comme, en outre, à leur arrivée ils étaient envoyés dans un centre éloigné, abandonnés à eux-mêmes sans conseils réellement pratiques, — car on marchait encore à tâtons, aucune analyse de terre n'étant faite, — il est arrivé que beaucoup n’ont pas réussi, ont abandonné leur concession et ont demandé leur rapatriement, se chargeant defaire au sol incompris une réputation non méritée.
A ceux qui, toutefois, ont su tenir, malgré les difficultés rencontrées, il faut savoir gré d’avoir eu le courage de quitter la Mère-Patrie pour venir habiter Les régions lointaines où la terre inculte ne demandait que des bras pour en faire sortir l'abondance.
Bien qu'il soit regrettable que tous ces efforts individuels aient été dispersés au lieu d’être groupés, il n’est que juste de reconnaître que si la culture a pris une certaine impulsion à compter de cette époque, c’est aux efforts et à l'énergie du Gouverneur Feillet qu'on le doit.
Que peut-on conclure de ces constatations de fait? C’est que, sans la science, il sera toujours impossible de tirer parti utilement des richesses d’un Pays et que la Calédonie ne pourra prendre réellement son essor que le jour où elle sera pourvue largement de compétences.
Malgré ce mouvement de colonisation, la Calédonie a continué jusqu’à ces dernières années à passer aux yeux des rares personnes qui ne l'ignoraient pas, pour un pays exclusivement minier, à ce point . même que la population du centre surtout était tributaire de l’Australie pour ses légumes les plus indispensables : carottes, navets, choux, poireaux el pommes de terre.
Les préjugés ou le parti-pris n’admettaient pas que la terre calédonienne püût être féconde autrement que par son sous-sol qui jouit du rare privilège de contenir dans ses flancs une variété infinie de minerais. 1
Ceux-ci, d’ailleurs, ne seront, en réalité, connus et exploités que le Jour où, méthodiquement, ce sol sera parcouru, fouillé et étudié par des spécialistes. Mais, en attendant, il reste acquis déjà que le nickel, le chrôme, le cobalt, le fer, le manganèse, l’antimoine, le gypse, l'or, le cuivre et le charbon forment la gamme particulièrement variée Lu y a déjà été cataloguée,
C’est le nickel qui donne lieu actuellement aux exportations les plus importantes, sous forme de mattes qui renferment 75 p. 100 de métal au lieu de 5 à 7 p. 100 en moyenne que présente le minerai au moment de son extraction.
Ces mattes sont produites sur place dans deux usines appelées hauts-fourneaux dont l’une a son siège à Thio et l'autre à Nouméa.
Une troisième usine, a été élevée également à Nouméa par les Japonais, mais elle n’est pas encore entrée en fonctionnement. :
Puis viennent par ordre d'importance, le chrôme et le cobalt.
Une usine hydro-électrique est en voie de construction à la baie du Sud où, grâce à la captation des eaux des lacs, on traitera les minerais à basse teneur qui, jusqu’à présent, étaient jelés au remblai.
Le charbon qui, depuis de nombreuses années, avait été signalé, est actuellement l’objet de sérieuses installations. Fait très précieux à noter et à signaler, on a déjà trouvé, à 30 mètres seulement de profondeur, une qualité de houille capable de donner du coke.
Il est inutile d'insister sur cette découverte pour en faire ressortir l'importance dans une région où la France a besoin d’un sérieux point d'appui pour maintenir son prestige et son autorité dans le concert des Nations. «
Autre parlicularité heureuse qu’il ya lieu de faire connaître, c'est que tous les gisements calédoniens ne sont jamais exploités en galeries, mais simplement à ciel ouvert. On abat à tout venant la montagne par tranches, et peut-être arrivera-t-on ainsi, dans un nombre d'années plus ou moins éloigné, à faire de ce territoire minier une région relativement plate qui viendra accroître encore les possibilités agricoles.