MOUTONS
L'absence de tout mammifère au moment de la prise de possession
-de l'ile, permet d'affirmer, comme pour le cheval et le bœuf, que le
mouton est, lui aussi, d'importation et, selon toute probabilité d'origine néo-zélandaise.
C’est encore à Paddon et aux R. P. Maristes que le pays doit l’ introduction de ses premiers moutons qui étaient des mérinos. Cette date remonte à 1855.
En 1862 déjà, un envoi de laine expédiée à Melbourne fut ainsi appréciée par la Commission de surveillance de l'Exposition perma-
nente des colonies
« Quant à l’examen des produits de la Nouvelle-Calédonie, l'attention a été surtout attirée par des laines égales en beauté aux types les plus purs dé l'Australie.
«Les pâturages sont abondants dans cette colonie et le seul obstacle
qu'on ait rencontré jusqu'à ce jour dans l'élève de ce bétail, consiste dans la présence d’une herbe dont la graine hérissée pénètre dans le
corps du mouton, quelquefois assez profondément pour occasionner la mort. »
« Déjà la mission française (MM. Martin, Anderson et Verges)
- possède des troupeaux assez considérables et tout fait prévoir que les
colons sérieux s’empresseront de suivre cet exemple destiné, suivant le Jury international, à faire de la Calédonie une riche colonie. »
On fondait donc déjà les plus grandes espérances sur cet élevage qui ne tarda pas, ev effet, à prendre une certaine extension. Comme on voulait faire bien, le gouverneur. Pallu de la Barrière consentit à faire venir de Rambouillet, sur la demande de deux colons, MM. Schmidt et Holwarthy, quelques büns reprod ucteurs.
En 1880, un éleveur, M. Minitt, vint s'installer dans le Nord de la
colonie avec 2.006 brebis de race « mérinos » et la maison Rallande
ND
introduisait, à son tour, 1.000 brebis de la même race qu’elle mit sur . l’île Baaba. :
Chaque propriétaire chercha alors à créer sa race en important soit du South-down, soit du Dishley, du Lincoln ou du Leicester.
Il est donc permis de conclure que le mouton calédonien est le produit de croisement divers avec prédominance de mérinos. Malheureusement, on avait voulu, comme en Australie, produire surtout un mouton à laine sans s'être, au préalable, rendu compte des influences de milieu; et, le manque de mesures sanitaires aidant, car la gale décima nombre de troupeaux, on abandonna petit à petit une industrie qui présentait cependant une importance assez considérable, puisqu'elle pouvait et devait devenir la source de revenus sérieux en augmentant la prospérité générale du pays. x
Pour expliquer cet abandon, on donna les raisons les plus invraisemblables et on alla jusqu’à affirmer que l’air de la mer était défavorable au développement normal du mouton. La vérité est qu'on avait voulu trop assimiler cet animal à la chèvre qui, on le sait, préfère la vie de montagne et on l’y avait trop assimilé parce qu’on ne s'était pas suffisamment rendu compte de ce principe : « que si les grandes lignes de l’industrie agricole sont à peu près les mêmes dans tous les pays du.mondé, ses modes d'application varient à l'infini par suite de l'influence des milieux ».
La Calédonie, il ne faut pas l'oublier, est un pays accidenté et si l’on a pu constater que les coteaux servant de pâturages à de trop nombreux troupeaux se dénudaient rapidement, c'est que ces coteaux étaient presque totalement déboisés et seulement recouverts d’une mince couche de terre végétale. Or le mouton, armé de deux onglons bien séparés et plus longs que larges, a désagrégé avec la plus extrême facilité cette faible couche d'humus qui, à la première pluie torrentielle, n'a pas manqué d’être entraînée dans la vallée la plus proche el n’a pas tardé à donner à ces coteaux d'abord verdoyants, l'aspect triste d’une région nue, stérile et désolée.
Mais ce sont là phénomènes qui se ‘produisent partout où l’on déboise sans cesse, sans se rendre compte que l'arbre est l'agent de la sécurité du sol, de la régularité du climat et de la fécondité de la terre.
Cette seule raison suffit donc à démontrer que l'élevage du mouton doit se faire de préférence .en terrains plutôt plats ou légèrement
mamelonnés comme on paraît, d’ailleurs partout, le comprendre
aujourd'hui.
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Les quelques colons sérieux qui sont franchement entrés dans la voie du développement de cette branche de l'industrie agricole se sont, fort bien rendu compte que si elle a été marquée par un insuccès,. c'est parce qu’on n'a donné alors au mouton ni commodités suffisantes, ni une nourriture saine et abondante, ni une régénérescence régulière par l’infusion de sang nouveau.
Ce sont là les véritables motifs pour lesquels une partie-de la reproduction s’est perdue, l'engraissement n’a pu se produire, la laine a diminué, détériorée qu'elle a été, en outre, par la gale contre laquelle aucune mesure n'a été instituée. |
Enfin, on a oublié ce qu'aucun éleveur ne devrait ignorer: c’est que, en raison de la mobilité extrême de ses lèvres, le mouton préfère les pâturages à herbes courtes. ik
Or, ilexiste en Calédonie une plante dite « herbe à piquants », Graminée du genre « Andropogon », qui a été considérée comme devant être le principal obstacle au développement de cet ovin alors que la République Argentine, voire mème l'Australie et la Russie qui, cependant, en sont les plus grands producteurs, ont conservé cette herbe pendant de longues années el n'ont réussi à s'en débarrasser qu’en améliorant méthodiquement leurs pâturages.
Comment se comporte l'herbe à piquants. Accidents consécutifs. —
L'homme et le gros bétail se débarrassent facilement des piquants qui s'arrêtent sur les différentes parlies de leur corps.
Néglige-t-on cependant de les enlever chez le premier? Ces piquants ne tardent pas à s’enfoncer à travers les vêtements les plus serrés et à pénétrer jusqu'à la peau.
Si l’on tente alors de les arracher, les piquants se brisent tandis que la pointe barbelée, grâce à ses poils en rétroversion, reste enfoncée et ne se laisse extirper qu'avec difficulté.
On conçoit donc que ces fféchettes puissent être réellement dangereuses pour des animaux incapables de s’en débarrasser. Le mouton, en particutier, peut en ressentir les plus funestes effets,
Que ces piquants viennent à frapper le globe oculaire, une conjonctivite, voire même une kératite et des ulcérations de la cornée, pourront se produire. |
Que leur pénétration se fasse dans les canaux salivaires ou sous la langue, la mastication et la préhension des aliments se feront diffcilement, |
Les mérinos souffriront toujours davantage de ces accidËnis que les
Leicester, par exemple, qui n'ont de laine ni sur les palles, ni sous le ventre où il se forme de véritables feutrages hérissés de pointes acé- . rées que chaque mouvement enfonce un peu plus dans les chairs. De
là, de petits abcès qui se réunissent quelquefois en véritables poches suppurantes pouvant devenir le point de départ d’une infection. L'animal ne tarde pas alors à maigrir, à perdre il ‘appetit el à ne plus fournir qu ‘une laine presque sans valeur, ne -
* Est-il possible d’obvier à ces inconvénients? Inconteslablement, oui :
1° En n’amenant les moutons dans les pâturages à piquants qu'après que ces plantes auront perdu leurs graines ou avant leur maturité ou encore après y avoir d’abord fait séjourner un troupeau de gros bétail.
2° En substituant régulièrement aux herbes indigènes des graminées ou autres plantes reconnues bonnes.
3° En ne cherchant à produire au début qu'un mouton à Pr qui, en Calédonie, atteint un prix plus élevé que celui de la viande de bœuf, grâce à la taxe protectrice que le pays a imposée aux montons ini por tés.
CHIENS ERRANTS ù
Mais il est un autre obstacle que je ne puis passer sous silence et qui a sérieusement contribué à entraver à un certain moment le développement du mouton : ce sont les incursions de chiens sauvages ou pour être plus exact de chiens errants.
Très nombreux dans les stations de gros bétail et au voisinage des tribus canaques, ces chiens n’y sont l’objet d'aucun soin et doivent aller à la recherche de leur nourriture là où ils peuvent la trouver. On prévoit les ravages produits par ces animaux malfaisants.
Jusqu'au début de 1914, la législation locale ne met à la disposition des éleveurs de moutons qu’un seul moyen : |
Celui de faire constater les dégâts par l'autorité la plus proche, qui se trouve le plus souvent à une distance assez éloignée (20 ou 30 kilomètres). On comprend fort bien qu’en l'absence de protection, le colon découragé ait voulu abandonner une industrie qui se voyait atteinte dans sa source même et M. le Gouverneur n’a pas manqué, sur les instances de la Chambre d'Agriculture, de prendre en juin 1915 l'arrêté qui donne enfin au producteur les moyens légaux de défendre son bien sur sa propriété. |
Tels sont les véritables motifs qui ont entravé jusqu’en ces dernières années l'élevage du mouton qui, cependant, exige moins de capitaux que le gros bétail et donne un rendement plus rémunérateur el plus rapide.
J'ai tenu à les exposer en détail au moment où la situation générale exige que la France se crée de nouvelles sources de production de laine et où la Chambre de Commerce Tourcoing-Roubaix cherche, au prix des plus importants sacrifices, à acclimater cetovin dans nos colonies, car dans aucune d'elles, on ne rencontrera des conditions climatériques aussi favorables qu'en Calédonie et même aux Nouvelles
Hébrides.
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J'ai la conviction, en effet, que :
1° En introduisant régulièrement du sang nouveau d'Australie ou de la Nouvelle Zélande où le mouton est à son apogée;
20 En constituant le plus grand nombre de parcours possibles pour pouvoir séparer les jeunes des adultes, les femelles des mâles, les brebis mères;
3° En ne disproportionnant pas le nombre de têtes à l'étendue des terres dont on dispose (1 hectare par unité);
4 En se conformant aux précautions indiquées ne haut au sujet de l'herbe à piquants (1);
5° ‘En prenant des mesures sévères pour éviler l'introduction et le développement de certaines maladies contagieuses (il existe déjà un arrêté prescrivant la vaccination obligatoire contre le charbon avant l’'embarquement);
6° Et en faisant enfin quelques réserves de fourrages pour la mauvaise saison ;
Je suis convaincu, dis-je, que tout colon ou éleveur réussira à se créer une source de revenus importants en même temps qu'il contribuera à accroître la prospérité de la France.
(1) Qui peut être remplacé facilement par le « silver grass » très résistant-à la sécheresse. Ce pâturage qui se plait dans lous les terrains maigres possède des racines tellement vigoureuses qu'ellues étouflent même l'herbe bleue et l'herbe plate. Est apprécié des chevaux, des bœufs et particulièrement des moutons qui y prospèrent rapidement.
J'y ai maintenu 6 brebis qui, d’un poids initial de 13 kilogrammes et 15 kilogrammes ont donné, 3 moïs après, sans aucun autre supplément de nourriture, de 25 à 28 kilogrammes de viande.