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CONSERVATION DES GRAINS EN GÉNÉRAL

Chacun sait les difficultés éprouvées par les producteurs pour faire parvenir au Chef-lieu, qui est le centre du marché, les maïs qui entrent presque exclusivement dans l’aliment du cheval calédonien et quelles pertes ils subissent par la rapidité avec laquelle ces grains se moisissent et se charançonnent.

Il m'a donc semblé intéressant de rechercher s’il ne serait pas possible de trouver un moyen pratique, sinon d'éviter, du moins de retarder assez longtemps le développement de ces altérations pour

pouvoir vendre et uliliser ces grains dans les conditions les plus favorables. |

‘I ne faut pas oublier, en effet, qu'au moment de la récolte, les disponibilités qui représentent bien au delà les besoins locaux doivent être écoulées dans un laps de temps relativement court à un prix qui souvent ne peut pas être rémunérateur.

C’est en vue de la réalisation possible de ces deux DrObIENES que j'ai entrepris les expériences suivantes :

Deux envois; l’un de 30, l'autre de 32 tonnes provenant des Nou-

velles Hébrides par vapeur Pacifique, les 30 juillet et 21 novembre 1912, -

sont mis en vrac dans un magasin à parois en tôle et à plancher à bois.

Ces deux envois présentent tous les caractères d’un commencement

de moisissure el de charançonnage, c'est-à-dire : aspect terne avec quelques taches de couleur gris sale et petit feutrage TES sur une des faces de nombreux grains.

Des papillons s’envolent de la masse qui donne à la main une sensation très nette dé chaleur et à l'odeur une impression non douteuse de moisi. On observe, en outre, un pointillé blanchâtre qui caractérise le champignon, Séreplothrix, producteur de cette odeur, champignon qui existe, à l'élat normal, partout dans la nature et le sol.

La chaleur et l'humidité élant les deux conditions essentielles et

Er

indispensables au développement des moisissures et du charançon,

j'ai pensé qu'il suffirait de sir ae l'une d'elles pour atteindre le

- but cherché.

Connaissant le pouvoir ou absorbant de la chaux vive, c'est à ce produit que j'ai soumis mes approvisionnements de la

façon suivante : e

{re Expérience. — Toutes les parois en tôle du magasin qu’un commerçant de la Place avait très aimablement mis à ma disposition furent blanchies à la chaux à hauteur d'homme et aux 4 coins furent placées 4 baïlles remplies de chaux vive.

Le 23 septembre suivant soit 36 jours après le débarquement de ce maïs sur le quai, je prélevais un échantillon que je mis, devant témoins, en flacon non stérilisé mais bien séché et qui fut simplement bouché à la cire. Ce flacon a été conservé au Laboratoire Gaston Bouret jusqu’en décembre 1913, date à laquelle il a été mis sous les yeux des membres de la Chambre d'Agriculture qui ont pu se rendre compile de sa parfaite conservation 15 mois après, non compris le temps écoulé entre le moment où il a été récolté et. celui où il a été livré à Nouméa. On pouvait encore très facilement relever sur nombre de grains la trace de moisissure et de charançonnage, preuve certaine que l'humidité avait élé absorbée par la chaux puisque. malgré la chaleur ambiante, la vitalité des parasites avait été supprimée.

Fait curieux à noter, l’odeur de moisi avait disparu rapidement et le grain avait repris en partie son luisant habituel.

La totalité de cet approvisionnement ne fut complètement livré à la consommation que fin octobre, soit trois mois après sa mise en magasin. Il présentait encore à ce moment les caractères d’une denrée de bonne qualité.

Les seuls soins donnés pendant l'emmagasinage furent 4 pelletages et le renouvellement de la chaux des bailles 3 fois.

2 Expérience. — A: porté sur 32 tonnes qui, aussitôt débarquées le 21 novembre 1912, ont été emmagasinées dans le même dock que précédemment. Soigneusement nettoyées, les parois en avaient été fraîchement blanchies et la chaux vive des bailles renouvelée.

Jusqu'au 8 février 1913, soit 2 mois et demi après les débuts de

l'expérience, ce maïs avait été pellelé à 4 reprises et la chaux changée

3 fois. À cette date, on commence à relever des signes de charançonnage. Mais il me faut signaler l’état particulièrement hygrométrique de l’atmosphère qui s’est manifesté pendant cette période qui marque

en Calédonie certaines années la période des pluies. Un échantillonnage a été fait dans les mêmes conditions que pour l'expérience précédente el j'ai pu faire constater, 20 mois après, que le maïs s'était

conservé dans de parfaites conditions:

Il résulle de ces deux expériences, qui ont été répétées fréquem-

ment depuis, que 52 tonnes de maïs ont pu être maintenues en excel-

lente condition de conservation el de vente pendant plus de 2 mois avec sinon un arrêt absolu, du moins une très notable diminulion de la vitalité des parasites, même au moment où les influences méléorologiques sont le plus défavorables.

10 barriques de chaux vive ont été employés à ce lraitement, d'où une dépense qui ne peut être prise en considération même aujourd’hui, puisque la chaux pourra toujours servir à divers usages et, en première ligne, à l'amendement des terres à culture.

Conséquences pratiques. — Comme les colons producteurs ne peuvent pas uliliser, en raison de leur éloignement du Chef-lieu, l'usine spéciale qui existe à Nouméa el où se pratique l’éluvage basé sur le même principe, il leur sera très facile et à très peu de frais :

1° D'assurer pendant une période minimum de 2 mois, même en élé, la conservation de leurs grains, maïs, haricots, elec.

2° De rendre le maïs ayant subi un commencement de moisissures, consommable et d’en obtenir un prix plus rémunérateur.

Il leur suffira d'avoir un abri convenable pour être assuré du succès, surtout s’ils prennent soin de ne jamais mélanger des grains avariés aux grains sains et de donner la préférence aux semences de maïs durs à la dent, qui se laissent plus difficilement attaquer que les maïs Lendres semés actuellement un peu partout. |

Conservation des semences. —— Pour conserver avec plein succès les

graines potagères el de fleurs nécessaires à l’exploitation d’une petite propriété, il suffira également de recourir à ce système qui, en la circonstance, est d’une application facile et économique. * Prendre, à cet effet, une caisse en bois, plus ou moins grande suivant les quantités de semences à conserver. Garnir le plancher de chaux vive et étendre sur les 2 ou 3 élagères garnies de toile métallique fine qui se superposent les graines à garder. Recouvrir la caisse de son couvercle. Renouveler la chaux chaque fois qu’elle parait avoir perdu son pouvoir absorbant et remuer les semences de Lemps en Lemps.

Je n'ai jamais observé que le pouvoir germinalif de ces semences ait été atteint.

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