‹ La Nouvelle Calédonie: Son Climat - Sa Faune - Sa Flore; Ses Ressources Naturelles et Ses Possibilités AgricolesChapitre 4 sur 47 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA NOUVELLE CALÉDONIE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA NOUVELLE CALÉDONIE

Emergeant du Pacifique, à 400 lieues du grand Continent Austra- lien, la Nouvelle Calédonie est comprise entre le 20° et le 23° parallèles, au sud de l'Equateur et entre le 163° et le 167° de longitude Est de Greenwich.

Ses dépendances sont : l’île des Pins qui a ne la célébrité qu’elle avait acquise, car il n’y existe même plus aucun vestige de la déportation; les îlots coralliens des Loyalty (Ouvéa, Lifou, Maré), distants de la grande Terre de 80 kilomètres seulement, et enfin les Nouvelles Hébrides dont la superficie représente, à elles seules, celle de la Réunion, de Tahiti, de la Guadeloupe, de la Martinique réunies, et qui ne peuvent plus être aujourd’hui séparées de la Calédonie dont elles sont les faubourgs naturels, bien qu’'étant encore régies par un Condominium. ,

Convoitées par l’élément presbytérien australien à cause des possibilités énormes que renferme leur sol, ces îles sont appelées, par le nombre de nos colons qui y développent notre influence et par l'importance des matières premières qu'ils y produisent, à accroitre sérieusement notre richesse économique, et c'est pour ces raisons qu'elles devront devenir, dans un avenir très prochain, définitivement et exclusivement françaises.

L'orientation de la Nouvelle Calédonie lui vaut d’être constamment balayée par les vents rafraîchissants du Sud-Est qui, venus du pôle sans rencontrer d’obstacle à travers les immensités du plus vaste des Océans, lui font, même à l'époque des grandes chaleurs, son climat délicieux, printemps perpétuel qui ne connaît ni les ardeurs torrides et déprimantes des tropiques, ni les rigueurs de nos hivers.

Séjour enchanteur où le paludisme n’exerce pas ses funestes effets,

l’Européen peut impunément s'y livrer à tous les travaux manuels au

LEUR cours des différentes saisons, y faire prospérer nos espèces animales sans distinction et y faire pousser la grande HAJOURE des RE des zones tempérées.

Longue ‘de 400 kilomètres sur 50 de large, la Calédonie a la forme d’un gros cigare, fortement incliné sur le méridien, disposition qui lui assure, grâce à l’action des brises bienfaisantes, une remarquable . uniformité hygrométrique.

Ses côtes |sont peu découpées, à l'exception de la rade de Nouméa qui, grâce à l'abri sûr de ses baies profondes et de ses anses nombreuses, deviendra aussi belle que celle de Rio-de-Janeiro ou de Sydney le jour où ses innombrables îlots seront bâlis et cultivés. Elles n'offrent encore actuellement que de rares baies susceptibles de recevoir les grands vapeurs modernes. Mais les navires de faible et moyen tirant d'eau y trouvent de précieux mouillages dans les” esluaires de ses cours d’eau, protégés qu'ils sont par la barrière de corail presque ininterrompue qui circonscrit l'île entière.

Cette barrière est une particularité qui donne à la Nouvelle Calédonie une physionomie exceptionnelle. Sur tout son pourtour, les madrépores, au cours de millénaires, ont élevé une digue de corail qui s’abaisse en pente douce vers l’île, mais forme, du côté du large, une muraille à pic plongeant à plusieurs centaines de mètres sous les houles tantôt azurées, tantôt glauques du Pacifique.

Cette muraille ménage, entre-elle et le rivage, un canal naturel et toujours calme, large de 2 à 5 kilomètres, magnifique voie de cabotage qui, comme un chemin de ronde, relie toutes les parties de l'ile. Elle ne se trouve interrompue qu’au niveau de l’embouchure des rivières, les animalcules dont les dépouilles accumulées constituent les masses coraligènes ne proliférant pas dans l’eau douce.

C'est grâce à ces brèches naturelles dans le récif que les navires peuvent atteindre la côte qui, sans elles, deviendrait inabordable. Telle quelle, cette barrière a dû être, dans le passé, un obstacle redoutable pour les navigateurs; et qui pourrail dire, combien de bâtiments sont venus se briser contre cette formidable muraille à fleur d’eau, avant que n’eussent été repérées les rares passes praticables.

Domestiquée, elle constitue aujourd’hui pour la Nouvelle Calédonie un merveilleux rempart contre les attaques par mer. |

Protégé par le récif contre les assauts de l'Océan, ce canal n’est pas seulement pour notre lointaine colonie une précieuse voie dé cabotage, ilen est aussi une des parures les plus séduisantes.

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Sertie dans cet anneau aux belles couleurs, l'ile s'offre au voyageur qui l'aborde sous un aspect féerique. Par beau temps, du pont du navire, il croit voir une terre d’enchantement surgir à ses regards charmés.

Se développant d'un horizon à l’autre sans solution de continuité, ce qui vous donne l'impression de vous trouver dans un cirque, les montagnes de la Calédonie dressent haut sur l’azur clair d'un ciel d'une luminosité rare leurs sombres masses d’un bleu vaporeux et velouté, attirant comme une promesse de bonheur, Çà et là, dans leur chaîne compacte, des sillons plus foncés révèlent de profonds vallons.

Découpé, hérissé de caps que festonnent des frondaisons encore indistinctes, creusé de golfes qui ouvrent de lointaines et vagues perspectives, le rivage se drape d’un somptueux manteau de verdure que trouent les taches noires, les ocres et les pourpres sanglantes des falaises.

Sous les rayons ardents d'un soleil qui chauffe sans brûler, le chemin de ronde enserre amoureusement la côte d’un ruban lisse et moiré sur lequel glissent mollement les pirogues des pêcheurs indigènes. Une lumière magique en fait un joyau resplendissant où se jouent en colorations variées, pour la joie des yeux, les feux de l'opale, de l’aigue-marine et de l’émeraude. C’est un lac de rève dont le calme contraste singulièrement avec l'agitation perpétuelle du large qui vient se briser contre sa ceinture de coraux.

Roulant les unes sur les autres, se pressant, se bousculant, les lourdes volutes accourues du large assaillent sans trêve le récif avec un grondement sourd et puissant qui retentit tout le long de la côte. Comme furieuses de l'obstacle opposé à leur violence, elles rejaillissent à perte de vue en hautes et éblouissantes gerbes d’écume irisée et donnent l'illusion de voir l’île entière, ineffablement bleue et brodée de verdures richement nuancées, surgir d'une immense corbeille d'argent.

C'est là, dans la douceur d’un tel printemps, un spectacle grandiose et impressionnant dont j'ai gardé et garderai toujours un nostalgique souvenir.

Situation stratégique et importance politique. — Par suite de quelles circonstances, un intérêt capital, voire même national s’attache-t-il à la conservation el au développement de celte colonie qui n’était encore connue, il y a quelques mois, que eomme un vaste

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