LE DYNAMISME DE LA VIE ENFANTINE
V Si, au nom de la so^^iologie, on essayait d'apprendre à un enfant l'amour, la discipline, l'envergure el Taudace, uniformément du premier au dernier jour de son éducation, on formerait probablement un monstre sans aucune ressemblance avec le modèle qu'on voulait copier. C'est que Tenfant n'est pas une p&te plastique où n^importe quel caractère s'imprimerait. A chaque âge il uq peut recevoir que certaines empreintes. €'est en éducation un fait essentiel. Nous sommes amenés, pour l'expliquer, à ouvrir une parenthèse psychologique. CSependant elle nous ramènera bientôt à la sociologie, et même à une sociologie élargie, puisqu'elle étudiera, à côté du «eul monde de demain, toutes les sociétés où se sont succédé nos ancêtres.
C*est assez récemment que s'est introduite, ou réintroduite, en psychologie, la préoccupa tion d u •
deveni r, Bergson en a été le théoricien le plus illustre. William James (1) a appliqué Tidée à Téducation. Pour lui, la première tâche de l'éducateur consiste à voir « comment s'oriente spontanément la volpnté de Tenfant, afln de lui déterminer la courbe idéale qu'elle devra suivre, de" dégager le mécanisme de son jeu primitif et naturel, afin d'arriver à le régler sans le briser ./Car, on ne saurait trop le redire avec W. Jamos, nous avons ici affaire à un organisme individuel, à évolution interne, qu'il faut aider à se développer, en favorisant son élan spontané, en même temps qu'on l'oriente, et qu'y faut se garder^ par dessus tout/ de fausser en le violentant, fût-ce pour lui imprimer du dehors un mouvement qui serait toujours artificiel, et, de ce chef, détestable, si parfait qu'on le suppose en théorie (2\ »
Le même esprit apparaît chez tous les praticiens qui ont réformé l'éducation de la petite enfance, depuis Froebel, qui dit que « tout progrès doit venir d'une action volontaire de l'enfant lui-même », et Pcstalozzi, qui déclare avoir découvert qu' « il n'y a pas dans le vaste univers créé par Dieu un homme capable d'aider un autre homme », jusqu'à madame Montéssori, à qui nous devons ce beau symbole (3) :
(1) Précis de psychologie^ trad. Baudin et Bertibr, p. 183-193, {F. Alcan), passim, et Causeries pédagogiques ^ trad. Pidoux, préface de M. Julbs Payot (Payot, Paris.)
(2) E. Baudin, La Psycholo gie d e W. Jamèi au service de la pédagogie^ {V c Education », juin 1909, p. 221).
(3) Méthode Docteur Maria Montéssori^ Pédagogie Scienti-fique, la Maison des Enfants (Larousse), p. 178-179. Ne pas oublier que madame Montéssori, après avoir expérimenté sur les petits de moins de sept ans, est en train d'appliquer ses procédés à des enfants plus âgés. Tous ces principes ont encore été remarquablement exprimés dans le livre de madame Fis-
5i La SCKîBT^ 3ff DEMJkJ^
1 L'a jour, iaas aocne ^arin jr.x: >r ic Rome, aa Fincio, Je r*:mar*)tiai on eoiaac i^m an et demi eavirvQ, tr^ oeau ^ sooriaau 'iii^ armé d'un petit seau vi'ie 'ûi ï'iue pi^il'^. s«î faûgoait à ramasser les cailloux ie Tîjîee p^or .e rempiir. A cùté de loi se trouvait uue boaae... C était Tieure de rentrer et la boQoe eoj^ageait patiemmçat l'eafant à abandonner son travail et à se laisser m«iCtre «ians sa Toîtnre. Mais les paroles étant inutiles, devant ia résistance obstinée du pcitit, la bonne remplit le seaa de cailloux et se iécida â mettre Tenfant et le seao dans la voiture, absolument convaincue, sans doute, d'aTolr très bieu agi. Je fus frappée, à ce moment, par les cris de Teniaot, par l'expression de ce petit visage protestant contre la violence et Tinjuntice. Qnel sojet d'offense pour ce petit cœur oaiftsant ! Éridemment, ce bambin ne voulait pas qu'on lai donnât son petit seau rempli de cailloux; il voulait simplement faire l'exercice nécessaire pour le remplir et répondre, par cela même, aux nécessités de son organisme rigoureux. Le but de Tenfant, c'était sa formation intérieure et non le fait d'avoir un petit seau rempli de cailloux. L'attachement si vif qu'il montrait au monde extérieur n'était qu'une apparence; le besoin de la vie était la réalité... Son petit visage rose et souriant m'avait fait constater le bonheur qu'il éprouvait; la joio intérieure, l'exercice et le soleil étaient les IrolN rayons qui contribuaient à former la splendeur do «a vie. »
Mais de toln élans ne sont pas permanents. Us
CHSR, V Education Monteêaon^ et dans la belle introduction qu'a écrite pour ce livre mademoiselle Magdeleine Dufrbbne. * (bischbaciier.)
varient avec les âges. « C'est pourquoi, dit William James, le grand point en pédagogie est de battre le / fer pendant qu'il est chau(|, ou, si vous voulez, d'utiliser avant leur reflux les vagues d'enthousiasme qui portent tour à tour les élèves aux différents sujets. Il importe de ne pas laisser passer l'instaut propice où les enfants acquièrent le tour de main en dessin, font des collections d'histoire naturelle, dissèquent et herborisent, ni celui qui vient ensuite où ils s'ini-. tient aux harmonies des lois mécaniques, aux merveilles de la physique et de la chimie. Plus tard ce sera le tour de la psychologie introspective, des mystères de la métaphysique et de la religion. Et enfin viendra l'heure du drame des affaires et de toute la science de la vie (1). »
Cette esquisse est trop rapide pour ne pas exiger des compléments. On pourrait en glaner quelquesuns dans des ouvrages de la fin du xix* siècle, comme ceux de James Sully (2), de Compayré (3), de Bernard Pérez (4), sur l'enfant, de Stanley Hall (5), de Compayré (6), de Pierre Meudousse (7), sur l'adolescent. Mais les faits qu'ils renferment peuvent être enrichis et surtout systématisés.
(i) Loc. cii.f ch. XXV, V Instinct, p. 539.
(2) Etudes sur VenfancCy trad. A. Monod (Alcan).
(3) dévolution intellectuelle et morale de Venfant,
(4) Les trois premières années de Venfanty L'enfant de trois à sept ans (Alccui).
(5/ Adolescence. 11 s'a^rit d'une grande enquête menée, avec ses disciples, par l'un des principaux promoteurs de la méthode des enquêtes en psychologie ; les faits qu'il a recueillis, si critiquables qu'ils soient parfois, forment cependant le document le plus important sur la question; il occupe deux volumes. (New- York, Appleton, 1904.)
(6) V adolescence {/Agbjï), résumé de l'ouvrage de Stanley Hall.
(7) Vàme de Vadolescent (Alcan).
5i LA ^riOIÉTÉ DE DEMAIN
l'ÉVOLUTIOX de l'eXFANT FBA5CAIS
L'évolution de Tenfant et de Fadolesccnt tient d'une part à une spontanéité indépendante de l'éducateur, d'autre part à !'« fîet de l'éducation. Les deux causes apparaissent combinées à tout observateur. Pour les distinguer il faut observer des milieux différents ; ce qu'ils présentent de commun a des chances d'être l'évolution naturelle. Nous verrons chemin faisant diverses applications de cette méthode de concordance.
Un premier fait est à aotor et, par ce qu'il a de physiologique, il ne dépond pas de l'éducateur : la croissance se fait par à-coups. Soit par exemple les poussées en taille. A part les anomalies individuelles, il y a une forte croissance vers 7 ans, une autre vers 12 ans, une autre vers 15 ans ; vitesse maximum : 15 ans; minimum : iO ans. L'augmentation de taille n'aurait pour nous aucun intérêt, malgré la facilité do sa mesure, si elle ne s'accompagnait d'autres transformations organiques et même psychologiques. Il ne faut point cependant expliquer ici tout le spirituel par du physique. Ainsi Tàge de 15 ans est caractérisé par la puberté et par dos troubles mentaux. La première n'est pas la seule cause des seconds. Chez certains pnuples, en effet, comme les Japonais, le développement est achevé avant que la puberté ne commence. (1) D'autre part, les troubles de la
(1) Cf. J. DR LA Vaissièbe, Pèyckologie pHagogiquCy p. 7i, et
quinzième année peuvent s'expliquer par des modifications du cerveau, qui présente à cette époque sa plus grande variation de poids, et par l'entrée dans la vie qui pose les problèmes sociaux de façon parfois effrayante. Quoi qu'il en soit, la croissance s'accomplit comme par vagues successives.
A cause du lien entre les discontinuités physiques et les discontinuités mentales, les à-coups de croissance peuvent servir, de façon très grossière, à délimiter les périodes du développement :