‹ La nouvelle éducation françaiseChapitre 9 sur 77 · COMMERCE · texte numérisé non relu

COMMERCE

\avec

les soins

personnels' ;

personnes

occupées.

Dans la fabrication, les transports (2) et le com-

(1) Résultats statistiques du recensement général de la population du 24 mars 1901, tome IV, 1906.

(2) Les transports occupent relativement peu de monde, et le gros chiffre, 82,6 p. 100, correspond à des établissements comme les Compagnies de chemins de fer.

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merce, comme dans Tagriculture, nous sommes avant tout nation de petites gens ou du moins d'hommes moyens.

Mais nous ne le sommes pas irrémédiablement, car ces qualités que nous regrettons de ne pas avoir, nous les avions au xvi" et au xvii' siècles, alors que la France était à elle seule presque la moitié du monde. Aussi, quand nous réclamons — et que nous annonçons en même temps — plus d'emballement pour les idées généreuses, plus d'esprit syndical ou corporatif, des horizons plus larges et plus de promptitude à y courir, nous ne faisons que renouer une vieille tradition interrompue depuis un peu plus d'un siècle.

Nous la réclamons avec d'autant plus d'insistance qu'elle aura, pour renaître, à lutter contre deux autres défauts que nous signalons après ces défauts sociaux parce qu'ils sont, l'un plus purement intellectuel, l'autre plus strictement moral.

C'est d'abord une absence de réalisme due à notre • formation livresque et verbale; elle domine l'enseignement supérieur, l'enseignement secondaire et, malgré un renouveau récent, jusqu'à l'enseignement primaire. Elle est liée plle-mème à la centralisation excessive,* accrue de Louis XIV à Napoléon, de Napoléon à la IIP République, et grâce à laquelle les meilleurs Français se faisaient fonctionnaires, à la suite d'examens où seuls jouaient l'intelligence, quelquefois le bagout. Le même défaut existe, parfois peu atténué, dans le personnel de nos grandes compagnies qui ressemblent fort à des entreprises d'Ekat. Il se glisse chez les politiciens dont la majorité p^ut-èlre à des âmes de fonctionnaires. Les polî-

Ï.ES CARACTÈRES DE LA aéNÉRATION PROCHAINE 47

ticiens servent de modèles aux chefs de bien des associations ouvrières, qui se vantent cependant d'être antiparlementaires. Partout on note ce besoin de penser et de bavarder qui prime chez nous celui de se dévouer ou de vouloir. Les idées divisent, et les paroles plus encore, en sentiments comme en action ; si on voit grand, c'est en rêve ; si on s'emballe, c'est pour escalader des nuées ; l'accident historique agit dans le même sens que la contingence géographique.

L'autre danger, c'est notre besoin de jouir dans un pays trop accueillant. Très intelligents, nous nous sommes crus fort malins en nous affranchissant de certains devoirs. Ce fut l'une des causes les plus profondes du néomalthusianisme qui a commencé, il y a environ cent cinquante ans, et que la guerre, malgré les ardents désirs de quelques apôtres, n'a pas enrayé. Attentat contre l'amour d'abord. Faute contre la discipline ensuite, car la discipline naît dans une troupe serrée ayant un grand dessein. Enfin, le malthusianisme, en diminuant le besoin d'expansion de notre race, a diminué encore l'étendue de ses programmes et la hardiesse de ses décisions. Quand l'Allemagne voulait s'étendre jusqu à l'Inde ou à la Sibérie, nous nous contentions — et pas tous — de vouloir retrouver l' Alsace-Lorraine, et, l'Alsace-Lorraine retrouvée, nous nous sommes disputés à propos de la Sarre et de Landau. Alors que les. plus petits pays ont une politique mondiale, aucun dictionnaire ne contient le mot c pangallisme y^. Nous ne colonisons plus, faute de colons; nous n'exportons plus, faute de voyageurs. La famille repliée sur son bien-être a fait la nation étriquée dans ses fron-

tières. Le malthusianisme au sens strict est devenu un malthusianisme général.

En résumé, l'œuvre d'éducation qui doit nous adapter au monde nouveau, et que nous réduisons à ses grands traits pour les mieux graver, consiste à ajouter quelques vertus essentielles à nos vertus héréditaires. Nous devons désormais :

tous, d'abord, revenir à une moralité profonde et être extraordinairement disciplinés;

puis, pour ceux qui émergent au-dessus des autres, voir large et agir hardiment.

Mais comme, dans cette meilleure société de demain, tout se tiendra et tout ira vite, nos fils, si étranges qu'ils paraîtront à nos pères, ne seront qu'adaptés; les honnêtes gens réussiront dans des affaires qui s'appuieront sur la science humaine ; les débrouillards seront des parasites dans un monde moins anarchique; c'est en exagérant les dimensions connues qu'on sera à l'échelle; ce sont les risquetout qui seront prudents; et ainsi leurs deux qualités essentielles pourront s'appeler, dans la pensée, le réalisme y et, dans l'action, selon le mot expressif des anglo-saxons, Vefficiency.

Au nom de cette rapide analyse, il faut donc condamner sans pitié ces Français à l'âme sèche^ à l'isolement méfiant, au petit pied et au geste court qui blaguent les utopies, embellissent leur moi, et répètent ces sentences de mort : € Ne forçons point notre talent ». -— « L'excès en tout est un défaut ». -— « Notre première qualité, c'est la mesure ». — Aujourd'hui on n'est pas vainqueur «i on n'est pas géant, et nos voisins sont pressés de réaliser le surhomme. La victoire ne nous a donné que des

possibilités, et le vrai victorieux c'est celui qui a gardé après la lutte" Ten train de la lutte. L'ennemi désormais c'est nous-mêmes; il y a en chacun de nous un vieil homme qui n'est pas encore tué.

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